Alors que les sanctions occidentales se resserrent et que les exigences militaires pèsent sur le budget en raison de la guerre en Ukraine, il est probable que la Russie passe d’une phase de “refroidissement contrôlé” à une stagnation nette en 2026, sans véritable reprise avant 2027.
Le précédent boom lié aux dépenses militaires en temps de guerre s’estompe et les coûts devront être répercutés par des hausses d’impôts, alors que les recettes fiscales diminuent en raison de la baisse des prix du pétrole et de la pression continue sur les exportations énergétiques russes.
Le déclin du boom lié à la guerre
L’année 2025 marque la fin de l’accélération économique de la Russie durant les années 2023-2024. Après deux années de croissance supérieure à 4%, la croissance du PIB pour 2025 devrait ralentir à environ 1% ou moins, avec des vents contraires susceptibles de persister jusqu’en 2026.
L’économie a largement épuisé les moteurs temporaires qui soutenaient la croissance en 2023 et 2024, lorsque l’expansion rapide a été le reflet d’une reprise après le choc de 2022.
En 2024, la croissance reposait sur une forte augmentation des dépenses publiques, qui ont augmenté d’environ un quart par rapport à l’année précédente, injectant ainsi de la demande dans l’économie.
Ces moteurs étant en grande partie absents en 2025, aucun catalyseur évident ne se profile pour raviver la croissance en 2026.
Les dépenses publiques devraient atteindre 42,3 trillions de roubles (528,8 milliards de dollars) en 2025 et 44,1 trillions de roubles (551,3 milliards de dollars) en 2026, restant globalement stables après ajustement pour l’inflation.
Associées à des taux d’intérêt autour de 16% visant à freiner l’inflation, cela suggère une économie confinée à la stagnation, alors que les décideurs politiques à Moscou tentent de concilier croissance et stabilité des prix.
De nombreux analystes prévoient maintenant une croissance du PIB autour de 1% en 2025 et 2026. L’Institut de prévision économique de l’Académie des sciences de Russie anticipe une croissance de 0,7% en 2025 et 1,4% en 2026.
Augmentation de la pression fiscale alors que les recettes s’érodent
Pour la première fois depuis la pandémie, la Russie a collecté moins de recettes budgétaires en 2025 que prévu initialement. Les prévisions indiquent que les recettes fiscales s’établiront autour de 36,6 trillions de roubles (457,5 milliards de dollars).
Ce manque à gagner s’explique en partie par une baisse de l’assiette fiscale, alors que la croissance ralentit et que les prix du pétrole chutent sous l’effet des sanctions occidentales.
Les recettes provenant du secteur pétrolier et gazier pour 2025 sont désormais projetées à 8,7 trillions de roubles (108,8 milliards de dollars), bien en dessous des prévisions initiales.
La Banque mondiale prévoit un surplus d’offre mondiale de pétrole, ce qui pourrait faire chuter les prix du Brent de 68 dollars le baril en 2025 à environ 60 dollars en 2026, son plus bas niveau depuis cinq ans.
Les autorités augmentent donc les impôts pour soutenir le budget, y compris une hausse de la TVA qui passera de 20% à 22% et une réduction du seuil de chiffre d’affaires pour le paiement de la TVA.
Ces mesures mettent en lumière la nécessité croissante pour les ménages et les entreprises de faire face à une charge fiscale accrue alors que le secteur énergétique souffre des sanctions.
Pérennité des pressions liées à la guerre
Malgré ce ralentissement économique, les autorités russes n’ont que peu de marge de manœuvre pour réduire leurs dépenses militaires, alors que la guerre en Ukraine s’intensifie.
Le président Vladimir Poutine ne montre aucun signe de retrait de ses exigences et affirme que la Russie est prête à poursuivre ses efforts jusqu’à obtenir le contrôle des régions ukrainiennes annexées.
Les dépenses nationales de défense sont officiellement fixées à 13,5 trillions de roubles (168,8 milliards de dollars) en 2025, mais des dépenses réelles, y compris classifiées, pourraient être supérieures.
Stagnation et inflation se combinent pour construire un futur incertain, où chaque nouveau rouble dirigé vers l’effort de guerre pourrait freiner l’approvisionnement en biens de consommation, exacerbant ainsi la pression inflationniste.
Bon à Savoir
- La Russie a connu un essor économique rapide dû en grande partie à l’augmentation des dépenses militaires.
- Les recettes fiscales pour 2025 sont revues à la baisse, impactées par la guerre et les sanctions.
- Une augmentation des impôts est prévue pour compenser le manque à gagner budgétaire.
- Le secteur énergétique est profondément affecté par les sanctions occidentales, réduisant ainsi les recettes de l’État.
- Les prévisions économiques indiquent une croissance modeste dans les années à venir, soulevant des questions sur la durabilité de cette trajectoire.
La situation actuelle en Russie pose des questions fondamentales sur l’équilibre entre dépenses militaires et développement civil. À mesure que les ressources s’amenuisent dans un contexte de conflit prolongé, comment s’assurer que les besoins d’une population souffrante ne soient pas éclipsés par les objectifs géopolitiques ? Cet équilibre délicat est à la fois une question économique et éthique, essentielle pour envisager le futur de la Russie dans un monde de plus en plus imprévisible.