Selon un rapport des experts de l’Institut de prévision économique de l’Académie des Sciences de Russie, 18 des 24 secteurs de l’industrie manufacturière en Russie, représentant près de 80 % de la production nationale, connaissent un déclin. Les données de Rosstat révèlent qu’à la fin septembre, la croissance industrielle du pays a ralenti à seulement 0,3 % sur un an, soit presque 19 fois moins que le résultat de l’année précédente (+5,6 %).
Les usines en dehors du secteur des matières premières n’ont augmenté leur production que de 0,4 %, contre 2,4 % en août et 9,6 % l’année précédente.
Les secteurs civils majeurs, desquels le Kremlin attendait le remplacement des biens des entreprises étrangères disparues, sont en déclin. Entre janvier et septembre, la production de vêtements et de chaussures a chuté de 3,5 %, celle des meubles de 8,2 %, et des denrées alimentaires de 0,9 %.
La production de farine a baissé de 5,6 %, les céréales de 6,9 %, et l’huile de tournesol de 16 %. La fabrication d’ordinateurs a chuté de 19,3 %, celle des téléviseurs de 23,5 %, des réfrigérateurs de 14,6 % et des machines à laver de 24,8 %.
Rosstat a également noté une baisse d’environ 20 % dans la production de locomotives électriques, 12,5 % pour les voitures de passagers et 24,2 % pour les wagons de fret.
Bien que l’économie russe ait évité une récession technique (définie comme deux trimestres consécutifs de déclin), les économistes d’Oxford Economics prévoient une croissance insignifiante de 0,2 % entre juillet et septembre.
Le renforcement des sanctions occidentales, frappant en octobre des entreprises comme Rosneft et Lukoil, qui représentent la moitié de l’énergie exportée, pourrait faire plonger l’économie dans le rouge, selon Oxford Economics.
« Les perspectives d’affaires sont globalement sombres », constate l’économiste Vladislav Inozemtsev. « Les entrepreneurs s’attendent à une détérioration des conditions économiques, un ralentissement, une baisse de la demande des consommateurs, et une augmentation des impôts ».
Pour alimenter le budget militaire, le gouvernement prévoit de relever la TVA à 22 % dès 2026, en plus d’une réforme fiscale radicale qui affectera 700 000 petites entreprises actuellement sous un régime fiscal simplifié.
D’après Inozemtsev, le PIB russe pourrait diminuer de 1 à 1,4 % l’année prochaine. Cependant, le Kremlin devrait encore avoir la capacité de financer son effort de guerre. Même si les exportations de pétrole vers l’Inde et la Chine diminuent d’un tiers, les militaires ne devraient pas ressentir cet impact immédiatement, et probablement pas avant une période prolongée, soutient l’économiste.
Bon à Savoir
- Le secteur manufacturier en Russie représente une part significative de l’économie nationale.
- La baisse de la production touche divers secteurs, des biens de consommation aux équipements industriels.
- Les prévisions économiques restent incertaines face à l’augmentation des sanctions et à la volatilité du marché mondial.
- Les changements fiscaux à venir pourraient avoir un impact sur les petites entreprises et l’économie locale.
- Des analyses indépendantes sont cruciales pour comprendre la situation économique actuelle et les perspectives futures.
Ce constat met en lumière la fragilité de l’économie face aux aléas politiques et économiques mondiaux. L’avenir économique de la Russie soulève des interrogations sur la manière dont les politiques internes et les relations internationales influencent non seulement le développement industriel, mais aussi le train de vie des citoyens. À quel point les gouvernements doivent-ils équilibrer leurs priorités entre effroi sociopolitique et croissance économique pour assurer un développement durable et un bien-être collectif ? Cette question mérite d’être approfondie dans le cadre des réflexions contemporaines sur la gouvernance et la résilience économique.