La Co-op a discrètement incité son personnel à promouvoir les produits de vapotage afin de regagner des clients et des ventes suite à une cyberattaque dévastatrice.
Ce détaillant éthique se prépare à mettre en avant les vapes dans ses magasins avec de nouvelles présentations et une publicité accrue, d’après un document interne consulté par des sources. L’entreprise propose également une gamme élargie de vapes et de sachets de nicotine.
Cet plan d’action vise à répondre à une forte baisse des ventes après le hack d’avril, qui a laissé des rayons vides dans ses magasins.
Intitulé “Powering Up: Focus Sprint: Cigs, Tobacco and Vape”, le document précise que les ventes n’ont pas récupéré par rapport à la période précédant l’attaque cybernétique. Il indique que cette catégorie a entraîné une perte de “1 million de livres par semaine” et 100 000 transactions en moins.
Il est mentionné : “Nous savons qu’au moins 40 % de cette perte est due à des clients formant de nouvelles habitudes, choisissant de faire leurs courses ailleurs pour ne pas être privés de cigarettes, de tabac ou de vapes. Cela signifie également que nous avons perdu des ventes qui auraient été dans leur panier.”
La stratégie de Co-op en matière de vente de produits de vapotage dans ses plus de 2 000 magasins s’aligne avec la législation britannique et les directives gouvernementales, mais le personnel s’interroge sur la compatibilité de cette stratégie avec son statut de détaillant “éthique”.
Sur son site, la Co-op affirme qu’elle privilégie “les principes au profit”. Elle déclare : “En plus d’avoir des objectifs financiers et opérationnels clairs, nous sommes un leader reconnu pour nos objectifs sociaux et nos programmes communautaires.”
Cette initiative survient dans un contexte où les inquiétudes concernant l’utilisation de vapes par les jeunes grandissent, suite à des preuves montrant que le nombre de jeunes de moins de 18 ans ayant essayé ou utilisant des vapes a explosé ces dernières années. L’emballage coloré et des saveurs comme le chewing-gum ou la barbe à papa font partie de leur attrait.
Le médecin-chef de l’Angleterre, le Professeur Chris Whitty, a exprimé ses inquiétudes concernant le marketing des vapes, affirmant : “Si vous fumez, vapoter est beaucoup plus sûr ; si vous ne fumez pas, ne vapez pas.”
Une source a affirmé que le personnel n’avait pas reçu d’instructions explicites pour vendre davantage de vapes, mais que, précédemment, leur présence en magasin était discrète, tandis que maintenant, les publicités sont stratégiquement placées dans des zones de fort passage avec des présentations attrayantes.
Un membre du personnel a déclaré : “Avant [la cyberattaque], même si je n’appréciais pas toujours mon travail, je respectais les valeurs de la Co-op. Ils présentent l’idée de l’achat éthique – vous pourriez payer un peu plus, mais ils agissent correctement. Cette stratégie va à l’encontre de tout ce que nous avons fait jusqu’à présent.”
Il a ajouté que la Co-op était reconnue pour son modèle commercial éthique, la différenciant des autres entreprises. “Cette récente décision d’exploiter un problème de santé connu pour réaliser des profits va à l’encontre des valeurs sur lesquelles la Co-op a été fondée.”
Le projet de loi britannique sur le tabac et les vapes, actuellement débattu au parlement, interdira toute publicité et sponsoring associé aux vapes. Il limitera aussi les saveurs, l’emballage et la présentation des produits contenant de la nicotine.
Un porte-parole de la Co-op a commenté : “En tant qu’organisation détenue par ses membres, notre engagement de longue date en faveur de valeurs éthiques et d’un commerce responsable reste ferme et au cœur de nos activités.”
Ils ont ajouté : “Il est important de préciser que la vente de produits de vapotage dans nos magasins est pleinement conforme à la législation britannique et aux directives gouvernementales, reconnus comme une voie efficace vers le sevrage tabagique.”
Les gestionnaires de la Co-op s’efforcent de redresser les finances de l’entreprise après l’incident cybernétique, qui les a contraints à fermer certaines de leurs structures IT. Lors d’une récente mise à jour, le détaillant a indiqué que la situation avait entraîné des pertes, les plaçant dans le rouge pour les six premiers mois de son exercice financier.
L’attaque a causé des ruptures de stock dans ses supermarchés, tandis que ses plus de 800 pompes funèbres ont dû revenir à des systèmes papier pour certains services, n’ayant plus accès aux outils numériques à cause du piratage.
Cette perturbation a effacé plus de 200 millions de livres en ventes, et le groupe anticipe que la facture finale se traduira par une perte de 120 millions de livres sur l’ensemble de l’année.
Le document consulté par nos soins se rapporte à un programme global “Power Up” couvrant toutes les catégories de produits.
Bon à Savoir
- La Co-op mentionne un investissement dans des initiatives communautaires, cherchant à renforcer son engagement social.
- Les préoccupations liées à la consommation de vapes par les jeunes continuent d’augmenter, amenant des discussions sur les responsabilités des détaillants.
- Des lois restrictives sur la publicité des produits de vapotage sont en préparation, ce qui pourrait modifier le paysage du marché.
- Le modèle commercial éthique de la Co-op est souvent mis en avant comme un point de différenciation dans le secteur.
Ce retour sur la promotion accrue des produits de vapotage soulève des questions intéressantes sur le rôle des entreprises dans la santé publique et l’éthique des affaires. Alors que les détaillants font face à des pressions économiques, à quel prix se doivent-ils de préserver leurs valeurs éthiques, et comment cela affecte-t-il la perception de leur marque par les consommateurs ? Le dilemme entre rentabilité et responsabilité sociale semble plus pertinent que jamais, posant un véritable défi à la vision d’un commerce éthique dans un marché en constante évolution.