Juan Carlos Velten : Quand l'innovation devient un frein : pourquoi il vaut mieux que chacun innove !
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València. Dans un monde où l’intelligence artificielle (IA) prend de plus en plus d’importance, comment positionner une marque ou un produit lorsque la décision n’est pas prise par une personne, mais par une IA autonome ? Juan Carlos Velten, fondateur de l’Innovation Lab à Silicon Valley et professeur à l’Université de Stanford, nous livre ses réflexions sur l’innovation, lors de son intervention au forum « Miradas globales para impulsar el territorio » organisé par la Fundación Lab Mediterráneo au CaixaForum.

Quel est l’axe de travail de l’Innovation Lab en ce moment ?

Notre objectif principal demeure de maintenir la pertinence des grandes entreprises. Pour cela, l’innovation ne doit pas être une prérogative de quelques-uns. Il est illusoire de croire qu’elle émane uniquement d’un département spécifique. Une des méthodes que nous utilisons est d’intégrer des startups, en identifiant leurs besoins et en proposant entre dix et douze d’entre elles pour les accompagner dans leur croissance.

Cette approche semble perdre du terrain en Espagne, souvent réservée au secteur marketing ou ESG. Les directeurs d’innovation peuvent vite se décourager s’ils ne voient pas de résultats concrets.

L’intégration d’une startup dans une grande entreprise nécessite également de négocier avec divers départements pour qu’ils puissent collaborer efficacement. Les lourdeurs administratives peuvent dissuader, surtout pour les jeunes entreprises qui manquent à la fois de temps et de ressources financières.

Par exemple, un des établissements bancaires avec lesquels nous travaillons a accueilli une startup musicale pour apprendre de son modèle économique basé sur l’abonnement.

Jeff Bezos avait pour habitude de laisser une chaise vide lors des réunions afin de représenter les clients et que leur voix soit entendue dans le processus décisionnel. Cette initiative souligne l’importance d’une perspective externe.

Les startups doivent apprendre à naviguer au sein des grandes entreprises tout comme les intrapreneurs doivent comprendre la dynamique des startups, car certaines personnes dans ces grandes structures évoluent sans jamais toucher à l’esprit entrepreneurial.

Quelles lignes d’innovation semblent le mieux fonctionner dans les collaborations entre entreprises et startups ?

Les initiatives sont variées. Prenons le cas d’une autre banque norvégienne qui a fait appel à une startup musicale pour explorer des modèles d’abonnement. Ce n’est pas parce qu’une entreprise est dans le secteur bancaire qu’elle doit uniquement interagir avec des fintechs.

Il arrive aussi qu’un département d’innovation soit contre-productif ; au contraire, il serait bénéfique que chacun puisse innover. Par exemple, la fonctionnalité « like » de Facebook a été conçue par un ingénieur junior lors d’un hackathon, et non par un département dédié.

À l’ère de l’intelligence artificielle, la capacité à expérimenter fait la différence pour les innovateurs humains. Aujourd’hui, grâce au digital, les barrières à l’expérimentation se sont considérablement réduites. Des entreprises comme Unilever optent pour des plateformes de crowdfunding comme Kickstarter au lieu de mener des études de marché coûteuses.

Il y a quelques mois, Anthropic a rejeté un contrat du Pentagone, préférant ne pas participer à des missions sans supervision humaine — OpenAI, quant à elle, a signé.

Les agents d’IA n’ont que faire de l’image de marque traditionnelle. Comment trouver l’équilibre entre l’importance de la marque et les décisions d’achat via une IA autonome ?

Bien souvent, les marques, en particulier dans le secteur technologique, n’ont pas clarifié ce qu’elles représentent vraiment. L’exemple des motos Vespa, qui incarnaient la liberté après la Seconde Guerre mondiale, illustre cette nécessité de savoir communiquer son essence. Si l’IA connaît la marque et ses valeurs, elle pourra les intégrer dans son approche.

