La Commission européenne a décidé d’ouvrir une enquête officielle sur le détaillant chinois Shein en raison de multiples violations présumées des lois européennes, notamment concernant la vente de poupées sexuelles enfantines et d’armes.
Ce mardi, la Commission a fait savoir qu’elle avait lancé cette investigation après avoir exigé des informations de la part de l’entreprise en forte croissance l’an dernier.
Un haut fonctionnaire de l’UE a également évoqué des rapports concernant des vêtements, des cosmétiques et des produits électroniques non conformes aux normes de l’UE.
L’enquête se concentrera sur trois aspects des services de Shein qui suscitent des inquiétudes.
En plus de la vente de produits illégaux, l’enquête examinera le « design addictif du service proposé par Shein », dont des programmes de points bonus, des éléments de gamification et des récompenses qui pourraient affecter le bien-être mental des utilisateurs, selon un responsable de l’UE.
Les systèmes de recommandation de Shein, qui pourraient submerger les utilisateurs avec des suggestions d’achats, seront également analysés.
« Nous suspectons que le système de Shein n’est pas conçu pour éviter la vente de produits illégaux », a précisé le responsable. « Il y a encore beaucoup de produits illégaux, donc quelque chose ne fonctionne probablement pas. »
C’est la deuxième enquête lancée sur le design addictif d’une plateforme de vente en ligne, après une investigation sur Temu fin 2024.
La Commission a également souligné que les systèmes de recommandation de Shein étaient opaques et pourraient ne pas respecter les exigences de transparence du Digital Services Act (DSA) de l’UE.
Selon les règles, les systèmes de recommandation doivent « proposer une alternative facilement accessible qui ne repose pas sur le profilage ». L’enquête préliminaire a révélé que Shein n’expliquait que de manière très générale le fonctionnement de son système de recommandation.
Cette enquête européenne intervient quelques mois après que le gouvernement français a renoncé à un moratoire de trois mois sur les services de Shein, suite à la découverte de produits illégaux sur le site.
En France, l’accent est mis sur la légalité des produits en vente, plutôt que sur l’approche systémique de la plateforme.
Lors d’une audience au tribunal de Paris en décembre, un avocat de l’État a déclaré que Shein devait mettre en place des contrôles sur son site, y compris une vérification d’âge et un filtrage, afin d’empêcher l’accès des mineurs à du contenu pornographique.
Le gouvernement français avait, en novembre, menacé de suspendre Shein en raison de la controverse liée à la vente de poupées sexuelles enfantines.
L’annonce de l’enquête est intervenue alors que Shein ouvrait son premier magasin physique à Paris, sous haute surveillance policière. Les responsables de l’UE ont précisé que cette enquête est totalement distincte des enquêtes menées en France et des évaluations des autorités de protection des consommateurs sur les produits qui enfreignent les règles de commerce.
« Ce qui s’est passé en France est un élément du puzzle, mais nous examinons le système dans son ensemble. Nous ne nous concentrons pas uniquement sur la France », a déclaré le haut fonctionnaire.
La Commission européenne avait initialement demandé des informations sur la conformité de la plateforme avec le DSA en avril 2024. Elle a maintenant conclu que Shein considère ses services comme étant à « faible risque » de violer la législation européenne. Cependant, l’UE soutient que Shein est à « haut risque » de vendre des produits non conformes.
Elle a précisé que Shein coopère avec la Commission européenne et que cette enquête ne signifie pas nécessairement que le service sera finalement interdit, bien qu’une interdiction de vente en Europe reste une « option de dernier recours » si l’entreprise ne respecte pas les lois de l’UE.
Le tribunal judiciaire de Paris a reconnu un « préjudice sérieux à l’ordre public », mais a constaté que la vente des produits en question avait été « sporadique ». Il a également noté que Shein avait retiré les produits illégaux.
Cependant, le tribunal a quand même émis une « injonction » à Shein de ne pas reprendre la vente de « produits sexuels qui pourraient constituer un contenu pornographique, sans avoir mis en place des mesures de vérification d’âge ».
Bon à Savoir
- Shein a connu une expansion rapide en Europe, en particulier auprès des jeunes consommateurs.
- Le Digital Services Act vise à renforcer la responsabilité des plateformes en ligne, notamment en matière de protection des utilisateurs.
- Les enquêtes en matière de commerce en ligne visent à protéger les consommateurs contre la vente de produits dangereux ou illégaux.
- Le débat sur le design addictif des plateformes de vente soulève des questions sur la santé mentale des utilisateurs.
- Les mécanismes de contrôle, comme la vérification d’âge, deviennent essentiels dans un monde numérique en expansion.
L’enquête sur Shein soulève des questions fondamentales sur la responsabilité des entreprises dans le cadre de la protection des consommateurs. En effet, à l’ère numérique, où l’accès à des produits variés est facilité par la technologie, il est vital de s’interroger sur l’équilibre entre innovation commerciale et protection des valeurs éthiques. Cette dynamique interpelle non seulement les gouvernements et les institutions, mais aussi les utilisateurs, qui doivent être conscients des risques associés à leurs choix d’achat. Quel rôle chacun d’entre nous joue-t-il dans cette réalité complexe ?