Il y a 35 ans, l’URSS a connu la réforme « Pavlov », qui a fortement ébranlé la confiance des citoyens.
La préoccupation économique grandit parmi les Russes, et cela se manifeste de plusieurs façons : augmentation des frais de services publics, réduction de la variété des produits disponibles. L’économiste Artem Krasnov suggère que 2026 pourrait être un test de résilience, nous révélant si nous allons revivre les années 90. Son avis est développé dans une colonne d’opinion.
Une vidéo de janvier 1991 est récemment réapparue sur YouTube, rappelant une époque où l’on a soudainement décidé d’échanger les billets de 50 et 100 roubles avec un délai de trois jours pour les déposer dans les banques. Les files d’attente devant les banques témoignaient de la confusion d’une population habituée à une stabilité soviétique. Les banquiers, imperturbables, assuraient que le principal était de s’acquitter de ces billets dans les délais, laissant les nouvelles coupures à un problème « technique » à résoudre plus tard.
La réforme de Pavlov avait pour but de lutter contre les revenus illégaux, mais en réalité, l’État cherchait à réduire la masse monétaire pour éviter une inflation galopante. Cependant, cette réforme échoua, et peu de temps après, l’URSS serait confrontée à une hyperinflation, ébranlant la confiance des citoyens. De nombreuses aventures économiques seraient alors à venir : période de troc, retards de salaires, privatisation et apparition des oligarques. Les Russes ont une mémoire traumatique bien ancrée.
En pensant à 2026, j’observe cette vidéo comme un film d’horreur. Bien que nous ne soyons pas encore en janvier 91, il est difficile de ne pas avoir l’impression que nous nous dirigeons vers cet état. Que représentaient les années 80 pour l’URSS ? Des dépenses militaires élevées, une économie isolée et inefficace, la chute des prix du pétrole. Ce cocktail de problèmes a créé une dynamique où chaque tentative aventureuse de solution dans les années 90 ne faisait qu’accroître les risques.
File d’attente devant une banque à Tcheliabinsk après une réforme en juillet 1993.
Peut-être que les économistes d’aujourd’hui sont plus avisés et éviteront les erreurs des années 80 et 90 ? Espérons-le. Mais il est difficile d’échapper aux parallèles.
Parlons du “surplus monétaire” que la réforme cherchait à éradiquer : il est encore considérable aujourd’hui. Les Russes détiennent plus de 60 trillions de roubles sur leurs comptes, un montant dépassant le budget annuel du pays. Ce surplus est l’une des raisons du maintien d’un taux d’intérêt élevé. La Banque de Russie tente d’encadrer cet excédent pour éviter qu’il n’inonde le marché, ce qui, allié à l’emprunt, entraînerait une inflation accrue.
Certains pourraient dire que quatre années d’angoisse se sont écoulées sans effondrement apparent. Toutefois, il est imprudent de s’en remettre uniquement à des solutions temporaires. L’économie a été soutenue par des fonds budgétaires et un taux d’intérêt élevé, mais cette ère de générosité est derrière nous. Le déficit budgétaire en Russie s’est creusé, et les moyens d’assainir la situation semblent limités. Avec des prix du pétrole bas et des sanctions sévères, peu de ressources demeurent, même le recours aux marchés étrangers s’avère difficile.
Face à cette réalité, deux options se présentent. La première consiste à réduire les « excédents » par le biais de hausses d’impôts, de sanctions et de prélèvements, ce qui est déjà en cours. La seconde est la voie monétaire : malgré l’interdiction formelle d’ajouter des zéros aux comptes, des moyens détournés existent pour accroître la masse monétaire, notamment par des prêts à taux réduits. Cela permettrait de fournir des fonds nécessaires aux secteurs en difficulté, mais cela viendrait avec le coût d’une inflation accrue pesant sur les ménages les plus vulnérables.
Il est important de noter que la masse monétaire (M2) en Russie a presque doublé de 2022 à 2025, passant de 65 trillions à près de 130 trillions de roubles, créant ce même surplus monétaire qui risque de provoquer une hyperinflation. Nous sommes assis sur une véritable poudrière économique.
Croissance de la masse monétaire en Russie au cours des cinq dernières années. La situation ne poserait pas de problème si la productivité des secteurs civils augmentait en proportion.
Les économistes débattent depuis des années : vaut-il mieux une économie stagnante avec une faible inflation ou une inflation relativement élevée accompanying une croissance économique? Ce choix inflige un dilemme, car chaque solution présente ses effets secondaires, parfois pires que les problèmes initiaux.
Considérons les augmentations fiscales, souvent mises en œuvre pour éviter des mesures impopulaires. L’État cherche à collecter des fonds auprès des entreprises et des citoyens pour réparer le budget et soutenir les secteurs en difficulté. Mais augmenter les impôts peut freiner l’économie, ce qui entraîne une chute des recettes fiscales. Prenons l’exemple de la hausse du tarif de la taxe de recyclage, dont les recettes ont déçu les prévisions après un doublement des tarifs.
Imaginer l’économie comme un moteur est révélateur de notre situation actuelle : l’approvisionnement en carburant au minimum, mais le moteur continue de surchauffer. Comment résoudre ce dilemme ? En augmentant le refroidissement, le moteur risque de s’éteindre, tandis qu’une réduction de l’effort peut entraîner un surchauffement. Lorsque le rendement est bas, seule une injection de nouveaux investissements pourrait relancer la machine, mais tout risque d’être perdu en friction. Au lieu d’un moteur, nous avons une simple unité de chauffage.
Les économistes craignent la stagflation, une situation où l’inflation est élevée même en période de stagnation. Cela crée une situation où les prix augmentent tandis que les entreprises ferment, affectant les travailleurs qui se retrouvent sans revenus. Dans cette dynamique, certains individus peuvent attribuer les revers aux victimes elles-mêmes, mais il est essentiel de reconnaître que la faiblesse de l’économie affecte tout le monde. Chacun a besoin de motivation, mais sans opportunités réelles, nous devenons inefficaces.
Pour l’instant, la stagflation n’est pas encore officiellement déclarée, mais les augmentations de prix prévues en 2026 pourraient en être une première manifestation. La question demeure : l’inflation se stabilisera-t-elle ou nécessitera-t-elle une intervention de la Banque centrale ? Une chose est claire : la direction que nous prenons ressemble étrangement à celle des années 80 et 90. Préparez-vous pour une année mouvementée.
Bon à Savoir
- La réforme de Pavlov visait à réduire l’inflation mais a échoué, entraînant une crise de confiance.
- Le surplus monétaire actuel en Russie est supérieur au budget annuel, créant des inquiétudes sur l’inflation.
- Les stratégies fiscales peuvent à la fois stabiliser le budget et freiner la croissance économique.
- Les économistes se divisent entre préférence pour faible inflation et stagnation ou hautes inflations et croissance.
- La stagflation pose un risque sérieux, car elle touche les plus vulnérables et crée des pressions économiques croissantes.
La situation économique actuelle incite à une réflexion profonde. Les choix des décideurs revêtent une importance cruciale et chaque mesure aura des implications à long terme. La quête d’un équilibre entre croissance et stabilité ne doit pas se traduire par des sacrifices supplémentaires pour les citoyens. Comment naviguer à travers ces défis complexes sans compromettre l’avenir ? Une société prospère repose sur des décisions éclairées, adaptées aux besoins de chacun, plutôt qu’à la seule recherche de profits immédiats.