Léon Felipe: 1884 -1968

Poète espagnol, ami d'Israël a écrit le plus bouleversant poème sur Auschwitz

Haïm Vidal Sephiha

Le 31 juillet 1967, l'Ambassadeur d'Israël du Mexique Chimchon Arad, remettait au poète Leon Felipe, le certificat d'un bois planté en Israël à son nom et en son honneur .Voici ce que me révélait peu avant de nous quitter en 1995,son neveu, notre ami Francisco Galicia, le Marrane, membre de Vidas Largas.

Né près de Zamora Leon Felipe (pseudonyme de Felipe Camino Galicia) écrivit très tôt. Après la victoire de Franco, il prit en 1938, le chemin de l'exil pour s'installer au Mexique ou il vécut jusqu'à sa mort.On trouvera sa biographie dans l'excellente anthologie de la poésie espagnole, Pléiade - 1995, sous la direction de Nadine Ly, pp.1202-1213.

Mais je tiens surtout à vous révéler ce poème bouleversant; Auschwitz, remarquablement traduit en français par Yves Aguila (pp.622 à 625 de l'Anthologie).

Auschwitz: A todos los judios del mundo, mis amigos, mis hermanos.

Leon Felipe

Esos poetas infernales,
Dante, Blake, Rimbaud…
Que hablen mas bajo…
Que toquen mas bajo…
Que se callen!
Hoy
Cualquier habitante de la tierra
Sable mucho mas del infierno
Que esos tres poetas juntos.
Ya se que Dante toca muy bien el violin…
Oh, el gran virtuoso!…
Pero que no pretenda ahora
Con sus tercetos maravillosos
Y sus endecasilabos perfectos
Asustar a ese nino judio
Que esta ahi, desgajado de sus padres
Y solo
Solo!
Aguardando su turno
En los hornos crematorios de Auschwitz
Dante…tu bajaste a los infiernos
Con Virgilio de la mano
(Virgilio, "gran cierone")
Y aquello vuestro de la Divina Comedia
Fue una aventura divertida
De musica y turismo.
Esto es otra cosa…otra cosa…
Como te explicaré?
Si no tienes imaginacion!
Acuerdate que en tu "Infierno"
No hay un nino siquiera…
Y ese que ves ahi…
Esta solo.
Solo! Sin cicerone…
Esperando que se habran las puertas de un infierno
Que tu, pobre florentino!
No pudiste siquiera imaginar.
Esto es otra cosa… como te dire??
Mira! Este es un lugar donde no se puede tocar el violin.
Aqui se rompen las cuerdas de todos
Los violines del mundo.
….habeis entendido, poetas infernales?
Virgilio, Dante, Blake, Rimbaud…
Hablad mas bajo!
Tocad mas bajo… Christ.!…
Callaos!!
Yo tambien soy un gran violinsta…
Y he tocado en el infierno muchas veces…
Pero ahora, aqui…
Rompo mi violin…y me callo.

Auschwitz A tous les Juifs du monde, mes amis, mes frères

Ces poètes de l'enfer,
Dante, Blake, Rimbaud…
Qu'ils parlent moins haut…
Qu'ils jouent moins haut…
Qu'ils se taisent!
Aujourd'hui
N'importe quel habitant de la terre
En sait beaucoup plus sur l'enfer
Que ces trois poètes ensemble.
Oui, je sais que Dante joue très bien du violon,
Ah, quel grand virtuose!
Mais qu'il n'ait pas de prétention
Avec ses merveilleux tercets,
Ses hendécasyllabes parfaits,
D'effrayer cet enfant juif,
Là, arraché à son père et à sa mère…
Et qui est seul.
Tout seul!
A attendre son tour
Devant les fours crématoires d'Auschwitz.
Dante…tu es descendu aux Enfers,
Ta main dans la main de Virgile
("Grand cicérone", ce Virgile),
Et votre truc, la Divine Comédie,
Ca a été une aventure amusante,
Du tourisme en musique.
Ca, c'est autre chose…autre chose…
Comment t'expliquer?
C'est que tu manques d'imagination!
Toi…tu manques d'imagination,
Souviens-toi que dans ton "enfer"
Il n'y a pas un seul enfant…
Et celui que tu vois, là,
Il est seul.
Tout seul, sans cicérone…
A attendre que s'ouvrent les portes d'un enfer
Que toi, mon pauvre Florentin!
Tu n'as même pas pu imaginer.
Ca c'est autre chose… Comment te dire?
Tiens! C'est un endroit où on ne peut pas jouer du violon.
C'est un lieu où se brisent les cordes
de tous
Les violons du monde.
Vous m'avez bien compris, poètes de l'enfer?
Virgile, Dante, Blake, Rimbaud…
Parlez moins haut!
Jouez moins haut!… Chut!…
Taisez-vous!
Moi aussi je suis un grand violoniste…
Et j'ai joué en enfer, bien souvent…
Mais ici et maintenant,
Je brise mon violon…et je me tais.

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- Copyright © 1999: Moïse Rahmani -