Analyse économique de l’évolution des prix en Lettonie
Ieva Opmane, économiste de la Banque de Lettonie :
En 2024, la Lettonie a connu une période de faible inflation, mais l’année suivante a nécessité une analyse approfondie des raisons de l’accélération des prix. Dès le début de 2025, l’inflation est restée supérieure à 3 %, atteignant 4,3 % à l’automne, avant de redescendre en fin d’année. En décembre 2025, par rapport à l’année précédente, le niveau général des prix a augmenté de 3,5 %.
L’accent a été mis sur la hausse des prix des denrées alimentaires, mais les coûts des services ont également augmenté rapidement, de même que les prix de l’énergie au second semestre.
Plusieurs facteurs laissent entrevoir une diminution de l’inflation dans les mois à venir.
Malgré la récente flambée des prix du pétrole, alimentée par des inquiétudes concernant l’approvisionnement en raison de l’instabilité en Iran et au Venezuela, les prix actuels restent relativement bas par rapport aux moyennes à moyen terme. Ces ressources influencent non seulement les tarifs de l’énergie (carburant, électricité et gaz), mais impactent aussi indirectement les coûts des biens.
En 2022, la hausse des coûts de transport, de stockage et de production a également contribué à l’augmentation des prix des aliments et des services.
Bien que des risques géopolitiques persistent concernant les prix de l’énergie, aucune forte hausse des prix d’autres biens n’est attendue en 2026.
Après une baisse significative en novembre, les prix alimentaires ont légèrement augmenté en décembre, mais cette hausse est restée modeste et en deçà des niveaux saisonniers habituels. Cette baisse de novembre était due à d’importantes promotions pendant les fêtes, qui ont perduré en décembre, avec des offres si attractives que certains produits étaient vendus sous leur coût de revient.
À l’échelle mondiale, les prix alimentaires baissent progressivement depuis le milieu de l’année précédente. En Lettonie, à partir de juillet 2026, le taux de TVA sur certains produits alimentaires sera réduit. Ainsi, tant les facteurs externes qu’internes suggèrent qu’une forte montée des prix alimentaires pourrait s’atténuer cette année-là.
Cependant, selon les prévisions de la Banque de Lettonie publiées en décembre 2025, certains facteurs inflationnistes demeureront. Parmi eux, la hausse rapide des salaires est notable. Bien que cette augmentation soit inégale selon les secteurs, la tendance générale en 2025 est restée solide.
Une partie de cette progression pourrait temporairement être compensée par une baisse des marges bénéficiaires des entreprises, mais cela se traduit souvent par une augmentation des coûts pour les consommateurs. Ceci est particulièrement visible dans le secteur des services, mais la dynamique touche également d’autres domaines, car la main-d’œuvre est essentielle à la production de tous les biens.
Globalement, l’année 2026 devrait offrir un paysage inflationniste plus apaisé. Une hausse des prix inférieure à celle de 2025 est prévue, tout en restant légèrement au-dessus de 3 %.
Dainis Gashpuitis, économiste :
En décembre, les prix à la consommation ont diminué de 0,1 % par rapport à novembre, principalement en raison des baisses des prix de l’alcool, de l’habillement et des chaussures. À l’inverse, les tarifs liés au transport et au logement ont connu une hausse.
Le taux d’inflation annuel en décembre s’est élevé à 3,5 %. Les principaux facteurs de cette inflation concernent les coûts du logement et des denrées alimentaires, représentant ensemble 2,32 points de pourcentage de l’inflation totale.
Le mois de janvier pourrait voir une hausse traditionnelle des prix à cause de révisions fiscales, mais par la suite, une diminution graduelle de l’inflation est attendue. Malgré des tendances favorables sur le marché de l’énergie, des événements géopolitiques récents ont à nouveau fait grimper les prix du pétrole et du gaz, un facteur qui pourrait ralentir la tendance à la baisse en début d’année, bien que celle-ci devrait se maintenir à moyen terme.
La flambée des prix alimentaires a été un élément central de l’inflation de l’année dernière. L’indice des prix alimentaires a continué de baisser en décembre, illustrant plusieurs mois de déclin grâce à des prix inférieurs pour les produits laitiers, la viande et les huiles végétales.
Globalement, la pression des prix alimentaires sur le marché a tendance à diminuer et devrait également se refléter en Lettonie. Par ailleurs, la hausse des salaires contribuera à renforcer l’augmentation des prix des services. En 2025, une inflation moyenne d’environ 2,4 % est prévue.
Peteris Strautinsh, économiste :
Le début de l’année dernière a marqué une véritable « dramatique » dans la hausse des prix, mais après cela, le niveau des prix est resté presque stable. Novembre a été atypique avec une baisse de 0,3 %. En 2026, l’inflation devrait être discrète et les marchés des matières premières, globalement calmes.
Les services constitueront le principal moteur de l’inflation car l’impact des importations sur les prix reste limité. L’augmentation rapide des salaires indique que les coûts des services continueront à croître, mais à un rythme plus modéré.
Oskars Niks Malnieks, économiste :
Le mois de décembre a clôturé l’année avec une relative sérénité : les prix ont diminué de 0,1 % par rapport à novembre et ont augmenté de 3,5 % annuellement. L’inflation moyenne pour 2025 a atteint 3,7 %.
Les promotions, notamment dans le secteur de l’alcool, ont joué un rôle déterminant en décembre, avec une baisse des prix record. Les restrictions commerciales sur l’alcool, mises en place en août, auraient pu impacter la demande et inciter les distributeurs à réajuster les tarifs.
Bien que l’inflation en Lettonie en 2025 ait dépassé l’objectif de 2 % fixé par la BCE, elle reste acceptable pour une économie se redressant vers un niveau de revenu moyen européen. Toutefois, la hausse des prix alimentaires pose un défi significatif pour les foyers à faibles revenus.
Karlis Purgailis, économiste :
La pression inflationniste a été largement influencée par l’augmentation des salaires et celle des services, en particulier ceux liés aux charges. La hausse continue des prix alimentaires pourrait se poursuivre dans les mois à venir, une situation particulièrement difficile pour les ménages à faibles revenus. Globalement, l’inflation en Lettonie pourrait être inférieure à celle de 2025, mais resterait supérieure à la moyenne européenne.
À partir du 1er juillet, une réduction de la TVA sur certaines catégories de produits alimentaires est prévue, ce qui devrait temporairement faire baisser les prix, bien que son impact sur le niveau d’inflation globale soit limité. Malgré une montée des prix de l’électricité en janvier en raison des températures froides en Europe du Nord, une stabilisation future est anticipée.
Bon à Savoir
- Les tendances mondiales montrent une diminution des prix alimentaires, laquelle pourrait se répercuter sur le marché letton.
- Une baisse de la TVA sur certains aliments prévue pour juillet 2026 pourrait alléger la charge financière des consommateurs.
- Les fluctuations des prix de l’énergie demeurent un enjeu crucial à surveiller pour anticiper de futures hausses des prix des biens.
- La disparité dans la hausse des salaires selon les secteurs pourrait compliquer les projections économiques à long terme.
À l’échelle globale, la question des prix et de l’inflation interpelle sur la manière dont les variations économiques impactent le quotidien des populations. En naviguant entre les influences internes et externes, les décideurs doivent chercher un équilibre fragile, tout en tenant compte des réalités sociales des consommateurs. Aborder ces enjeux de façon stratégique est essentiel pour construire un avenir économique plus stable et inclusif.