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Johana Romero, ingénieure pétrolière formée, a toujours lié sa carrière aux communautés rurales de Colombie. Par son travail, elle a formé des agriculteurs pour une entreprise pétrolière, parcourant le pays et identifiant les besoins des différentes communautés dans la gestion de projets. Déterminée à faire une différence, elle a fondé la Fondation Mi Propósito, une initiative dédiée à l’entrepreneuriat à impact social et environnemental dans les zones rurales.

Son engagement, qui reste volontaire, est axé sur le soutien, la connexion et le maintien de projets pour les agriculteurs. De communautés autochtones à ceux qui choisissent de retourner à la terre, Johana accompagne des initiatives qui luttent pour leur survie dans un écosystème complexe. Avec l’aide de son mari, cofondateur de la fondation, et d’une équipe de bénévoles, l’organisation a soutenu jusqu’à présent 400 projets. Grâce à son travail et à son investissement dans la communauté, Johana a été finaliste des XIIe Prix Avanzadoras dans la catégorie de l’entrepreneuriat à impact social.

Tout d’abord, félicitations pour votre nomination aux Prix Avanzadoras 2026. Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de cette nouvelle ?

Merci ! Je suis ravie. J’ai été invitée à la cérémonie, mais je n’ai pas pu y assister. Je suis impatiente de participer aux projets d’Oxfam Intermón — l’un des organisateurs des prix — même en tant que bénévole. Je souhaite apprendre de leur expérience pour apporter des idées nouvelles à ma fondation.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre travail pour promouvoir des projets en milieu rural ?

La Fondation Mi Propósito connecte des initiatives rurales avec des opportunités pour renforcer leur croissance, durabilité et impact communautaire. Bien que tout soit organisé par objectifs et métriques, cela ne représente qu’une petite part de nos actions. Nous n’attendons pas qu’un projet bénéficie d’une visibilité pour commencer notre soutien, et intervenons dès qu’une initiative à impact social ou environnemental émerge.

De quelle manière soutenez-vous ces projets ?

Cela dépend de chaque projet, mais nous avons trois axes principaux. Le premier est le réseau de valeur, où nous connectons les entrepreneurs aux acteurs clés pour leur développement. Ensuite, nous nous attachons au renforcement organisationnel, en les aidant à structurer leurs rôles et à améliorer leur gouvernance. Enfin, le dernier axe, crucial, concerne la commercialisation, en les accompagnant dans la définition de leur identité de marque, leur stratégie de vente, et l’accès à de nouveaux marchés.

Comment ces initiatives parviennent-elles jusqu’à votre fondation ?

Il existe plusieurs moyens. Nous publions des appels à projets, et les intéressés postulent. Nous examinons chaque initiative et, si elle correspond à nos critères, nous l’intégrons. Par ailleurs, nous collaborons directement avec des acteurs locaux, des institutions ou des entreprises privées en régions spécifiques. Nous accompagnons les projets et les mettons en avant sur notre plateforme.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer cette initiative ?

Bien que je sois ingénieure pétrolière, je n’ai jamais travaillé dans un cadre technique. Mon expérience a été au contact de communautés agricoles influencées par le secteur des hydrocarbures. J’ai constaté des lacunes dans l’accompagnement des projets et souhaitais apporter un soutien plus profond en réunissant mes compétences et celles de mon mari, orientées vers le service, pour créer la Fondation Mi Propósito.

Avez-vous un projet qui vous a particulièrement marqué ?

Je pense à plusieurs projets. L’un d’eux est celui d’une femme dynamique au Brésil, qui restaure un écosystème amazonien avec des enfants. Nous l’avons aidée à gagner en visibilité, ce qui lui a permis de présenter son initiative à l’international. Un autre projet marquant est celui d’un jeune autochtone du Cauca qui participe à la récupération de semences traditionnelles.

Avez-vous pensé à abandonner ce projet ?

Oui, plusieurs fois. Cependant, il est facile de penser à l’abandon sans agir. Chaque fois que nous ressentons ce besoin de remettre en question notre engagement, de nouvelles opportunités apparaissent, comme des interviews ou des personnes intéressées par notre travail, et cela nous relance. Notre philosophie est de se réinventer lorsque des moments difficiles se présentent.

Vous avez d’autres emplois ?

