Les sefaradim de Bucarest en 1842, par I.Kara

C'est en 1842 qu'un jeune chirurgien de Brody, en Galicie, qui allait s'établir à Bucarest, a noté ses impressions sur la ,á des Séfardim de Bucarest. Il a publié ses impressions dans la "Allgemene Zeitung des Judenthums" en 1843-1846.ll nous informe que le nombre des Séfardim à Bucarest s'est accru pendant le dernier demi-siècle par des immigrés venant de Constantinople, d'Adrianople, de Smyrne, de Salonique, mais aussi de Jérusalem et de ... Vienne. La majorité des Séfardim s'habille déjà à l'européenne; il n'y a que certains vieillards et les membres du clergé qui conservent leur costume oriental. Les femmes continuent de porter le costume turc.

Ils parlent un 'dialecte hispano-castillien'. La plupart des hommes parlent et écrivent couramment l'espagnol moderne et l'italien. Ils utilisent le judéo-espagnol dans les livres religieux, notamment la traduction des prières, l'enseignement religieux, etc. Barasch ignore évidemment l'importance nationale des langues populaires comme le judéo-espagnol et le yiddich. C'était un préjugé de la Haskala.

J. Barasch expose largement le rite sinagogal séfardi de Bucarest, qui était à l'époque la capitale de la Valachie. Il note les différences entre les rituels ashkenasi et séfarad. Pendant le service divin du samedi, on voit des enfants qui offrent des fleurs à sentir aux adultes, qui ont été appelés à la Tora. Les vieillards leur donnent leur bénédiction. Quand le père est appelé à la Tora, ses enfants restent debout et le regardent jusqu'à ce qu'il soit revenu à sa place. Pendant les fêtes de Simkhat Tora, les femmes se rendent dans l'après-midi au temple, où elles chantent et dansent à la manière orientale, en portant sur les bras le heureux "Hatan-Tora", le "fiancé" de la Tora.

La vie familiale des Séfardim de Roumanie était à l'époque tout à fait patriarcale. Le "pater familias" était un vrai patriarche dominateur; il était très flatté, très choyé par ses enfants, ses gendres, ses belle-filles et ses petits-enfants. La famille formait une unité économique. On dá?ánait à la même table, présidée par le père.

La vie conjugale était sobre. Les divorces étaient très rares. L'épouse était très respectée, mais elle ignorait totalement les affaires de son mari.

La séfarde reste chez elle à la manière orientale, elle tricote, elle fait de la confiture, elle ne pense à rien; elle organise des parties de plaisir et va au bain à vapeur. Lá?á, elle passera quelques heures de conversation tout en consommant du café, des confitures. On y convoque parfois des orchestres tziganes, on s'y amuse jusqu'au soir. L'orchestre les conduit parfois chez elles.

Les achats sont faits par le mari. Les femmes ignorent l'hébreu et connaissent peu de la culture traditionnelle judaïque.

Barasch remarque que certaines familles riches envoyaient leurs jeunes filles à des écoles privées modernes. Il décrit largement les cérémonies des fianá?áailles, de la noce, etc. ..., de l'enterrement. Il estime les séfarad, mais il critique leur enseignement traditionnel, leur "melamdim" ignorants, ... J.Barasch constate avec satisfaction que certains jeunes hommes étudient dans les écoles roumaines, mais leur éducation judaïque est déficitaire. Il nous rappelle qu'il y a des communautés séfarades non seulement à Bucarest, mais aussi dans d'autres villes valaques, notamment à Braïla, Focsani, Craiova, Giurgiu.

Ses informations doivent être comparées avec d'autres sources,qui nous offrent une image plus précise de la vie séfarade en Roumanie il y a 150 ans. Nous espérons pouvoir vous en offrir.

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