Il y a deux ans, Ali a ouvert Fly Vape, un petit commerce de gros situé à Cheetham Hill, à Manchester. Le nom de la boutique fait référence à l’image d’une cigarette électronique entourée d’ailes d’ange, en remplacement d’un halo par un nuage de vapeur. À 40 ans, Ali évoque le secteur de la vape avec un brin de désinvolture, le qualifiant de “passable, mieux que rien”. Il vend des produits de vapotage principalement aux petits détaillants, proposant une vaste gamme de saveurs fruitées présentées dans des emballages colorés. Ses clients, dit-il, viennent de “partout au Royaume-Uni”, en citant notamment Leeds et Bradford.
Cheetham Hill, bien connu pour son passé de quartier textile à l’époque victorienne, est devenu un centre névralgique de l’industrie de la vape, comptant plus de 50 points de vente spécialisés. Cet espace, surnommé la “capitale de la vape” du Royaume-Uni, attire des commerçants désireux de profiter de cette niche en pleine expansion. Cependant, le manque de visibilité due à des restrictions sur les ventes au grand public crée un environnement particulier où peu de clients déambulent dans les rues.
La rue Harris est ornée de panneaux publicitaires géants, propageant des marques comme Lost Mary et Vaplay, tandis que des établissements comme “Vape Mart” et “Shining Star” se battent pour l’attention des commerçants qui viennent faire leurs approvisionnements.
Malgré cet essor, Cheetham Hill peine à se débarrasser de sa réputation, marquée par un passé criminel. En 2022, l’Opération Vulcan a été lancée pour lutter contre les activités illégales, menant à la fermeture de 216 commerces et à la confiscation de plus de 500 000 £ en espèces. Parmi les articles saisis, près de 400 000 dispositifs de vape étaient considérés comme illicites, alors que des normes de sécurité minimales sont imposées pour les cigarettes électroniques et les récipients de recharge.
Le inspecteur Jon Shilvock de la police de Manchester souligne que les efforts déployés visent à permettre aux entreprises légitimes d’opérer dans un environnement plus sûr tout en continuant à surveiller la situation. Les informations recueillies conduisent à des actions énergiques pour s’assurer que les rues et les commerces locaux sont sécurisés.
Le directeur général de l’UK Vaping Industry Association, John Dunne, note l’unicité de Cheetham Hill, soulignant l’absence d’un autre centre de gros aussi imposant au Royaume-Uni. L’association du commerce de la vape avec des zones plus défavorisées et le coût de la vie moins élevé favorise cette concentration.
Malgré une évolution rapide de l’industrie, des incertitudes persistent quant à l’avenir. Selon un rapport, 10 % des adultes britanniques fument désormais des vapoteuses. La présence accrue de produits bon marché a également conduit à un marché illégal florissant, mais les règlements plus stricts sur les vapoteuses jetables pourraient modifier ce paysage.
Ali, tout comme nombre de ses semblables, fait face à une concurrence féroce qui rend les affaires difficiles. Les clients cherchent les meilleurs prix, se déplaçant d’un fournisseur à l’autre. Les marges, souvent inférieures, compliquent davantage le commerce. En fin de compte, l’industrie de la vape au Royaume-Uni se prépare à des changements significatifs avec l’introduction d’une taxe sur les produits de vapotage prévue pour octobre.
Bon à Savoir
- Les vapoteuses peuvent désormais être soumises à des normes de sécurité strictes.
- Les produits de vapotage représentent des marges bénéficiaires beaucoup plus élevées pour les petits détaillants par rapport aux produits du tabac.
- Le marché des vapoteuses au Royaume-Uni pourrait atteindre presque 3,2 milliards de livres d’ici 2024.
- Les zones les plus défavorisées pourraient avoir trois fois plus de magasins de vaping que celles les moins défavorisées.
- Des changements réglementaires prévus pourraient affecter la rentabilité des petits commerces.
Ce panorama de l’industrie de la vape soulève des questions sur la dynamique du marché face aux réglementations strictes qui pourraient bien redéfinir non seulement le paysage économique, mais aussi notre rapport à la consommation. En observant ces transformations, il est essentiel de discuter du rôle de la législation dans la régulation d’un marché en plein essor, tout en restant conscient des implications sociales et économiques que cela engendre. La vaporisation pourrait-elle devenir un nouveau standard pour l’industrie du tabac, ou sera-t-elle confrontée à des défis insurmontables en raison de l’évolution des lois ? Une réflexion indispensable sur l’avenir de la consommation est donc à engager.