L’économie canadienne a enregistré une croissance bien plus rapide que prévu au troisième trimestre, soutenue par les exportations de pétrole brut et les dépenses gouvernementales. Selon les données officielles, le produit intérieur brut (PIB) annualisé a augmenté de 2,6 %, échappant ainsi à une récession technique qui aurait suivi une contraction de 1,8 % au trimestre précédent, chiffre révisé à la baisse.
Cela renforce l’opinion des économistes selon laquelle la Banque du Canada ne baissera pas ses taux d’intérêt lors de sa prochaine réunion du 10 décembre. La lecture du PIB trimestriel est calculée en fonction des revenus et des dépenses, contrairement à celle mensuelle qui repose sur la production industrielle.
Cependant, le chiffre du troisième trimestre pourrait être sujet à une révision importante en février, car les données de commerce extérieur n’étaient pas disponibles en raison de la récente fermeture du gouvernement américain.
Les prévisions des analystes, selon une enquête menée par l’agence de presse Reuters, anticipaient une croissance annualisée de seulement 0,5 % au troisième trimestre, et une hausse mensuelle du PIB de 0,2 % en septembre.
Par mois, l’économie a répondu aux attentes des analystes après un ralentissement d’une hausse révisée à la hausse de 0,1 % le mois précédent, tirée principalement par une expansion de 1,6 % de la production manufacturière.
Cependant, une estimation préliminaire indique que le PIB pourrait diminuer de 0,3 % en octobre, reconnaittant un début négatif pour le quatrième trimestre.
« La croissance apparente est due à une forte baisse des importations qui masque la faiblesse sous-jacente de la demande intérieure, les ménages et les entreprises dépensant moins », ont déclaré Tony Stillo et Michael Davenport d’Oxford Economics, dans un e-mail adressé à Al Jazeera.
Impact des droits de douane
Les droits de douane américains sur des secteurs critiques ont fortement affecté les exportations canadiennes, entraînant des pertes d’emplois et une croissance de l’embauche peu dynamique, tout en réduisant le moral des entreprises et des consommateurs, ce qui laisse entrevoir un environnement proche de la récession.
Toutefois, une augmentation de 6,7 % des exportations de pétrole brut et de bitume, ainsi qu’une hausse de 2,9 % des investissements en capital public, ont atténué une partie de cet impact. Les exportations de pétrole brut ont également contribué à augmenter le revenu des entreprises au troisième trimestre.
Les dépenses en systèmes d’armement et en structures non résidentielles, comme les hôpitaux, ont également favorisé cet essor des investissements gouvernementaux, sans oublier le dynamisme des activités de revente résidentielle et des rénovations.
Doug Porter, économiste en chef chez BMO Capital Markets, a noté que ce rapport « devrait mettre fin aux rumeurs de récession pour l’instant ».
La Banque du Canada a annoncé le mois dernier qu’elle maintiendrait son taux directeur à 2,25 % et n’agirait qu’en cas de changement significatif des perspectives économiques. L’impact sous-jacent des droits de douane se fait cependant toujours ressentir sur le moral des entreprises et des consommateurs, comme le montre le PIB.
L’investissement des entreprises était stable au troisième trimestre, tandis que les dépenses de consommation finale des ménages ont chuté de 0,1 %. La construction résidentielle nouvelle a également connu une baisse de 0,8 % durant cette période.
« La demande domestique finale est restée plate au T3, la reprise plus forte que prévue du PIB reflète plutôt un coup mathématique lié à la baisse des importations qu’une véritable force économique », ont averti Stillo et Davenport.
Bon à Savoir
- Les exportations canadiennes ont été particulièrement affectées par des politiques tarifaires américaines.
- Le secteur manufacturier a affiché une croissance significative par rapport au mois précédent.
- Les prévisions économiques peuvent fortement dépendre des fluctuations des données commerciales internationales.
- La stagnation des dépenses des ménages pourrait influencer les décisions économiques futures.
La situation actuelle de l’économie canadienne soulève des questions invites à la réflexion. Comment les entreprises et les consommateurs s’adaptent-ils à un environnement de plus en plus incertain, surtout lorsqu’ils sont confrontés à des contraintes externes comme les droits de douane ? Une telle dynamique souligne la complexité des interactions économiques et l’importance d’une vision à long terme dans la planification stratégique, tant pour les gouvernements que pour les acteurs économiques. Équilibrer sécurités et incertitudes reste un défi majeur à l’heure où les échanges internationaux sont en constante évolution.