Le procureur fédéral de Suisse a porté des accusations contre la banque en difficulté, Credit Suisse, ainsi que son nouveau propriétaire, UBS, en lien avec le scandale de prêt des « obligations thonières » qui avait gravement affecté l’économie du Mozambique il y a près d’une décennie.
Selon le procureur général suisse, des accusations de blanchiment d’argent ont été formulées contre un employé non identifié de Credit Suisse, tout en engageant des poursuites contre la banque et UBS. Le bureau du procureur a dénoncé des « lacunes organisationnelles » qui n’ont pas permis d’empêcher les actes répréhensibles, conduisant à ce que les transactions suspectes ne soient signalées qu’en 2019, après qu’il a été annoncé que le département de la Justice des États-Unis ouvrait ses propres procédures criminelles.
Le procureur a souligné que « des défauts considérables existaient en 2016 dans les systèmes de gestion des risques, de conformité et de directives internes des entreprises concernant la lutte contre le blanchiment d’argent. »
UBS a acquis Credit Suisse dans le cadre d’un plan de sauvetage d’urgence orchestré par les autorités suisses en 2023. Le groupe a déclaré : « Nous rejetons fermement les conclusions du bureau du procureur général et défendrons vigoureusement notre position. »
Le scandale des obligations thonières découle de prêts d’une valeur de 2 milliards de dollars (1,5 milliard de livres) que Credit Suisse a octroyés à la République du Mozambique entre 2013 et 2016. Ces prêts étaient censés financer des projets d’investissement soutenus par l’État, notamment des initiatives de sécurité maritime et une pêche étatique de thon, basées dans la capitale du pays, Maputo.
Toutefois, une partie des fonds est restée introuvable, un des entrepreneurs mozambicains ayant été découvert en train d’organiser secrètement des « pots-de-vin » significatifs d’au moins 137 millions de dollars, dont 50 millions destinés à des banquiers de Credit Suisse, en vue d’obtenir des conditions plus favorables sur les prêts, selon l’Autorité de conduite financière.
Cette escroquerie a eu des répercussions importantes, entraînant finalement la suspension de l’assistance du Fonds monétaire international (FMI) au Mozambique, ce qui a conduit à l’effondrement de l’économie du pays.
Credit Suisse avait déjà réglé des litiges avec des régulateurs américains et britanniques en 2021, s’acquittant d’une amende de 275 millions de dollars aux États-Unis et de 147 millions de livres à l’Autorité de conduite financière du Royaume-Uni.
UBS a également accepté de régler le cas avec le Mozambique en octobre 2023, peu avant le début d’un procès prévu devant les tribunaux londoniens. Le Mozambique avait réclamé 1,5 milliard de dollars en dommages pour les pertes économiques subies après le retrait du soutien financier du FMI et des donateurs internationaux.
Le bureau du procureur général suisse a accusé Credit Suisse et UBS de « ne pas avoir pris toutes les mesures organisationnelles requises et raisonnables durant la période pertinente en 2016 pour prévenir le blanchiment d’argent supposé. »
Credit Suisse avait été vendu à UBS dans le cadre d’un accord d’urgence en mars 2023, alors que la situation financière des banques était déjà précaire. Cette crise de confiance a conduit les autorités suisses à offrir des prêts d’urgence à Credit Suisse, avant d’orchestrer une reprise par UBS pour un montant dérisoire de 3 milliards de francs suisses, entraînant la gestion d’un ensemble de scandales hérités de son ancien concurrent.
Bon à Savoir
- Le scandale des obligations thonières a été un point tournant dans la coopération internationale en matière de surveillance financière.
- Des poursuites similaires sont en cours dans d’autres pays, reflétant une tendance croissante vers une réglementation bancaire plus stricte.
- La situation de Credit Suisse rappelle l’importance de la transparence et de la responsabilité dans le secteur bancaire.
- Les tests de stress bancaire, visant à anticiper des crises financières, sont devenus un aspect essentiel de la régulation bancaire mondiale.
Ce cas soulève des questions plus larges sur l’intégrité des institutions financières et sur la responsabilité qu’elles ont en matière de contrôle des risques. Comment pourrions-nous mieux réguler les flux financiers pour éviter de tels désastres ? La réflexion sur ces enjeux est cruciale pour envisager l’avenir du système bancaire et la stabilité économique globale.