Explosion ou bulle ? L'énorme frénésie des dépenses en datacentres AI à 3 000 milliards $
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La frénésie d’investissement mondial dans l’intelligence artificielle (IA) génère des chiffres impressionnants, avec une prévision de dépenses de 3 000 milliards de dollars (2 300 milliards de livres sterling) pour les centres de données. Ces énormes infrastructures constituent le système nerveux central des outils d’IA, tels que ChatGPT d’OpenAI et VEO 3 de Google, soutenant leur formation et leur fonctionnement. Malgré des craintes concernant une éventuelle bulle sur le marché de l’IA, peu d’indices semblent actuellement indiquer un ralentissement.

La semaine dernière, le fabricant de puces AI de la Silicon Valley, Nvidia, est devenu la première société au monde à atteindre une valorisation de 5 000 milliards de dollars, tandis que les valorisations de Microsoft et Apple ont franchi la barre des 4 000 milliards de dollars. OpenAI, récemment restructurée, est évaluée à 500 milliards de dollars, sa participation détenue par Microsoft dépassant les 100 milliards de dollars, ce qui pourrait conduire à une introduction en bourse pouvant atteindre 1 000 milliards de dollars dès l’année prochaine.

En outre, Alphabet, la maison mère de Google, a annoncé des revenus de 100 milliards de dollars en un seul trimestre grâce à la demande croissante pour son infrastructure d’IA. Apple et Amazon affichent également de solides résultats.

Cette confiance en l’IA ne provient pas seulement du monde financier, des politiciens et des entreprises technologiques, mais aussi des communautés qui hébergent cette infrastructure. Par exemple, Newport, une ville galloise, espère rebondir grâce à cette nouvelle transformation économique, après avoir été façonnée par la demande en charbon et en acier au XIXe siècle.

Microsoft construit un centre de données sur le site d’une ancienne usine de radiateurs à Newport pour répondre à la demande exponentielle anticipée dans le secteur de l’IA. Dimitri Batrouni, le leader du conseil municipal de Newport, voit dans ce projet une opportunité pour l’avenir de son territoire, se demandant s’il est préférable de tourner son regard vers le passé ou d’embrasser le futur.

Malgré l’optimisme actuel vis-à-vis de l’IA, des questions subsistent quant à la durabilité des investissements technologiques. Quatre des plus grands acteurs du secteur – Amazon, Facebook (Meta), Google et Microsoft – prévoient d’augmenter leurs dépenses en IA, avec des investissements supérieurs à 750 milliards de dollars en capital sur les deux prochaines années, notamment pour des éléments non liés au personnel. Ce déluge de dépenses est décrit par Manning & Napier, une société d’investissement américaine, comme “incroyable”.

Cependant, des voix s’élèvent pour exprimer des inquiétudes sur une possible surchauffe dans le marché des centres de données. Joe Tsai, président du géant chinois Alibaba, a récemment souligné des signes d’excès, affirmant que certains projets manquent d’engagements solides de clients potentiels.

À l’échelle mondiale, il existe déjà 11 000 centres de données, une augmentation de 500 % en 20 ans. Là où cela va se financer est un sujet de préoccupation; les analystes de Morgan Stanley estiment que les dépenses mondiales pour les centres de données pourraient atteindre près de 3 000 milliards de dollars d’ici 2028.

Cette situation entraîne une inquiétude structurelle, car 1 500 milliards de dollars doivent provenir de sources extérieures, comme le crédit privé, un secteur en pleine expansion qui attire l’attention des banques centrales. Comme le note Gil Luria, spécialiste de la recherche chez DA Davidson, les investissements effectifs dans des actifs tangibles, tels que les centres de données destinés à l’IA, sont la partie “saine” du boom actuel, tandis que d’autres actifs plus spéculatifs soulèvent des inquiétudes.

Les attentes de revenus élevées reposent sur la capacité des entreprises et du secteur public à justifier ces investissements. Les revenus de l’IA générative devraient passer de 45 milliards de dollars l’année dernière à 1 000 milliards de dollars d’ici 2028. Cependant, les résultats actuels suscitent des interrogations, comme l’indique une étude du MIT révélant que 95 % des organisations n’ont pas obtenu de retour sur investissement dans leurs projets pilotes d’IA.

De nombreux centres de données annoncés pourraient ne jamais voir le jour, un fait souligné par Andy Lawrence de l’Uptime Institute. Microsoft rappelle que son centre de Newport ne servira pas uniquement à l’IA, mais aussi à des tâches informatiques quotidiennes, comme le stockage de fichiers ou l’hébergement de réunions virtuelles.

Des projets ambitieux tels que le plan Stargate, une co-entreprise de 500 milliards de dollars entre OpenAI, Oracle et SoftBank, vise à établir un réseau de centres de données à travers les États-Unis. D’autres projets similaires sont également prévus au Royaume-Uni.

Avec une capacité de centres de données mondiale estimée à 59 GW, les investissements dans cette infrastructure nécessiteront des fonds importants, Goldman Sachs estimant à 720 milliards de dollars nécessaire pour satisfaire la demande énergétique croissante.

A Newport, des locaux tels que Mike O’Connell, spécialiste de la sécurité de la construction, considèrent ces développements comme une opportunité d’emploi à long terme, tant pour les jeunes de la région que pour l’économie locale.

Bon à Savoir

  • La demande croissante de cloud computing stimule la construction de nouveaux centres de données.
  • Les investissements en IA touchent non seulement les entreprises technologiques, mais aussi des secteurs variés, impactant l’économie globale.
  • Des données récentes suggèrent que de nombreux projets de centres de données pourraient ne jamais être réalisés.
  • Le développement des infrastructures de données nécessite une concertation autour des enjeux environnementaux.
  • Un grand nombre d’opportunités d’emplois dans le secteur technologique pourrait émerger dans les régions où se développent ces projets.

En regardant vers l’avenir, il est essentiel de se demander comment garantir la durabilité des investissements massifs dans une technologie qui se transforme rapidement. Le capital engagé aujourd’hui pourra-t-il réellement soutenir les promesses d’un lendemain plus intelligent, ou entamons-nous un chemin semé d’embûches où la spéculation pourrait éclipser l’innovation réelle ? La réponse à cette question déterminera non seulement l’avenir de l’IA, mais aussi celui des économies locales et globales.



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