La chaîne de bijouteries et d’accessoires Claire’s s’apprête à faire son retour sur les high streets britanniques avec la réouverture d’environ 50 magasins à partir de juin, sous la direction de l’opérateur de ses boutiques en France, Autriche, Portugal et Espagne.
Julien Jarjoura, entrepreneur français à l’origine de la marque de bijoux Une Ligne, qui distribue ses produits en ligne ainsi que dans des musées comme le Louvre et le Palais de Versailles, a obtenu l’accord du propriétaire américain de la marque Claire’s, Ames Watson, pour lancer des boutiques au Royaume-Uni et est actuellement en train de signer de nouveaux baux avec des propriétaires locaux.
Ce projet intervient seulement quelques jours après la fermeture de tous les magasins Claire’s au Royaume-Uni, entraînant la perte de plus de 1 000 emplois et mettant fin à trois décennies de présence sur les high streets britanniques.
« Je suis vraiment attristé de voir une belle entreprise péricliter », a déclaré Jarjoura. « La marque était pratiquement morte et nous avons l’intention de lui redonner vie. »
Déterminé, il vise à rouvrir entre quatre et dix magasins chaque semaine dès le mois de juin. « Beaucoup de gens pensent que Claire’s est une marque britannique. Elle est extrêmement connue au Royaume-Uni et il est impensable qu’elle disparaisse », a-t-il souligné.
Jarjoura a mis en avant que la marque avait souffert d’un manque d’investissement, d’une offre de produits inappropriée et de prix trop élevés, devenant ainsi dépendante de promotions substantielles. Son projet inclut la modernisation des boutiques, la poursuite du service de piercings d’oreilles, et l’introduction de nouveaux bijoux et accessoires, dont les prix commenceront à 1,90 £ mais pourront dépasser les 100 £.
« Il y aura indéniablement un repositionnement de la marque », a-t-il ajouté. « Nous ne sommes pas un magasin de discount, mais nous aimons vendre à un prix juste. »
Jarjoura a reconnu que la réputation de Claire’s au Royaume-Uni avait été ternie et qu’il faudrait du temps pour reconquérir les clients, notamment ceux qui s’étaient habitués à des remises telles que « achetez trois, obtenez-en quatre ». Il a ajouté qu’il avait recruté d’anciens dirigeants de Claire’s au Royaume-Uni et qu’il envisageait de maintenir certaines de ses 356 concessions, même s’il n’a pas repris le siège social à Birmingham ni acheté l’ancien stock auprès des administrateurs de la marque, Kroll.
Il a affirmé que l’entreprise britannique serait sans dette, car il la finance lui-même et ne s’attend pas à ce qu’elle soit rentable immédiatement. « Nous devons investir dans l’entreprise », a-t-il précisé. « Nous ne sommes pas irréalistes quant aux bénéfices que cette société pourra générer dans les trois à cinq prochaines années. »
Enfin, Jarjoura a ajouté qu’il ne se laissait pas décourager par les inquiétudes du secteur concernant les taux d’imposition et les coûts de l’emploi au Royaume-Uni. « Rien n’est facile, mais il n’est pas question de toujours blâmer les autres pour ses propres échecs », a-t-il conclut.
Fondée en 1961 à Chicago, Claire’s a débarqué au Royaume-Uni en 1996 à la suite de l’acquisition de la chaîne d’accessoires Bow Jangles. Elle est rapidement devenue un incontournable des high streets britanniques, particulièrement prisée par les adolescents. Cependant, elle a récemment éprouvé des difficultés face à une forte concurrence et un manque d’investissement.
Les défis de la branche britannique se sont accentués en août dernier, alors que Claire’s aux États-Unis et au Canada a déposé une nouvelle fois le bilan, pour la deuxième fois en sept ans.
Bon à Savoir
- Claire’s s’est surtout fait connaître pour ses bijoux fantaisie et accessoires, cumulant une clientèle fidèle parmi les jeunes.
- Le service de piercing d’oreilles, emblématique de la marque, sera maintenu, apportant une continuité à l’expérience client.
- Julien Jarjoura a une expérience solide dans le secteur, ayant déjà opéré avec succès une chaîne de magasins en Europe.
- Le repositionnement de la marque pourrait s’accompagner d’une communication revitalisée, visant à reconnecter avec les anciennes et nouvelles générations.
- Le marché britannique présente des défis uniques en matière de concurrence, ce qui pourrait nécessiter une approche innovante pour régénérer l’intérêt des consommateurs.
Dans une perspective plus large, le retour de Claire’s au Royaume-Uni soulève la question de la résilience des marques historiques face aux évolutions du marché. Ce cas met en lumière l’importance de l’innovation et de l’adaptabilité dans un environnement commercial en perpétuelle mutation. Les entreprises doivent-elles forsaker leur héritage au profit d’un renouveau moderne ? Comment trouver cet équilibre délicat entre tradition et innovation pour capter l’attention d’un public en constante évolution ? Les défis que pose le marché actuel ne sont qu’une invitation à se réinventer et à redéfinir la relation que les marques entretiennent avec leurs consommateurs.