Espagne : le pays le plus cher et le plus difficile pour les entrepreneurs indépendants
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Le secteur de l’entrepreneuriat en Espagne est devenu un véritable défi pour ceux qui se lancent, devant souvent assumer des risques considérables sans que les bénéfices soient à la hauteur des efforts fournis. Le dernier Rapport GEM Espagne 2024-2025, réalisé par l’Observatoire de l’Entrepreneuriat d’Espagne (OEE), souligne que les politiques de soutien aux entrepreneurs ont un effet inverse, rendant l’initiation d’une activité difficile et parfois impossible. En résulte une stagnation inquiétante: le taux d’aspirants entrepreneurs n’a pas dépassé 11 % depuis plus d’une décennie, tandis que la moyenne dans l’Union européenne frôle les 40 %. Les entraves invisibles comme la bureaucratie, une réglementation excessive, le déséquilibre entre les contributions et les retours, ainsi que les difficultés d’accès au financement et une fiscalité lourde, freinent la dynamique entrepreneuriale. La croissance observable reste plutôt nominale que structurelle.

Face à cela, le gouvernement de Sánchez, sous couvert d’améliorer la protection sociale et la durabilité financière, a choisi de renforcer la fiscalité et les cotisations sociales au lieu de promouvoir de réelles mesures d’appui. Cette situation positionne l’Espagne parmi les pays où démarrer une entreprise devient un parcours semé d’embûches.

Les faits sont têtus. Un tiers du taux total des cotisations de la base déclarée est affecté aux contingences courantes, dont le chômage des indépendants, mais 60 % des travailleurs autonomes se voient refuser le droit au chômage. De plus, le gouvernement ne respecte pas la réglementation européenne qui permettrait d’exempter de TVA les revenus inférieurs à 85 000 euros, norme appliquée par de nombreux autres pays européens que l’Espagne refuse d’adopter.

Cerise sur le gâteau, cette semaine, le Ministère de la Sécurité Sociale, dirigé par Elma Saiz, a introduit un nouveau modèle de cotisations provoquant un large rejet. En effet, la proposition pour 2026 débute à 217,37 euros pour les indépendants dont les revenus mensuels sont inférieurs à 670 euros, et grimpe jusqu’à 796,24 euros pour la tranche supérieure, avec des augmentations à chaque niveau de revenus. Pour 2027, le seuil minimum sera de 234,73 euros, atteignant 1 002,49 euros pour les revenus les plus élevés, et pour 2028, il commencera à 252,1 euros pour finir à 1 208,73 euros. Ces changements obligeraient les travailleurs autonomes à payer 5,741 millions d’euros de plus en cotisations sur les trois prochaines années, avec une hausse annuelle de 1,9 milliard d’euros.

La réaction d’ATA, la plus grande association d’indépendants, a été immédiate. Dans un document adressé à tous les partis au Congrès, elle propose d’indexer les bases de cotisation des indépendants à l’IPC actuel jusqu’en 2031, de reconnaître automatiquement les cessations d’activité permanentes, et d’informer les indépendants de leurs revenus imposables avant la régularisation par l’administration. Ils demandent également que les travailleurs pluriactifs puissent cotiser à un régime spécifique sans dépasser la base maximale, et que les indépendants familiaux conservent leur base de 2022 pour préserver leurs droits à la pension. Ils rappellent qu’en cas de maladie grave, la cotisation est toujours exigée durant les 60 premiers jours, et qu’elle ne couvre que 75 % pour les parents s’occupant de leurs enfants malades, et que 50 % des montants excédentaires sont retenus sans que cela n’entraîne un renforcement de leur protection. Une réforme structurelle est donc urgente pour assurer une déductibilité des dépenses juste, afin d’éviter que les indépendants ne soient surtaxés sur des revenus qui ne reflètent pas toujours leur réalité.

Par ailleurs, l’Espagne est l’un des pays européens avec la plus forte pression réglementaire sur ce collectif, créant ainsi des distorsions négatives. Alors que le nouveau système de cotisation se base sur les revenus nets réels en 15 paliers, la majorité des pays de l’UE ne fixe pas de cotisations standardisées, les paiements étant déterminés par les prestations sociales choisies. Ainsi, l’Espagne est relativement onéreuse pour ceux qui souhaitent s’auto-employer, bien qu’elle présente certains avantages. Par exemple, en France, la cotisation dépend du chiffre d’affaires et du type d’activité. Dans d’autres pays comme l’Italie ou l’Allemagne, il existe également des ajustements en fonction des revenus, mais avec des seuils d’exemption attractifs. Le modèle proposé par la Sécurité Sociale impose une cotisation minimale dont la charge effective dépasse les 50 % des revenus, compromettant l’équité.

Le plan de Feijóo pour aider les indépendants

Lors d’un événement à Soria aux côtés de Mañueco, le président du PP, Alberto Núñez Feijóo, a critiqué le gouvernement pour « son approvisionnement excessif » à l’égard des indépendants et a présenté un plan d’action qui propose de les exonérer de TVA s’ils génèrent moins de 85 000 euros de chiffre d’affaires, en remplaçant les déclarations trimestrielles de TVA par une déclaration annuelle pour alléger la charge bureaucratique. Il a également suggéré d’étendre le statut d’autonome collaborateur à des personnes non parentes en cas de succession, permettant une cotisation conjointe de l’autonome et de l’apprenti durant les cinq années précédant la retraite, afin de faciliter la transition. Enfin, il a proposé la création d’un contrat junior offrant les bénéfices d’un apprentissage sans la lourdeur administrative d’un contrat de formation.

Bon à Savoir

  • Le secteur de l’entrepreneuriat en Espagne a connu une stagnation des aspirations à créer une entreprise.
  • Les difficultés bureaucratiques ont un impact significatif sur le lancement d’activités.
  • Les débats autour de la fiscalité des travailleurs autonomes ont pris de l’ampleur récemment.
  • Le modèle de cotisation en Espagne se distingue par sa complexité et ses coûts élevés.
  • Des alternatives de soutien existent dans d’autres pays européens qui pourraient inspirer des réformes en Espagne.

Dans un contexte économique où l’auto-entrepreneuriat est souvent présenté comme une solution à la crise de l’emploi, la réalité des entrepreneurs en Espagne soulève de nombreuses questions. La relation entre l’État et les travailleurs indépendants, marquée par la contradiction entre souhait de soutien et lourde fiscalité, amène à s’interroger sur les véritables priorités économiques et sociales du pays. Quelle vision développer pour un entrepreneuriat durable et équitable ?



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