Des milliers de petites entreprises ont fermé leurs portes en début d’année. L’entrepreneur Dmitri Shichmakov explique à RTVI pourquoi la réforme fiscale a eu un impact beaucoup plus fort que prévu sur ce secteur, et ce que l’on peut attendre à l’automne.
La gestion manuelle n’est pas une solution miracle
En décembre dernier, lors d’un échange direct avec Poutine, Denis Maximov, propriétaire de la boulangerie « Machenka » à Lyubertsy, a exprimé ses préoccupations concernant les nouvelles taxes. Bien que le président ait goûté ses pâtisseries et promis d’examiner la question, la boulangerie a dû annoncer sa fermeture en janvier, n’obtenant aucune réelle aide. Maximov a ensuite reconnu dans une interview accordée à un autre média que, bien que son entreprise ait bénéficié d’une attention particulière, cela ne résolvait pas les problèmes rencontrés par tant d’autres.
Arthur Novosiltsev / Agence « Moskva »
Ceci illustre parfaitement la réalité du petit commerce en Russie : les aides sont souvent distribuées de manière arbitraire, laissant la majorité à l’abandon. Alors que le Kremlin a même commandé des spécialités de la boulangerie pour un négociateur américain, le reste des entrepreneurs continue de fermer sans soutien.
Cette situation a relancé le débat public sur la réforme fiscale mise en œuvre l’automne dernier, mais, selon moi, la plupart des discussions se concentrent sur de mauvaises préoccupations.
On pense généralement que la hausse du taux de TVA, passé de 20 % à 22 %, est la principale cause des difficultés. Pourtant, il est surprenant de constater que les cotisations sociales, qui sont passées de 15 % à 30 %, représentent une bien plus grande menace pour de nombreux petits entrepreneurs.
Avec un marché du travail déjà tendu, les petites entreprises sont forcées d’offrir des salaires élevés tout en subissant l’augmentation des cotisations. Pour ceux qui choisissent de rester totalement conformes à la législation, cela peut être fatal.
Les plus fragiles ont fermé dès janvier-février, tandis que les plus optimistes ont tenu jusqu’en mars, marquant ainsi la première vague de fermetures.
Le secteur offline a été le plus touché. Les entreprises IT, en revanche, ont pu s’adapter en travaillant majoritairement avec des indépendants, leur permettant d’échapper à certains coûts fixes. Malheureusement, cela est beaucoup plus difficile pour les commerces physiques tels que les salons de beauté ou petites cafeterias, qui ne peuvent pas se permettre de faire appel à contractuels.
Une seconde vague à l’automne
Les entreprises qui ont survécu sont à un tournant. Bien qu’elles aient fait des ajustements, elles attendent des signaux de leurs clients concernant leur pouvoir d’achat. La réponse à cette question semble floue pour l’instant.
L’été pourrait créer une illusion de répit, mais les entreprises de proximité, comme les salons de beauté et restaurants de quartier, ne constituent pas une réserve durant cette période. Lorsque les clients s’absentent, les revenus chutent, et les entreprises peinent à maintenir leur activité.
À l’approche de l’automne, les pertes accumulées dévoileront une seconde vague de faillites, révélant ceux qui ont véritablement survécu.
Actuellement, une inertie s’est instaurée : des propriétaires s’accrochent à leurs entreprises par principe, ignorant la nécessité de prendre des décisions difficiles. La fermeture d’une entreprise représente plus qu’un simple problème financier ; c’est un défi psychologique. L’entrepreneuriat exige du caractère et une mentalité, et c’est souvent ce qui pousse les entrepreneurs à tenir plus longtemps que nécessaire. Mais cette inertie prendra fin à l’automne.
Des mesures réactives au lieu d’une stratégie structurelle
Nous assistons à un déplacement progressif du petit commerce de la structure économique, mais est-ce accidentel ou fait partie d’une stratégie du pouvoir en place ?
Il semble que l’augmentation du taux fiscal l’automne dernier n’était pas préméditée, mais plutôt une réponse à un besoin urgent de liquidités. D’un autre côté, la fermeture de certaines plateformes publicitaires s’accompagne d’un manque d’alternatives, ce qui éloigne les petites entreprises du marché de la communication.
