Experts soulignent l’importance d’optimiser les entreprises publiques et les impôts sur les salaires. Le Kazakhstan a fixé un objectif ambitieux : faire passer la part de la rémunération dans le PIB à 40%. Récemment, le Premier ministre, Olzhas Bektenov, a noté que la croissance des bénéfices des entreprises dépasse celle des revenus des ménages, et que le soutien gouvernemental sera désormais directement lié aux indicateurs sociaux des entreprises.
Janar Suleimenova, représentante de l’Alliance fiscale, a partagé son avis sur pourquoi la volonté de fixer des salaires élevés par décision administrative pourrait mener à une stagnation si l’État ne commence pas ses réformes à partir du secteur public.
Chronique de la « dépréciation » du travail
En examinant l’histoire économique du Kazakhstan indépendant, on constate que dans la fin des années 1990, la part des salaires dans le PIB était d’environ 37-38%. Depuis, malgré des périodes de forte croissance des prix du pétrole, ce chiffre n’a cessé de diminuer. En 2016, il a atteint 30,3%, et en 2024, il se stabilise autour de 31%.
Cette situation illustre une répartition inégale des fruits de la croissance économique : le capital s’enrichit plus rapidement que les salariés. Bien que la question de l’augmentation des salaires soit pressante, il est nécessaire d’aborder ce sujet avec prudence.
« Nous nous positionnons comme une économie de marché. Dans un marché libre, le salaire n’est pas une redistribution mais une fonction de la productivité et de la marge bénéficiaire. Si l’on contraint les entreprises à payer plus que leurs gains, nous risquons des faillites ou un glissement vers l’informel », a souligné Janar Suleimenova.
Le secteur public – un géant au potentiel inexploité
Selon Suleimenova, le secteur public devrait être le principal acteur dans ce changement de paradigme. Il domine aujourd’hui dans le secteur des grandes et moyennes entreprises, devenant ainsi une référence pour le marché du travail.
Une analyse des rapports financiers consolidés de la holding nationale Samruk-Kazyna pour 2024 soulève des questions importantes. Avec un chiffre d’affaires de 16,4 trillions de tenges et un EBITDA d’environ 30%, la masse salariale s’élève à environ 2 trillions de tenges, soit seulement 12% du chiffre d’affaires.
« Bien que la spécificité des grandes entreprises doit être considérée, où une part importante des coûts concerne les équipements et technologies, il existe un réel potentiel pour revoir la structure de répartition des revenus. L’État doit commencer par analyser son propre système : l’utilisation des fonds, l’efficacité du personnel, et comment la numérisation pourrait permettre d’augmenter les salaires des employés restants », a expliqué l’expert.
La logique est simple : si les entreprises publiques commencent à offrir des salaires de marché compétitifs, le secteur privé et les investisseurs étrangers devront s’aligner pour ne pas perdre leurs meilleurs talents. Voilà le véritable mécanisme de marché, plutôt qu’une contrainte administrative.
Les PME : entre le marteau et l’enclume
Les petites et moyennes entreprises se trouvent dans une situation complètement différente. Contrairement aux géants du secteur primaire, elles évoluent dans un environnement de forte concurrence et de faibles marges. Chaque pression sur la masse salariale y est ressentie de manière aiguë.
Actuellement, le fardeau fiscal sur les salaires des entreprises en régime général dépasse 42% de ce que le travailleur perçoit « net ». Ce montant inclut l’impôt sur le revenu des personnes physiques, la taxe sociale, les cotisations de retraite et les contributions à l’assurance maladie.
« Pour un petit café ou un atelier, chaque poste de travail coûte presque 50% de plus que le salaire nominal. Exiger une indexation régulière sans diminution parallèle des impôts équivaut à les pousser vers la fermeture », a noté Janar Suleimenova.
Les experts voient une solution dans une révision radicale du système de soutien gouvernemental. Au lieu de subventionner les dépenses courantes des entreprises, l’État doit encourager la modernisation.
« Nous avons besoin de subventions liées à l’augmentation de la productivité. Si une entreprise implante l’automatisation permettant à un employé de produire deux fois plus, l’État doit le soutenir. Ce n’est que de cette manière qu’une base durable pour la hausse des salaires pourra être créée sans générer d’inflation », estime l’expert.
La stratégie pour accroître les revenus des ménages, selon Janar Suleimenova, doit être systématique. D’abord, faire des entreprises publiques des leaders en matière de salaires en améliorant leur efficacité. Ensuite, diminuer la charge fiscale sur les salaires pour le secteur privé. Enfin, réorienter les subventions vers des projets d’automatisation et de numérisation.
Le chemin de la systématicité, par opposition à la contrainte, est plus long qu’un simple décret, mais il est le seul garant d’un véritable et non fictif accroissement des salaires, conclut l’expert. À titre de comparaison, dans les pays de l’OCDE, la part des salaires dans le PIB se situe en moyenne entre 50 et 55%.
Bon à Savoir
- Le secteur public joue un rôle clé dans le marché du travail au Kazakhstan.
- Les petites entreprises font face à une pression fiscalité élevée sur les salaires.
- L’automatisation des processus pourrait offrir des solutions à la hausse des salaires.
- L’optimisation des dépenses publiques est une nécessité pour soutenir la croissance du secteur privé.
Ce dilemme de la rémunération soulève une question essentielle : comment concilier croissance économique, compétitivité des entreprises et équité sociale ? Une réflexion profonde sur l’équilibre entre les mécanismes de marché et les impératifs sociaux s’impose pour garantir un développement harmonieux et durable.