Oui, nous travaillons dans des secteurs connexes, mais nous devons aussi consacrer beaucoup de temps à la fondation. Notre rêve est de voir ce que nous faisons devenir notre principale activité, mais cela n’est pas encore réalisable. Nous ajustons notre rythme en fonction des besoins et des priorités.

Comment vous financez-vous ?

Principalement par des dons individuels et de petites entreprises. Nous n’avons pas de financement stable, ce qui limite notre croissance. Cela complique la réponse à des appels à financement, car nous ne sommes ni une grande organisation, ni une petite, ce qui rend l’adéquation aux critères difficile.

Quelle a été la plus grande difficulté rencontrée par la fondation ?

Parmi nos défis, il y a la difficulté de donner une valeur symbolique à notre travail, comme demander un hébergement en échange de l’assistance d’un bénévole. Cela a été compliqué au départ. Une autre frustration est de passer des mois à élaborer des projets avec des entreprises qui finissent souvent par s’arrêter sans explication.

Quel rôle jouent les femmes en milieu rural ? Y a-t-il de nombreux projets dirigés par elles ?

Oui, la plupart de nos initiatives sont dirigées par des femmes, avec une forte participation, souvent supérieure à 60 ou 70%. Bien que nous soutenions cela, nous ne limitons pas nos projets aux femmes, car nous avons également des initiatives dirigées par des hommes.

Y a-t-il un renouvellement générationnel ?

C’est difficile, les zones rurales n’offrent pas d’incitations aux jeunes pour rester, ce qui rend le maintien des projets complexe. Cependant, la virtualité a ouvert de nouvelles opportunités pour les jeunes, qui peuvent rester connectés à leur territoire sans le quitter. La pandémie a incité beaucoup de personnes à envisager un retour à la terre.

Que diriez-vous à un jeune qui pense qu’il n’y a pas d’avenir dans les villages et qu’il ne vaut pas la peine d’entreprendre ?

Il y a clairement un avenir. Un jeune peut développer un projet dans sa région sans abandonner ses études ou sa ville. Des formes hybrides existent et encouragent ceux qui ont cette volonté à s’essayer ; j’ai rencontré des jeunes qui dirigent avec succès leurs propres projets en milieu rural.

Si demain vous aviez le soutien d’un grand investisseur, quelle serait votre première action ?

Nous élargirions notre équipe pour développer un projet destiné aux communautés noires du Pacifique, centré sur la santé mentale des femmes. Actuellement, nous faisons face à des obstacles de gouvernance et de funding, mais un soutien financier permettrait de réaliser notre programme dans de meilleures conditions.

Prévoyez-vous de soutenir des projets en Europe ou restez-vous concentrés sur la Colombie ?

Nous n’avons pas encore soutenu d’initiatives en Europe, mais une collaboration est envisagée avec une personne en Espagne qui travaille avec des migrants. Pour l’heure, notre priorité reste la Colombie, avec l’objectif de développer une base financière solide pour élargir notre portée géographique.

Comment envisagez-vous les projets que vous soutenez dans dix ans ?

J’imagine des territoires plus autonomes, avec une base économique solide et un changement dans les préférences de consommation vers le local. Les communautés seront financièrement plus autonomes et nous aurons beaucoup à apprendre d’elles sur le respect de l’environnement et des ressources que nous utilisons pour notre subsistance.

Bon à Savoir

  • La Fondation Mi Propósito se concentre sur l’accompagnement des projets ruraux en Colombie.
  • Johana Romero met l’accent sur l’importance de l’identité de marque pour les petits entrepreneurs.
  • 80% des projets soutenus sont dirigés par des femmes.
  • Le soutien communautaire et la participation locale sont essentiels à leur succès.
  • Des défis financiers et structurels entravent parfois leur progression.

Dans un monde en constante évolution, l’engagement communautaire apparaît comme une voie incontournable pour envisager un avenir durable. Les initiatives enracinées dans le local révèlent non seulement les potentialités inexploitées de chaque territoire, mais questionnent également nos valeurs collectives et individuelles. Quelles contributions sommes-nous prêts à apporter pour favoriser un équilibre entre développement local et respect de l’environnement ? La réflexion s’ouvre à nous, car chaque action, aussi modeste soit-elle, peut participer à la transformation de notre société.



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