Lors de ma visite chez Christine, retraitée vivant à Trowell, dans le Nottinghamshire, je lui ai demandé si je devais retirer mes chaussures. Elle a répondu en plaisantant : « Ne t’inquiète pas, je vais bientôt avoir un nouveau tapis, surtout quand il y aura de nouvelles inondations. » Elle a aussi partagé un anecdote sur un moment où, à 70 ans, elle a dû grimper par la fenêtre de sa véranda, ses portes étant bloquées par des barrières anti-inondation. « Si tu ne ris pas, tu pleures », dit-elle, et il y a beaucoup de raisons de pleurer, notamment le fait que sa maison est invendable à cause des inondations répétées.
En 2020, le ruisseau derrière chez elle a débordé, inondant sa maison ainsi que celles de ses voisines Jackie, 67 ans, et Rhona, 76 ans. En sirotant une tasse de thé, elles racontent avoir dû retirer parquets, plinthes, meubles de cuisine et salles de bain. Les portes ont dû être enlevées et mises à la poubelle, avec réfrigérateurs, machines à laver et autres meubles qui ont rejoint la pile. Heureusement, leurs assureurs ont pris en charge la rénovation de leurs maisons et le remplacement des meubles. Des évaluations de résilience aux inondations ont été réalisées par l’Agence de l’environnement, responsable de la gestion des inondations. N’ayant pas observé un nombre suffisant de maisons affectées, la solution la plus efficace – l’installation d’embankments et de murs pour prévenir les débordements – n’a pas été mise en œuvre. (À titre de contexte, l’Agence de l’environnement a subi une réduction de financement de 50 % au cours de la dernière décennie.)
En lieu et place, une alternative moins coûteuse a été proposée : protéger chaque maison individuellement. Christine, Jackie et Rhona ont fait installer des portes et des barrières anti-inondation, ainsi que des pompes pour évacuer l’eau qui pourrait infiltrer leurs habitations. En 2023, après des retards dus à la Covid, les travaux ont enfin été achevés. Huit mois plus tard, leurs maisons ont de nouveau été inondées.
Il s’avère que les évaluations avaient négligé le fait que leurs maisons étaient construites sur des plateformes, et que l’eau venait donc du sol. Les barrières n’arrêtaient que l’eau de surface. Pendant qu’elles me racontaient cela, de fortes pluies ont commencé à résonner sur le toit de la véranda. Christine a affiché une expression d’inquiétude. « Ça te fait paniquer », dit-elle. Lors de mauvais temps, les femmes restent vigilantes aux avertissements d’inondation. Lorsqu’un avertissement est émis, elles se connectent au site gouvernemental dédié et passent la nuit en tenue de nuit, échangent des messages dans leur groupe de discussion et vérifient les niveaux d’eau grâce à un appareil installé près du ruisseau.
Jackie a établi un plan précis pour empiler ses meubles afin de sauver certains d’entre eux, utilisant des élévateurs en plastique pour ceux qui ne peuvent pas être empilés. Il lui faut également ériger des barrières anti-inondation dans son garage et à l’extérieur de sa porte arrière. J’en ai soulevé une, pesant autant qu’un haltère. Ce n’est pas la vie dont rêve une retraitée, mais, selon l’Agence de l’environnement, Christine, Jackie et Rhona sont désormais « résilientes aux inondations » plutôt que « à l’abri des inondations ». Les inondations sont à anticiper, avec des dommages minimisés.
Les résidents estiment que les inondations ont commencé après la construction de plusieurs nouveaux logements à proximité, avec un autre projet de loisirs à venir. Le surplus d’eaux de ruissellement se déverse maintenant dans le ruisseau. Selon l’autorité locale de gestion des inondations, une fois tous les projets terminés, le ruissellement dans le ruisseau augmentera de 44 % par rapport à la situation antérieure. La forme particulière de ce ruisseau signifie qu’il peut créer un second cours d’eau, inondant directement les habitations.
Les règles d’urbanisme doivent empêcher toute nouvelle construction d’aggraver les risques d’inondation, mais une petite faille dans la réglementation empêche cela. Les projets sont évalués un par un, souvent en plusieurs phases. Prenant chacun de ces projets isolément, ils peuvent sembler viables, mais cumulativement, leurs effets peuvent être désastreux pour les communautés. Œuvrer à construire, c’est également s’installer sur des terres qui servent de barrière naturelle aux inondations : le bitume et le béton n’absorbent pas l’eau, contrairement au sol.
La répétition des risques d’inondation rend les maisons de Christine, Jackie et Rhona invendables. Comme tous les propriétaires, elles doivent informer les acheteurs de toute inondation survenue au cours des cinq dernières années, ce qui affecte évidemment leurs ventes. Jackie souhaiterait déménager pour se rapprocher de sa future petite-fille, mais en consultant les ventes de propriétés similaires, elle pourrait devoir réduire le prix de manière significative et puiser dans sa pension pour finaliser son déménagement. Son expérience reflète des tendances plus larges : selon une étude de la Bayes Business School, les maisons à risque d’inondation se vendent entre 8 % et 32 % moins cher que celles qui ne sont pas concernées.
Même lorsque les vendeurs trouvent des acheteurs, certains prêteurs comme Nationwide peuvent choisir de ne plus accorder de prêts hypothécaires. Le gouvernement a mis en place une couverture pour l’élément de risque d’inondation jusqu’en 2039 afin d’éviter une hausse des primes d’assurance. Cependant, la fin de ce programme, couplée au fait qu’il ne couvre pas les maisons construites après 2009, pousse les banques à se montrer réticentes à financer des maisons qui perdront de la valeur et pourraient être revendues à perte en cas de saisie.
Cela pourrait aggraver une dynamique alors que les risques d’inondation menacent un nombre croissant de logements au Royaume-Uni. La politique de construction intensive du parti travailliste entraîne la construction de nouvelles maisons sur des terres agricoles, diminuant ainsi les défenses naturelles aux inondations et augmentant les risques pour les logements existants. De surcroît, les analyses montrent que plus de 100 000 nouvelles maisons pourraient voir le jour dans des zones à risque élevé d’inondation en Angleterre. Parallèlement, les événements météorologiques extrêmes se multiplient en raison de la dégradation climatique, avec 6,3 millions de biens résidentiels et d’entreprises jugés à risque, un chiffre qui pourrait atteindre 8 millions d’ici 2050.
Cela soulève des préoccupations pour le secteur financier. Tant que le gouvernement maintient sa couverture du risque d’inondation, la Banque d’Angleterre estime que la stabilité financière n’est pas menacée. Mais une fois que le programme prendra fin, la situation pourrait changer radicalement avec des risques d’insolvabilité et des pertes hypothécaires laissant les banques avec moins de garanties.
Bien entendu, tout cela pourrait être un souci superflu si le gouvernement reste un assureur de dernier recours, mais cela dépendra des décisions politiques prévues pour 2039. Dans l’intervalle, Christine, Jackie et Rhona passeront leurs journées à la merci des prévisions météorologiques.
Bon à Savoir
- Il est conseillé aux propriétaires d’évaluer les mesures de résilience de leur propriété face aux inondations, par exemple en installant des barrières adaptées.
- Les anciennes zones inondées peuvent devenir invendables, impactant ainsi le marché immobilier local.
- La planification municipale est cruciale pour gérer l’impact des nouvelles constructions sur les risques d’inondation.
- En termes de financement, la majorité des banques surveillent étroitement les propriétés à risque avant d’émettre des prêts hypothécaires.
- Le changement climatique accentue la fréquence et l’intensité des événements météorologiques extrêmes, rendant la prévision des inondations encore plus complexe.
Ce sujet met en lumière la complexité des interactions entre urbanisme, environnement et finance. Le développement durable doit devenir une priorité, afin d’envisager des solutions pérennes aux défis que pose le changement climatique. Réfléchir aux liens entre habitat et risques écologiques nous pousse à redéfinir notre rapport à l’environnement et à assurer un avenir où sécurité et développement cohabitent harmonieusement. Chaque décision prise aujourd’hui a des répercussions sur demain, tant pour nos communautés que pour les générations futures.