Les grandes entreprises, quant à elles, se tournent vers l’absorption des petites structures. Cela transforme le paysage économique traditionnel où le petit commerce pouvait prospérer à l’écart des pressions gouvernementales.
Maxim Shipenkov / EPA / TASS
Dans ce contexte, le petit commerce est souvent laissé pour compte, non par une volonté d’élimination, mais par un abandon manifeste du soutien. Tandis que les acteurs majeurs se concentrent sur l’acquisition de concurrents plutôt que d’explorer de nouveaux marchés, les opportunités se réduisent pour les petites entreprises.
Ce phénomène représente une gestion de crise plutôt qu’une vision à long terme.
Concernant le taux d’intérêt, certains plaident pour sa réduction immédiate, soutenant que le commerce doit continuer à avancer. Pourtant, la tendance montre une baisse progressive et attentive, soulevant la question : qui a raison ?
Envisageons un scénario où la banque centrale abaisse demain le taux à des niveaux acceptables. Les petites entreprises, fragilisées, s’endetteront non pour croître, mais pour survivre, injectant ainsi des fonds dans une économie déjà affaiblie sans perspective de création de valeur.
D’autre part, le taux élevé restreint l’accès au crédit, conduisant également à des fermetures, mais pour des raisons différentes. Le dilemme est sans issue : chaque option porte son lot de conséquences néfastes. La seule approche qui semble sensée serait une baisse active des taux, au moins comme signal, fournissant une lueur d’espoir.
L’IA comme avantage temporaire
Actuellement, l’IA offre aux petites entreprises des outils concrets pour réduire les coûts. Ce qui nécessitait jadis une équipe créative peut désormais être exécuté par des algorithmes de manière rapide et peu coûteuse, ouvrant la porte à des économies significatives à l’instant où chaque dépense compte.
Cependant, cette évolution entraîne également des pertes d’emplois. Le défi n’est pas seulement technologique : si la Russie prend du retard dans l’adoption de l’IA comparé à d’autres régions, il reste une fenêtre de tir pour s’adapter avant que la crise ne s’aggrave.
Tout cela évoque la révolution industrielle, où le travail ne disparaît pas, mais son caractère change. Les développeurs juniors, souvent remplacés par la technologie, devront évoluer vers des rôles plus stratégiques, mettant en exergue l’importance de l’intelligence humaine dans l’architecture des systèmes.
Quand les choses s’amélioreront-elles ?
La lumière au bout du tunnel du petit commerce dépendra davantage de la situation générale : l’évolution des prix de l’énergie, l’accès aux marchés extérieurs, la fermeture croissante du pays vis-à-vis du monde. Les petites entreprises n’ont pas voix au chapitre face à ces déterminismes.
Anatoly Maltsev / EPA / TASS
Il est important de note que le business n’est pas voué à disparaître, mais à se redéployer.
Les personnes licenciées des grandes entreprises trouveront sans doute de nouvelles niches : studios à domicile, freelancing, ou coworking, qui connaissent d’ailleurs un regain d’intérêt. Mais quand cette redistribution s’effectue dans un contexte de crise économique, la transition sera tumultueuse.
Une seconde vague de fermetures est donc à prévoir cet automne, et elle dessinera un panorama plus clair des survivants. Pour le moment, nous sommes dans un tunnel où nous ne pouvons ni revenir en arrière, ni entrevoir la sortie.
Bon à Savoir
- Les petites entreprises représentent une part significative de l’économie, fournissant emploi et innovation.
- L’importance de la flexibilité et de l’adaptabilité face aux défis économiques.
- La montée en puissance de l’IA dans le monde du travail soulève des questions éthiques et économiques.
- Les mesures fiscales doivent se concentrer sur le soutien durable plutôt que sur des actions réactives.
- Les entrepreneurs doivent anticiper les tendances du marché pour mieux se positionner face aux évolutions.
En résumé, la complexité du paysage économique actuel invite à une réflexion plus profonde sur l’avenir entrepreneurial. Comment les dirigeants de petites entreprises peuvent-ils naviguer dans ces incertitudes tout en préservant l’essence même de l’entrepreneuriat ? La réponse pourrait résider dans une combinaison d’innovation, d’authenticité et d’une vision claire, définissant ainsi les contours d’une possible renaissance économique.