Le dernier rapport sur l’inflation pour le mois de mars, publié ce mardi, révèle une hausse significative des prix, rendant pratiquement inévitable une augmentation des taux d’intérêt la semaine prochaine. En réalité, cet ajustement de taux était déjà anticipé avant la publication des chiffres, puisque la Banque de Réserve semble déterminée à frapper les ménages, malgré le fait que l’essentiel des raisons de cette inflation provient de facteurs externes.
Il y a un mois, j’avais signalé que les chiffres d’inflation de février étaient déjà obsolètes, n’intégrant pas l’impact du conflit en Iran sur les prix. C’est justement ce qui s’est produit. En mars, l’inflation a augmenté de 1,1 %, faisant grimper le taux annuel de 3,7 % à 4,6 %.
Il convient de noter que cette mesure mensuelle d’inflation, assez volatile, contraste avec l’ancienne méthode trimestrielle qui affiche un taux annuel de seulement 4,0 % (en effet, les prix des carburants n’ont augmenté qu’en mars, pas en janvier ni en février).
Tout le monde s’attend à ce que la Banque de Réserve utilise ces chiffres comme prétexte pour relever les taux. Pourtant, ces données montrent à quel point une telle hausse ne fera qu’aggraver les difficultés des ménages déjà éprouvés par la flambée des coûts de l’énergie. En mars, presque toute l’inflation était causée par la hausse des prix des combustibles, qui a augmenté de 32 % plutôt que des 30 % que j’avais prévu.
Si l’on exclut la hausse des prix des carburants, l’inflation en mars n’aurait été que de 0,1 % au lieu de 1,1 %. Cela montre que, lorsqu’on examine de plus près les chiffres, la situation n’est pas aussi préoccupante qu’elle ne le paraît, et ne justifie pas l’apocalypse décrite par certains économistes qui appellent à un relèvement des taux à 5 %.
Bien que l’inflation ait grimpé à 4,6 %, cette augmentation a été principalement causée par les évènements qui ont secoué le Moyen-Orient. Il est peu probable que nous assistions à une flambée similaire dans un avenir proche, même en cas de reprise des frappes.
Ce bond ponctuel des prix du carburant demeure une anomalie, et la Banque de Réserve devrait s’en préoccuper. En effet, le taux d’intérêt n’influence pas le prix du pétrole et n’a qu’un impact marginal à travers le taux de change.
La Banque de Réserve affirme qu’elle préfère se concentrer sur l’inflation « sous-jacente », mesurée par la moyenne tronquée, qui demeure stable à 3,3 %. De même, la Banque analyse si l’inflation est générée par des biens « échangeables » ou « non échangeables ». En mars, la croissance des articles échangeables est passée de 1,3 % à 4,5 %, tandis que celle des prix non échangeables a chuté de 5,0 % à 4,6 %.
Les prix des services de marché ont également diminué, passant de 3,5 % à 3,1 %. Cela ne laisse présager aucune accélération de l’économie domestique.
Alors que les prix des carburants ont augmenté en mars, ils ont chuté en avril pour atteindre des niveaux inférieurs à ceux observés avant le début du conflit en Iran, en grande partie grâce à la réduction de la taxe sur les carburants.
Cette situation laisse présager que, tout en ayant provoqué une forte hausse de l’inflation en mars, les prix des carburants pourraient également entraîner une baisse considérable de l’inflation en avril.
Il y a beaucoup d’éléments à considérer concernant les prix. La hausse des coûts alimentaires due aux coûts des combustibles et des fertilisants n’est pas encore pleinement ressentie. Comme observé en 2022 après l’invasion de l’Ukraine, les entreprises pourraient également profiter des incertitudes pour augmenter leurs marges bénéficiaires.
Le mois prochain, de nouvelles données sur les salaires seront publiées, indiquant encore une fois que les salaires réels ont diminué, ne contribuant en rien à l’augmentation de l’inflation. Malgré tout cela, il est fort probable que la Banque de Réserve souhaite augmenter les taux, même si cela ne fait qu’apparaitre comme une action.
Bon à Savoir
- Le rapport sur l’inflation est un indicateur clé pour les décisionnaires économiques.
- Les fluctuations des prix du pétrole peuvent avoir un impact significatif sur l’économie domestique.
- Les salaires réels restent un point critique, souvent négligé dans les analyses économiques.
- La Banque de Réserve doit prendre en compte les facteurs externes avant de procéder à des ajustements de taux.
- La compréhension des catégories de biens échangés est essentielle pour interpréter les données d’inflation.
La situation actuelle met en lumière l’importance d’une approche intégrée et prudente face à l’inflation, surtout dans un climat mondial en constante évolution. Les décisions émanant de la Banque de Réserve ne devraient pas être motivées par la réaction immédiate face à des chiffres fluctuants, mais plutôt être réfléchies et stratégiques. Que signifie vraiment « agir » dans un contexte où les effets de notre propre économie peuvent être exacerbés par des événements extérieurs ? Une réflexion critique s’impose pour naviguer dans ces eaux incertaines, nécessitant une vigilance et une compréhension approfondies des dynamiques en jeu.