Retard dans le refinancement de Thames Water : Ofwat doit maintenir la pression !
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Il s’est écoulé près de vingt mois depuis que les actionnaires de Thames Water ont décidé de ne plus investir un sou dans cette entreprise jugée “non rentable” et ont accepté de prendre une perte significative sur leur investissement.

On pourrait penser que l’issue de ce dossier est proche, tant les créanciers – ceux qui ont prêté de l’argent à Thames – s’efforcent de sauver la société par une réduction de la dette et une recapitalisation avec de nouveaux fonds. En effet, une centaine de détenteurs d’obligations de classe A sont en discussion avec Ofwat, le régulateur, depuis juin. Ils ont même commencé à travailler sur leur proposition six mois plus tôt pour anticiper toute réaction négative du premier candidat retenu, le groupe de capital-investissement américain KKR, qui a finalement renoncé face à la pression politique sur Thames.

Cependant, la situation semble s’enliser. Les discussions prennent plus de temps que prévu, et Thames a déclaré lors de la publication de ses résultats semestriels que la phase actuelle de son plan de restructuration nécessiterait probablement plusieurs mois supplémentaires pour se conclure. Théoriquement, un projet d’accord pourrait encore voir le jour avant Noël, mais il ne faut pas s’attendre à des miracles.

Que faut-il déduire de ce retard ? Espérons qu’Ofwat, en attendant une éventuelle reformulation par le gouvernement, se montre exigeant et examine minutieusement la proposition des créanciers.

Trois points critiques méritent d’être soulignés. Premièrement, les modalités du refinancement. En octobre dernier, les créanciers avaient tenté de présenter leur offre révisée comme une preuve de générosité, avec un abandon de dette de 4 milliards de livres sterling, soit 25 %, au lieu des 20 % auparavant suggérés. De plus, ils avaient prévu une injection de 3,15 milliards de livres en fonds propres. Cependant, des financiers extérieurs estiment que cette offre reste insuffisante pour garantir un bilan solide pour une éventuelle relance de Thames sur les dix prochaines années. Une annulation de dette supérieure à 30 % pourrait être nécessaire, et les créanciers devront envisager une participation plus importante en capitaux.

Deuxièmement, les créanciers doivent clarifier comment ils envisagent de “reprioriser” les 20 milliards de livres de dépenses autorisées au cours des cinq prochaines années. La distinction entre les dépenses courantes et celles en capital dans le secteur de l’eau reste problématique. Il est impératif que tout soit consigné de manière claire. Les clients ne doivent pas être contraints de financer des améliorations de projets qu’ils ont déjà réglées.

Troisièmement, les conditions de performance font l’objet de discussions encore plus floues. Les créanciers soutiennent que Thames devrait bénéficier d’une certaine clémence concernant les amendes afin d’éviter un cercle vicieux, et qu’il lui faut des objectifs réalistes concernant les déversements et les fuites. Cependant, Ofwat ou son futur remplaçant devra conserver des pouvoirs de sanction forts pour éviter que l’entreprise ne se voit accorder un bonus par la souplesse de ses normes.

La position de négociation d’Ofwat est délicate, car le gouvernement opte clairement pour une solution “dirigée par le marché”. Certains ministres craignent que Thames ne finisse en administration spéciale, aussi appelée nationalisation temporaire, bien que cela ne devrait pas être le cas selon notre point de vue.

Cependant, l’administration et les régulateurs savent qu’il existe une forte probabilité que des fonds spéculatifs américains, comme Elliott Management, deviennent les principaux actionnaires de Thames si la restructuration aboutit. Ces investisseurs opportunistes sont entrés dans le capital à des prix très attractifs. Ce ne sont pas les fonds de pension britanniques qui en sortiront victorieux dans cette redistribution des actions entre créanciers.

Enfin, les conditions d’un éventuel accord validé par le régulateur et le gouvernement devront être perçues comme strictes. La proposition d’octobre des créanciers, tout comme celle de juin, semblait trop avide. Si ce dernier différé indique qu’Ofwat exige des termes plus rigoureux, alors il en va de même. Même à ce stade, la fermeté est de mise.

Bon à Savoir

  • Thames Water est le plus grand fournisseur d’eau au Royaume-Uni, avec des millions de clients.
  • La situation actuelle soulève des questions sur la privatisation des services publics et l’importance d’une régulation efficace.
  • Les discussions autour de la restructuration financière peuvent avoir des impacts directs sur les usagers, tant au niveau des tarifs que de la qualité du service.
  • Le soutien et l’intérêt de groupes d’investissement extérieurs mettent en lumière les défis de la maîtrise de l’eau dans un contexte de changement climatique.

En somme, cette situation autour de Thames Water illustre des enjeux complexes. L’équilibre entre l’investissement, la régulation et la protection des consommateurs pose une question cruciale sur les meilleures pratiques à adopter pour garantir l’approvisionnement durable en eau. La gestion de ce secteur sensible, essentiel à la vie quotidienne, mérite une réflexion approfondie pour éviter que des défauts de gestion ne compromettent l’accessibilité et la fiabilité des services d’eau pour tous.



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