Les agences de publicité britanniques ont connu l’année dernière leur plus forte fuite de personnel, en particulier parmi les jeunes, alors que les outils d’intelligence artificielle menacent de remplacer des emplois et contraignent l’industrie à réduire ses coûts.
Les effectifs des agences créatives, soumises à une pression accrue due à l’introduction d’outils d’IA, ont diminué de plus de 14 % en 2025. Il s’agit de la plus forte baisse annuelle depuis que l’Institute of Practitioners in Advertising (IPA) a commencé à suivre ces chiffres en 2004.
L’IPA, qui regroupe des agences représentant plus de 85 % des 22 milliards de livres sterling de dépenses publicitaires annuelles au Royaume-Uni, a enregistré une baisse du nombre total d’employés, passant de 26 787 en 2024 à 24 963.
Dans le secteur créatif, où se concentrent de nombreuses agences à Londres, le personnel a chuté de plus de 2 000 personnes, atteignant 12 659 employés.
La baisse a été particulièrement marquée parmi les jeunes travailleurs, le nombre d’employés âgés de 25 ans ou moins ayant chuté de 19,2 % l’année dernière, alors que l’essor de l’IA forçait nombre d’entre eux à réévaluer leurs aspirations professionnelles. Ainsi, ce groupe est passé de 3 632 à 2 936.
En outre, près de 60 % des départs d’agences l’année dernière étaient des démissions volontaires. L’IPA a également indiqué que 24 % des agences s’attendaient à des licenciements directs en raison de l’IA cette année, un chiffre en triplement par rapport à l’année précédente.
Le nombre d’offres d’emploi annoncées a chuté de 41 % à tous les niveaux de l’industrie, avec une réduction particulièrement forte dans les agences créatives, dont presque la moitié des postes disponibles a disparu.
Les agences créatives se retirent également du recrutement de jeunes diplômés, car seulement 43 % d’entre elles ont accueilli des stagiaires l’année passée, contre 56 % en 2024.
James Kirkham, fondateur de l’agence Iconic, a déclaré : « Ces chiffres confirment que le modèle d’agence peine à respirer. L’erreur que tout le monde commet est de considérer l’IA uniquement comme un levier d’efficacité. » Il a souligné que la coopération créative avec l’IA était la voie à suivre pour que les agences puissent véritablement réaliser leur potentiel.
WPP, qui a quitté le FTSE 100 l’année dernière pour la première fois en près de trois décennies, prévoit d’annoncer des changements importants dans ses opérations créatives plus tard ce mois-ci. Ce groupe a déjà supprimé des agences renommées comme J Walter Thompson et Young & Rubicam, et prévoit de regrouper ses agences restantes sous WPP Creative.
Après la publication des chiffres de l’IPA, Trent Patterson, directeur général de Publicis London, a souligné sur LinkedIn que son groupe, basé en France, continuait de performer de manière solide par rapport à ses concurrents. Paul Bainsfair, directeur général de l’IPA, a également fait remarquer que la chute des effectifs soulève des questions sur les compétences futures nécessaires dans un marché en transformation.
Bon à Savoir
- L’essor de l’IA dans la publicité nécessite une adaptation des compétences des employés.
- Les jeunes générations réévaluent leur engagement dans l’industrie face aux nouvelles technologies.
- Le marché de la publicité au Royaume-Uni pourrait observer un ralentissement des recrutements.
- La transformation des agences pourrait passer par une meilleure intégration d’outils technologiques.
- Le modèle économique des agences publicitaires pourrait nécessiter une révision en profondeur pour s’adapter aux nouvelles réalités.
Cette situation met en lumière un paradoxe : alors que l’innovation et la technologie promettent d’enrichir le secteur, elles soulèvent des questions sur la pérennité des emplois et la manière dont les talents peuvent évoluer avec ces changements. Dans un monde en constante évolution, peut-on envisager une synergie harmonieuse entre créativité humaine et intelligence artificielle ? La réponse contribuera sans doute à redéfinir la nature même de la publicité dans les années à venir.