Le ralentissement économique marqué et les taux d’intérêt élevés ont considérablement affecté la situation financière des entreprises russes, entraînant une hausse significative des impayés. Selon les données de Rosstat, la dette globale des entreprises s’est stabilisée à 123,8 trillions de roubles, contre 123 trillions l’année précédente, tandis que les créances en souffrance ont grimpé d’un quart, passant de 6,1 à 7,7 trillions de roubles.
Cette hausse des créances douteuses a entraîné une augmentation de leur part dans le total des dettes, atteignant 10,3 % par rapport à 8,5 % en 2024. Ce chiffre représente un maximum depuis 2008, année marquée par la crise financière mondiale. Depuis cette date, la proportion de créances en souffrance n’avait dépassé 10 % qu’en 2009, ainsi que durant les crises de 2014 et 2015.
La montée des impayés coïncide avec un ralentissement de l’économie. Selon l’analyste proche du Kremlin, le centre d’analyse TsMAKP, une accélération des retards de paiement a été observée au milieu de 2024. En parallèle, la dette créditeur a également augmenté, passant de 48,9 à 50,1 trillions de roubles, avec une hausse de la part des créances en souffrance de 6,9 % à 8,2 %. À la fin de 2024, la Banque centrale de Russie a noté que les entreprises revenaient à des modalités de paiement anticipé. Dans son rapport de décembre, elle a souligné une augmentation des délais de paiement et une réduction des livraisons à crédit.
Parmi les causes de ces impayés figurent la dégradation de la santé financière des entreprises. Les bénéfices diminuent, tandis que les pertes augmentent, entraînant une baisse du résultat consolidé qui s’élevait l’année dernière à 27,1 trillions de roubles, soit 4 % de moins que l’année précédente. Après ajustement pour l’inflation, cette diminution des bénéfices atteint presque 13 %.
Les taux d’intérêt élevés jouent également un rôle important. Selon le TsMAKP, la charge des paiements d’intérêts sur les revenus des entreprises atteint des niveaux exorbitants. La rentabilité dans la plupart des secteurs industriels est tombée en dessous des taux d’emprunt y compris des placements sans risque. Cela non seulement réduit les profits, mais incite aussi à retarder les paiements, même lorsque les liquidités sont disponibles. Les entreprises, disposant de liquidités, choisissent souvent de les placer sur des dépôts à court terme plutôt que de les utiliser pour leurs opérations.
D’après Alexandre Shokhin, président de la RSPP, les petites et moyennes entreprises sont les plus durement touchées. Les grandes entreprises, quant à elles, peuvent modifier les conditions de règlement, ce qui crée des difficultés pour les PME, souvent confrontées à des retards de paiement pour leurs prestations.
En fin d’année, près d’un tiers (31 %) des entreprises de taille moyenne et petite a terminé l’année avec des impayés importants de la part de leurs partenaires, avec une augmentation tant du nombre que du montant des créances en souffrance. Près de 19 % des PME font face à des factures impayées depuis plus de six mois. Les dirigeants de la Banque centrale ont noté une extension des délais de rotation et une hausse des créances en souffrance lors d’une discussion sur le taux directeur en octobre 2025.
À la fin de l’année, les impayés sont devenus la principale problématique des entreprises, comme l’a révélé un sondage de la RSPP. 42,3 % des entreprises ont identifié ce phénomène comme le principal obstacle à leurs activités. Dans les premiers et deuxièmes trimestres, 27 % des entreprises en faisaient état, ce chiffre augmentant à 37 % au troisième trimestre, plaçant les impayés en tête des préoccupations des entreprises russes.
Bon à Savoir
- Le ralentissement économique mondial peut avoir des répercussions locales, prenant la forme d’une augmentation des impayés.
- Le recours à des modalités de paiement anticipé par les entreprises peut refléter une volonté de réduire les risques financiers.
- Les petites entreprises se retrouvent souvent plus vulnérables face aux choix stratégiques de leurs grands clients.
- Les taux d’intérêt élevés continuent d’influer sur les décisions d’investissement des entreprises.
- Les chiffres des créances en souffrance pourraient induire une réévaluation des partenariats commerciaux dans un contexte économique difficile.
Au-delà des chiffres, cette situation soulève des questions profondes sur la résilience des entreprises face à un environnement économique instable. Quelle stratégie les entreprises adopteront-elles pour naviguer dans cette tempête financière ? Leur capacité à s’adapter et à innover sera-t-elle suffisante pour surmonter cette crise ? Une autre réflexion se pose : comment le tissu économique peut-il évoluer pour devenir plus robuste face à des perturbations futures ? Ces interrogations méritent d’être explorées dans le cadre d’un débat plus large sur la durabilité du système économique actuel.