Le principal institut de recherche en intelligence artificielle du Royaume-Uni doit procéder à des « changements significatifs » tels que l’exige son principal bailleur de fonds, financé par les contribuables.
Selon une récente révélation du Guardian, le conseil de l’Alan Turing Institute (ATI) a été rappelé à ses obligations légales par l’organisme de surveillance des œuvres caritatives, suite à une plainte d’un dénonciateur.
Le UK Research and Innovation (UKRI), qui a accordé à l’ATI un financement de 100 millions de livres sur cinq ans en 2024 et constitue sa principale source de financement, a effectué une analyse de l’institut, concluant à une performance insuffisante en termes de stratégie et de rapport qualité-prix.
« La revue a conclu qu’un alignement stratégique global et un rapport qualité-prix n’étaient pas satisfaisants », a déclaré le UKRI.
L’été dernier, le gouvernement a clairement exprimé ses attentes concernant une refonte stratégique au sein de cette organisation alors que ses recommandations ont entraîné des changements à la tête de l’institut.
Le directeur général de l’ATI, Jean Innes, a démissionné en septembre à la suite d’une révolte du personnel, intensifiant la pression, tandis que son président, Doug Gurr, a quitté ses fonctions cette semaine après avoir été nommé président permanent de l’autorité de la concurrence du Royaume-Uni.
La professeure Charlotte Deane, responsable du programme d’IA du UKRI, a souligné que l’atteinte des ambitions en matière d’IA nécessite des institutions « concentrées, efficaces et alignées sur les besoins nationaux ».
En annonçant les résultats de la revue, elle a ajouté : « Cette analyse reconnaît la valeur et le potentiel de l’Alan Turing Institute, mais souligne aussi que des changements significatifs sont nécessaires dans certains domaines. »
La revue a noté que l’ATI possède « de solides fondations et des preuves claires d’excellence scientifique », mais doit concentrer ses efforts stratégiques et améliorer sa mise en œuvre.
Le gouvernement avait précisé l’année dernière qu’il souhaitait que l’ATI se concentre sur la défense et la sécurité nationale, reléguant au second plan ses travaux sur la santé et l’environnement, qui étaient censés être deux des trois thématiques principales de l’institut.
Deane a mentionné que le UKRI collaborerait désormais avec l’institut et son nouveau directeur général, George Williamson, ayant précédemment occupé un rôle gouvernemental axé sur la sécurité nationale, pour mettre en œuvre les recommandations de la revue. Parmi celles-ci figurent le renforcement de la gouvernance et l’intégration de la défense et de la sécurité au cœur des travaux de l’ATI. L’institut collabore avec des universités, le secteur privé et des organismes gouvernementaux, tandis que le UKRI investit 8 milliards de livres par an dans la recherche et l’innovation au Royaume-Uni.
Un porte-parole de l’ATI a indiqué que l’institut avait recentré ses priorités et renforcé sa gouvernance, mais a reconnu qu’il devait aller « plus vite et plus loin ».
« En travaillant avec nos bailleurs de fonds et partenaires, nous serons encore plus ambitieux concernant le rôle que nous pouvons jouer pour le Royaume-Uni et nous accueillons la confirmation de notre mission claire et unique centrée sur la résilience nationale, la sécurité et la défense », a ajouté le porte-parole.
Bon à Savoir
- Le UKRI est un organisme public qui finance la recherche et l’innovation en Grande-Bretagne.
- L’Alan Turing Institute a été fondé en hommage au pionnier de l’informatique, Alan Turing.
- Le financement accordé au ATI s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement britannique pour développer l’IA.
- Des changements de gouvernance sont en cours pour aligner les ambitions de l’institut aux attentes du gouvernement.
- L’institut est impliqué dans divers projets de recherche collaboratifs avec le secteur privé et académique.
Au regard des transformations en cours, il serait pertinent de réfléchir à la manière dont une gouvernance adaptée peut soutenir l’innovation tout en répondant aux impératifs de la société. L’équilibre entre l’innovation technologique et le bien-être social pourrait être une thématique centrale à explorer. Il nous apparaît dès lors crucial d’interroger la mission même de ces instituts de recherche dans un monde où les enjeux sécuritaires se densifient. Le dialogue autour des implications éthiques et sociétales de l’IA est plus que jamais d’actualité, invitant chacun à participer à cette réflexion collective.