Cela revient à transformer la culture d’entreprise en données exploitables. Imaginez confier à une IA l’analyse de vos mentions sur Instagram ; elle pourrait déceler des sentiments communs en un temps record. Bien que les préférences puissent évoluer avec les générations, l’IA sera toujours à jour sur les tendances des réseaux sociaux, parfois à notre insu.

Une telle indépendance peut avoir ses inconvénients, notamment dans des domaines critiques où des vies sont en jeu. La question se pose : jusqu’où peut-on laisser les décisions à des agents d’IA sans garde-fous ?

En tant que professionnel, comment voyez-vous l’avancement des agents d’IA, malgré leurs défis d’efficacité et de fiabilité ?

Je crois fermement qu’il est nécessaire d’établir des garde-fous. Anthropic a choisi de s’éloigner de certaines approches, et cela démontre que nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. En effet, les agents d’IA doivent être formés au sein d’une culture d’entreprise, comme un nouvel employé, pour mieux comprendre qui nous sommes.

Nous allons vers une fusion entre ce qui est physique et l’IA, où les machines prendront des décisions basées sur nos données, souvent sans notre intervention.

Jeff Bezos a évoqué ce principe fondamental qui ne changera jamais, et Tim O’Reilly a récemment souligné que l’IA générative n’a pas encore véritablement découvert son modèle économique. Est-ce que cela commence à se dessiner ?

C’est encore flou. Actuellement, des services comme ChatGPT sont accessibles à peu de frais, mais leurs structures de coûts sont toujours sous pression. Il semble inévitable qu’un modèle de souscription émerge, mais sa viabilité à long terme pour les utilisateurs reste à déterminer.

Il est probable que lorsque l’addiction sera acquise, des frais s’imposeront. L’exemple de Facebook est révélateur, car la plateforme a fonctionné sans publicité pendant des années, et l’ajout d’annonces n’a pas entraîné de départ massif des utilisateurs.

Comment convaincre les industries plus traditionnelles que l’adoption de l’IA est indispensable pour éviter de perdre leur compétitivité ?

Il existe un véritable engouement autour de l’IA, illustré par son adoption par des personnes de toutes générations. Un PDG, en voyant ses proches utiliser des technologies qu’il n’aurait jamais imaginées, comprendra la nécessité d’une adaptation rapide. Cela rappelle les débuts d’Internet où même des entreprises sans rapport avec le digital ont fini par s’y convertir.

Quel changement majeur anticiper dans notre manière de consommer d’ici trois ans ?

Nous allons voir une synergie croissante entre la robotique et l’IA. En réagissant à des signaux comme notre rythme cardiaque, des machines telles que les cafetières seront capables de devancer nos besoins. De plus, la majorité des échanges de courriels seront traités par IA, et les utilisateurs recevront uniquement une synthèse des messages nécessitant une attention humaine. À ce titre, il semblerait que l’humilité de l’IA, dans sa quête de réponses exactes, soit un élément clé de son efficacité.

Un professeur de l’Université de Carleton au Canada évoquait que même des données banales pourraient devenir des sources de revenus… Cela montre bien que chaque secteur a un potentiel à explorer.

Exactement.

Bon à Savoir

  • Les entreprises peuvent bénéficier de l’intégration des startups pour innover efficacement.
  • Le rôle des agents d’IA évolue et nécessite des garde-fous adaptés.
  • La compréhension de l’identité de marque est essentielle pour la réussite commerciale.
  • La synergie entre la robotique et l’IA transformera les expériences consommateurs.
  • Les entreprises doivent s’adapter aux évolutions technologiques pour éviter leur obsolescence.

Ce panorama de l’innovation souligne non seulement les défis, mais également les opportunités qu’offre l’IA. En interrogeant nos pratiques et nos fondations, nous sommes amenés à réfléchir sur comment ces avancées peuvent être intégrées de manière éthique et responsable dans le tissu des entreprises. La question qui se pose demeure : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour embrasser ces changements tout en préservant l’humain au cœur de nos décisions ?



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