Fermetures en série : Plus de commerces ferment que n'ouvrent au Canada selon un rapport
Voter pour ce post

Le Canada est confronté à une « sécheresse entrepreneuriale ».

Cette affirmation provient d’un rapport récemment publié par la Fédération canadienne des entreprises (CFIB), qui indique qu’au cours des derniers trimestres, plus d’entreprises ont fermé leurs portes que de nouvelles n’ont vu le jour.

Ce phénomène a débuté au début de 2024, selon la CFIB, avec un écart record entre les ouvertures et les fermetures enregistré au dernier trimestre de 2025.

« La fondation économique du Canada s’effrite. Les gouvernements doivent cesser de masquer les problèmes et se concentrer véritablement sur des politiques qui améliorent l’environnement des petites entreprises », a déclaré Brianna Solberg, directrice de la CFIB pour les Prairies et le Nord.

La CFIB définit la « sécheresse entrepreneuriale » comme une « période prolongée de quatre trimestres ou plus durant laquelle les sorties d’entreprises dépassent les nouvelles entrées ». Au deuxième trimestre de 2025, le taux de fermeture des entreprises a atteint 5,6 %, alors que le taux d’ouverture a chuté à 4,9 %, marquant certains des taux de fermeture les plus élevés et l’activité de démarrage la plus faible enregistrée depuis la pandémie.

Pour le quatrième trimestre de 2025, le taux d’entrée est tombé à 4,8 %. Les données concernant les taux de fermeture pour les deux derniers trimestres de 2025 ne sont pas encore disponibles, selon la CFIB.

Les taux de fermeture avaient déjà atteint un pic en 2020 en raison de la pandémie, mais ont connu une reprise en 2021 selon les données.

Bien que le taux de création de nouvelles entreprises ait été en déclin depuis le milieu des années 1980, il avait jusqu’à récemment largement devancé les taux de fermeture. Toutefois, le rapport souligne que ce n’est plus le cas, puisque les taux de fermeture ont dépassé ceux des nouvelles créations en 2024, et cet écart s’est progressivement élargi depuis.

« L’environnement commercial est vraiment défavorable », a précisé Moshe Lander, économiste à l’Université Concordia. « Je ne pense pas que le secteur ait véritablement récupéré depuis la Covid, surtout avec tous les coups durs qui ont suivi, allant des tarifs de Trump à la récente fermeture du détroit d’Hormuz. »

Une analyse approfondie des données révèle que les pertes semblent être concentrées dans une province, selon l’économiste Erik Johnson de la BMO. « Plus de 70 % de l’écart entre les entrées et les sorties d’entreprises provient de l’Ontario », a-t-il déclaré.

Les pertes se concentrent également dans quelques secteurs de l’économie, notamment dans le transport, les services professionnels, et le secteur de la finance, de l’assurance et de l’immobilier.

Deux tiers des petites entreprises interrogées par la CFIB se sentent non soutenues par leurs gouvernements provinciaux, seulement 3 % affirmant croire fermement que leur gouvernement avait une vision claire pour l’entrepreneuriat. De plus, 73 % n’ont pas confiance dans le gouvernement fédéral.

Plus de la moitié (55 %) des petites et moyennes entreprises canadiennes affirment qu’elles ne recommanderaient pas de créer une entreprise en ce moment, selon la CFIB. Les entreprises évoquent des « coûts élevés, des pressions fiscales et salariales, des règles complexes, de la paperasse, et des défis en matière de main-d’œuvre face à une incertitude mondiale persistante » comme les principaux obstacles.

La paperasse impacte de manière disproportionnée les petites entreprises, a expliqué Lander. « Les petites entreprises, qui doivent se conformer aux mêmes lois que les grandes, n’ont pas accès aux comptables ou aux juristes qui peuvent les aider à naviguer dans ces réglementations. Cela les pénalise inévitablement davantage. »

La tendance témoigne également d’une « concentration du marché », ce qui signifie que la domination de quelques grandes entreprises dans l’économie laisse peu de place à la croissance des petites entreprises. L’acquisition de petites firmes par des sociétés de capital-investissement pourrait également avoir un impact sur cette tendance.

« Bien que la consolidation puisse bénéficier à certaines entreprises, une économie saine dépend de la préservation de l’espace pour les entreprises indépendantes et les nouveaux entrants », conclut le rapport.

Bon à savoir

  • Le rapport met en avant un besoin urgent d’améliorer le climat des affaires pour les petites entreprises.
  • Les principaux défis cités incluent des coûts d’exploitation élevés et une réglementation complexe.
  • Les secteurs les plus touchés par les fermetures sont le transport, les services professionnels et l’immobilier.
  • Une large majorité des petites entreprises se sentent abandonnées par le gouvernement.
  • La tendance à la concentration du marché pourrait limiter les opportunités pour les nouvelles entreprises.

L’analyse de cette « sécheresse entrepreneuriale » soulève des questions essentielles sur la durabilité de l’écosystème entrepreneurial canadien. À l’heure où l’innovation et l’entrepreneuriat sont souvent considérés comme moteur de croissance économique, la situation actuelle pousse à une réflexion sur le rôle des gouvernements et des institutions dans la création d’un environnement favorable à la création d’entreprise. En fin de compte, la question demeure : comment peut-on restaurer l’équilibre entre les petites et grandes entreprises pour favoriser une économie plus résiliente et inclusive ?



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *