Pousser les banques britanniques à soutenir les coopératives de crédit : une solution pour éloigner les usuriers !
Voter pour ce post

Nikhil Rathi, directeur général de la Financial Conduct Authority (FCA), a entrepris vendredi un déplacement symbolique depuis son siège situé dans un bâtiment moderne à l’est de Londres jusqu’au Pioneers Museum de Rochdale, point central du mouvement coopératif.

Cette initiative visait à souligner le rôle crucial de la FCA dans l’ambition de doubler la taille du secteur des mutuelles, un engagement portant la marque du Parti travailliste.

Parmi ces organisations, qui appartiennent soit aux clients soit aux employés, figurent des grandes entreprises telles que John Lewis et Nationwide, ainsi que 350 coopératives de crédit.

Ces prêteurs locaux, soumis à un plafonnement légal de leurs taux d’intérêt, servent principalement des consommateurs à faible revenu souvent négligés par les grandes banques. Ensemble, les coopératives de crédit britanniques détiennent des actifs totalisant 4,9 milliards de livres et comptent environ 2 millions de membres, tandis que leurs homologues américains en regroupent plus de 143 millions.

Le nouveau rapport de la FCA, que Rathi a présenté à Rochdale, inclut plusieurs recommandations destinées à encourager l’expansion des coopératives de crédit et l’élargissement de leurs services.

Le Trésor a déjà promis de revoir la « promesse commune », la législation qui régit chaque coopérative de crédit (telle que le périmètre géographique qu’elle couvre), pour permettre une adaptation plus souple aux évolutions du marché. De plus, le gouvernement a prévu 30 millions de livres pour moderniser ces institutions, notamment par la mise à jour de leurs systèmes informatiques.

Cependant, les défenseurs d’un prêt équitable s’inquiètent du fait que les clients en difficulté financière continueront à être exposés aux prêteurs prédateurs, à moins que les banques traditionnelles ne soient incitées à agir davantage.

La nécessité est manifeste. Lors d’une visite d’un projet d’employabilité dans un quartier populaire à Stockton cette semaine, il était alarmant d’entendre que des résidents avaient recours à des prêteurs illégaux, souvent sans connaître l’alternative moins coûteuse et plus éthique d’une coopérative de crédit locale.

Cela fait écho aux témoignages recueillis lors d’une récente table ronde organisée à Glasgow par le Finance Innovation Lab, où des emprunteurs à faible revenu ont partagé leurs expériences avec des députés locaux.

« Lorsqu’il y a un coût imprévu, comme une dépense pour un lit cassé, il faut agir rapidement, mais les bonnes options sont rares », a déclaré une femme, évoquant les taux usuraires pratiqués par certains prêteurs malintentionnés.

Une étude récente de Fair4All Finance, une organisation à but non lucratif soutenue par le gouvernement, a révélé que 1,9 million d’adultes au Royaume-Uni avaient eu recours à des prêteurs non autorisés ou à des usuriers au cours de l’année passée.

Dr Paul A Jones de l’université de Liverpool John Moores, spécialiste du mouvement des coopératives de crédit, demeure optimiste quant à son avenir, soutenant que l’impulsion pour la croissance doit également venir de l’intérieur du secteur.

« Il nous faut davantage de coopératives de crédit de taille significative. Si certaines préfèrent continuer à fonctionner au niveau local avec 1 000 membres, cela ne suffit pas pour envisager une croissance », déclare-t-il.

Il se félicite des changements prévus par le gouvernement, mais souligne que le manque de capital reste un frein majeur pour beaucoup de coopératives. « L’investissement extérieur sera essentiel », insiste-t-il.

Le Finance Innovation Lab et une coalition de diverses œuvres et prêteurs plaident pour que des législations soient adoptées, afin de contraindre les grandes banques à jouer un rôle clé.

Le mois dernier, le gouvernement a publié une stratégie d’inclusion financière, cherchant à faciliter l’accès des consommateurs à des services bancaires, d’assurance, et d’autres services essentiels. Cependant, cette stratégie manquait de cibles précises et n’impliquait guère le secteur financier.

Il y avait un soutien pour un « projet pilote de prêt de petite somme », dirigé par Fair4All Finance, visant à élargir l’accès à un crédit abordable en Angleterre. Toutefois, ni la portée de ce projet, ni sa différence avec les prêteurs mutuels existants n’étaient précisés.

Des figures publiques comme l’acteur Michael Sheen, qui a réalisé un documentaire sur le coût exorbitant de l’endettement pour les consommateurs à faible revenu dans sa ville natale de Port Talbot, plaident pour une approche plus musclée via un « Fair Banking Act ». Cette nouvelle législation, inspirée de la Community Reinvestment Act américaine, en vigueur depuis près de 50 ans, inciterait les banques à publier des stratégies sur la façon dont elles amélioreront l’accès à leurs services dans les communautés défavorisées.

En effet, cela impliquerait souvent de collaborer avec des coopératives de crédit ou des institutions financières de développement communautaire (CDFI) pour augmenter considérablement le capital disponible pour le prêt.

Les partisans de cette initiative, comprenant le Finance Innovation Lab ainsi que d’autres prêteurs mutuels et organisations, estiment qu’un tel acte pourrait voir les prêts des coopératives de crédit et des CDFI passer de 250 millions de livres à 3 milliards par an.

Cette proposition reçoit le soutien de plusieurs personnalités, dont le Parti Coopératif, dont les membres comprennent 41 députés travaillistes, y compris le ministre des Finances James Murray et la présidente de la commission des finances, Meg Hillier.

Il semble cependant peu probable que le gouvernement impose un Fair Banking Act à un secteur qualifié par Rachel Reeves de « joyau de notre économie », mais il est essentiel que ce pouvoir soit associé à une certaine responsabilité.

Les banques ont échappé à la taxe sur les bénéfices exceptionnels que certains à gauche espéraient voir appliquée dans le budget. L’Institut de recherche sur les politiques publiques (IPPR) a estimé qu’elle aurait pu générer 8 milliards de livres par an. Il ne semble pas exagéré de demander qu’en contrepartie, elles investissent une fraction de cette somme pour soutenir les prêteurs locaux, mutualistes, qui œuvrent à éloigner les usuriers.

Bon à Savoir

  • Les coopératives de crédit offrent des taux d’intérêt plafonnés, garantissant ainsi un accès financier responsable.
  • Le rôle des prêteurs traditionnels est crucial pour le soutien aux consommateurs aux revenus modestes.
  • Un intérêt croissant pour les réformes législatives pourrait transformer le paysage financier local.
  • Les campagnes pour un accès équitable au crédit soulignent l’importance de l’éducation financière.
  • La collaboration entre institutions financières et organisations à but non lucratif est essentielle pour l’inclusion financière.

Cette situation soulève des questions de fond sur la responsabilité des institutions financières dans la société. Alors que les défis économiques continuent d’affecter une partie de la population, la réflexion sur l’équité dans l’accès au crédit s’avère plus pertinente que jamais. Comment les acteurs de ce secteur peuvent-ils contribuer à une économie plus juste et inclusive, tout en respectant les impératifs de rentabilité ? Telle est la question qui interpelle aujourd’hui investisseurs et décideurs.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *