5 millions d'entrepreneurs en Russie face à la menace de la liquidation !
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Les entrepreneurs individuels ne sont pas conscients des préoccupations grandissantes du gouvernement.

Source :

Artēm Ustyuzhanin

Alors que la situation des travailleurs indépendants avait suscité de vives réactions (heureusement, leur statut reste intact pour le moment), le tour des entrepreneurs individuels (EI) semble être arrivé. Artem Kiryjanov, vice-président du comité de politique économique à la Douma d’État, a suggéré d’abolir ce statut en Russie.

Pourquoi cette initiative suscite-t-elle tant d’inquiétudes ? Selon Kiryjanov, l’objectif serait de mettre un terme aux « schémas gris » d’évasion fiscale liés à la fragmentation des entreprises et à l’utilisation du statut d’EI pour le blanchiment d’argent. Il a précisé que les autorités travaillent activement à établir des seuils pour éliminer les failles fiscales, affirmant qu’il est crucial pour les citoyens de passer du statut d’autoentrepreneur à celui de personne morale.

Tous les experts interrogés par MSK1.RU, provenant de différents secteurs, trouvent cette initiative pour le moins étrange, voire nuisible et dangereuse.

Les conséquences de cette initiative

« Motiver la suppression du statut entrepreneurial par des abus commis par certains est comparable à interdire les concombres sous prétexte que toutes les personnes ayant mangé des concombres sont décédées », s’est moquée Yarina Privalova, fondatrice d’un bureau de comptabilité.

Elle insiste sur le fait que l’État dispose déjà d’outils puissants pour lutter contre les fraudes sans pour autant compromettre le fondement de l’EI.

La transparence des mouvements financiers, les informations transmises aux autorités fiscales et le suivi constant par la Banque centrale concernant le paiement des impôts contribuent déjà à cette lutte, selon Privalova.

Elle ajoute qu’avec tel contrôle, certaines EI paient même plus d’impôts que nécessaire pour éviter le blocage de leurs comptes.

Elle souligne également l’importance des EI dans l’économie russe : de nombreux entrepreneurs évitent de demander des allocations chômage, garantissant leur propre subsistance et celle de leurs familles.

Les EI versent régulièrement des cotisations fixes ainsi que 1 % de leurs revenus dépassant 300 000 roubles par an. La majorité opte pour un régime fiscal simplifié à 6 %. Au 1er novembre, près de 4,8 millions d’entrepreneurs sont enregistrés en Russie, ayant versé environ 1,4 trillion de roubles en impôts au trésor public entre janvier et septembre.

La question cruciale qui se pose est : que deviendront ces 4,8 millions d’entreprises si le statut d’entrepreneur est aboli ?

« Une partie se dirigera vers des aides pour les ménages à faibles revenus, d’autres se cacheront », prévoit Privalova.

Concernant le statut de société à responsabilité limitée (SARL) pour les petites entreprises travaillant à domicile, cela représente souvent un lourd fardeau. L’obligation d’embaucher du personnel, de gérer une comptabilité complexe et de payer des frais de location, même pour une simple adresse légale, pèse lourdement sur les petites entreprises.

« Mon expérience me prouve que le principal frein à la création d’une SARL pour les microentesprises est l’attachement à un espace de travail et les coûts associés à cette infrastructure », souligne Privalova.

Des répercussions sur le consommateur

Oksana Langolf, consultante en affaires et en fiscalité, rejoint cet avis. Bien que certaines EI participent effectivement à des schémas de fragmentation pour économiser sur les impôts, nombreux sont ceux qui respectent les règles.

Pour de nombreux secteurs (consultation, cours particuliers, nettoyage, etc.), le statut d’EI est la forme d’activité la plus appropriée grâce à sa simplicité administrative. La popularité de ce statut découle de l’économie sur les cotisations, la facilité d’imposition et une faible charge fiscale lors du retrait de fonds.

« L’abolition du statut d’EI entraînera un accroissement de la charge fiscale, donc une augmentation des prix des biens et services pour le consommateur », avertit Langolf.

« Les EI représentent jusqu’à 60 % du petit commerce en Russie et contribuent significativement au PIB. Leur suppression entraînera la disparition de nombreuses petites entreprises. Au lieu de cette mesure radicale, il est crucial de se concentrer sur des solutions ciblées et systématiques, renforçant le contrôle fiscal avec des outils d’analyse améliorés pour détecter les fraudes, quelles que soient leur forme ou leur secteur d’activité », réfléchit Tatyana Shishova, comptable et dirigeante de ST Consulting.

Shishova propose aussi d’introduire un test de compétence pour les nouveaux entrepreneurs afin de garantir leur connaissance des lois fiscales.

« Si l’objectif est de transférer les EI vers des personnes morales, il est impératif de simplifier le régime fiscal et administratif pour les petites SARL, afin qu’ils soient comparables à la simplicité actuelle des EI. Il ne faut pas permettre que ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas faire ce passage tombent dans l’illégalité totale ! », conclut-elle.

Yuri Landau, docteur en économie et professeur à l’Université Plekhanov, partage également l’avis que la proposition de Kiryjanov, dans sa forme actuelle, pourrait freiner le développement du petit commerce en Russie.

« Les gens n’auront tout simplement plus l’envie de s’engager dans l’entrepreneuriat si la création d’une entreprise nécessite de passer immédiatement à une personne morale. Si nous souhaitons voir disparaître le petit commerce, alors oui, abolissons les statuts d’autoentrepreneurs et d’EI », affirme le professeur.

Bon à Savoir

  • Le statut d’EI représente une part significative du paysage entrepreneurial russe.
  • Les petites entreprises assurent une réduction de la charge sociale sur l’État en évitant les demandes d’allocations chômage.
  • De nombreuses entreprises optent pour un régime fiscal simplifié pour alléger leur charge financière.
  • Les répercussions d’une telle réforme pourraient avoir un impact direct sur le consommateur, notamment par une hausse des prix.
  • Il existe des outils efficaces pour lutter contre les abus sans avoir recours à la suppression d’un statut vital pour l’économie.

En somme, cette discussion soulève des questions profondes sur l’équilibre entre régulation fiscale et dynamisme entrepreneurial. La pérennité du tissu économique repose non seulement sur des mesures de contrôle, mais aussi sur la capacité à encourager l’initiative privée. Quelle place souhaitons-nous donner à l’entrepreneuriat dans notre société moderne ?



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