Mariage à Boston : le secret d'un « startup » personnel pour obtenir soutien et ressources !
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Le terme “mariage de Boston”, apparu aux États-Unis à la fin du XIXe siècle, décrivait la cohabitation entre deux femmes, fondée sur une proximité émotionnelle et intellectuelle. Ce modèle a été adopté sous différentes formes par les femmes au fil de l’histoire, y compris celles de la génération Z, qui font face aux mêmes défis que leurs prédécesseurs : un désir d’indépendance financière et un besoin de proximité affective, ce qui a permis à ce type de relation de connaître un nouvel essor.

Des études menées par l’Université nationale de recherche de l’économie (NIU VChE) révèlent un phénomène d'”allongement de la jeunesse” chez les jeunes adultes. La séparation d’avec les parents, l’accès à une indépendance financière et la constitution d’une famille sont de plus en plus repoussés, rendant la colocation entre amies une solution pertinente face aux enjeux contemporains.

Selon des chercheurs américains, les jeunes âgés de 18 à 29 ans expérimentent divers modes de vie avant de prendre des décisions à long terme. L’exercice de la vie commune avec une amie s’inscrit dans cette démarche évolutive, explique Anastasia Kotelnikova, psychologue et spécialiste de la plateforme Alter.

La popularité de ce modèle parmi les femmes pourrait être liée à leurs compétences émotionnelles. Arkadi Volkov, psychologue et expert de la même plateforme, souligne que les femmes sont culturellement mieux préparées à établir des liens émotionnels et à communiquer ouvertement leurs besoins. Ainsi, la colocation entre amies représente une forme de soutien accessible, tant émotionnel que financier.

Économie de solidarité

Pour beaucoup de jeunes de la génération Z, devenir propriétaire devient un objectif de plus en plus irréaliste. Des enquêtes montrent qu’un jeune professionnel russe sur deux gagne moins de 60 000 roubles, tandis que seulement 10 % des diplômés universitaires atteignent 100 000 roubles par mois. En parallèle, le coût moyen d’un logement de standing à Moscou frôle les 20,6 millions de roubles, ce qui rend l’accession à la propriété un projet à long terme.

Dans ce contexte, le marché locatif, bien qu’il offre une alternative, impose des conditions très strictes. Un appartement à Moscou peut coûter en moyenne 70 000 roubles par mois, soit plus de la moitié des revenus de ceux gagnant environ 100 000 roubles, laissant peu de marge de manœuvre pour l’épargne.

Ainsi, pour de nombreuses jeunes femmes, cohabiter avec une amie devient une stratégie financière pour contourner les restrictions du marché immobilier. “J’ai découvert que notre mode de vie avait un nom : mariage de Boston. Quand deux femmes vivent ensemble sans relations intimes, partagent les tâches ménagères et les finances. Ou, comme nous, font face aux prix de l’immobilier à Moscou”, ironise Nastya Venivitina, une comédienne de 27 ans, dans un de ses sketchs.

Cette stratégie financière s’applique également en dehors de la Russie, comme le témoigne Vladislava Ilina, 24 ans, qui a emménagé avec une amie rencontrée en Chine. “L’idée du mariage de Boston est devenue naturelle pour nous. Nous voyageons beaucoup, ce qui nous a rapprochées, partageant valeurs et objectifs de vie. Nous avons décidé de louer un appartement spacieux ensemble pour économiser”.

Leur expérience démontre que cette approche réduit les dépenses tout en améliorant leur qualité de vie. “Nous louons un logement 20 à 30 % moins cher que si nous avions vécu séparément, ce qui nous permet de choisir des appartements plus confortables sans trop débourser”.

Proximité émotionnelle et soutien

Selon une étude, l’instabilité financière est la principale raison pour laquelle 71 % des jeunes Russes reportent le mariage traditionnel. La maturité ne réside plus dans la constitution d’une famille, mais dans une assise financière, une carrière réussie et une stabilité émotionnelle. Dans ce cadre, vivre avec une colocataire peut être perçu comme une phase préparatoire avant une éventuelle constitution de famille.

Cette formule de vie comblant à la fois des défis économiques et des besoins émotionnels, s’explique par des principes de sécurité émotionnelle, d’égalité et de compréhension mutuelle. Les amitiés féminines, souvent moins compétitives et plus équilibrées, favorisent cet environnement de soutien.

À l’ère de l’Internet et des smartphones, les membres de la génération Z, bien que connectés, ressentent un fort sentiment de solitude. Des études indiquent qu’ils sont 1,6 fois plus susceptibles d’éprouver cette solitude et rencontrent davantage de difficultés à établir des relations amoureuses, ce qui leur confère le statut de “génération la plus solitaire”.

“Le mariage de Boston pourrait servir de solution à ce problème”, note Kotelnikova, ajoutant que ce type de partenariat peut aider à se sentir plus accepté et moins seul, favorisant un meilleur bien-être mental.

Sofia Kulikova, 27 ans, partage cette analyse, reconnaissant qu’elle a transformé sa vision de la proximité affective. “La peur de rester seule ne m’angoisse plus. J’ai compris que le soutien et l’affection existent au-delà du cadre romantique. Cela me permet de me sentir sereine et de comprendre que le bonheur ne dépend pas uniquement des relations amoureuses”, explique-t-elle.

Cependant, une telle cohabitation peut engendrer des défis, comme l’accoutumance émotionnelle. Arkadi Volkov met en garde sur l’éventuelle difficulté à gérer une relation quand l’une des amies commence une relation amoureuse. Une communication franche et la mise en place de frontières claires sont essentielles pour préserver le lien émotionnel.

Conseils pour la vie commune

Vivre ensemble peut être vu comme un projet personnel dont la réussite dépend d’une gestion adaptée des ressources. Pour que cet arrangement soit stable et l’interaction transparente, plusieurs questions nécessitent d’être clarifiées dès le départ.

  • Trouver la bonne personne. Le mariage de Boston participe à un mouvement plus large vers les “familles choisies”. Aujourd’hui, le soutien et la proximité émotionnelle peuvent provenir non seulement de la famille de sang, mais aussi des personnes choisies pour leurs valeurs communes.
  • Choisir un modèle financier. Deux options se présentent : le budget séparé, souvent privilégié, ou un budget commun où chacune contribue à un fonds pour les dépenses partagées.
  • Avoir des accords clairs. Il est fondamental de discuter et de fixer des règles concernant la répartition des tâches, l’invitation d’amis et les espaces communs.
  • Pratiquer une communication ouverte. Un dialogue franc et respectueux renforce la confiance et permet de maintenir une relation harmonieuse.

Bon à Savoir

  • Le “mariage de Boston” fait écho à d’autres modèles de cohabitation affectifs, non forcément centrés sur la romantique.
  • Des groupes d’entraide commencent à émerger pour soutenir ces structures innovantes.
  • Les réseaux sociaux débutent à reconnaître et valider ces formes de relations non traditionnelles.

Ainsi, la dynamique de ces nouveaux formats relationnels nous amène à redéfinir les fondements de l’affection et le sens d’une vie commune. Cette réflexion pourrait nous pousser à envisager des alternatives à l’amour et aux dynamiques familiales traditionnelles, tout en tenant compte des normes et des attentes sociales en perpétuelle évolution. Quel avenir pour les relations humaines en dehors des schémas classiques ?



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