Milagros Brito dirige Vizora, la société du groupe Macro. Elle a réalisé de nombreuses constructions à travers la ville, notamment des balcons avec piscines privées à Puerto Madero, alors que cette zone était encore en gestation. Aujourd’hui, toute son énergie est consacrée à Remeros Beach, un projet qui s’étend sur 17,5 hectares dans la région de Tigre.
Ce projet a vu le jour il y a dix ans, dans une zone alors déserte. « Il se trouve à un carrefour stratégique entre des zones très développées comme Rincón de Milberg et Nordelta », explique Brito lors de son entretien à LA NACION dans le showroom où se déroule l’Expérience Living, une exposition présentant les dernières tendances en design et décoration dans 14 appartements entièrement aménagés.
Cette initiative comprend huit grands terrains résidentiels et un espace commercial localisé sur le chemin des rameurs.
Le site comportera cinq plages autour d’un lac cristallin de haute technologie sur 3,5 hectares. Deux plages sont déjà accessibles ; la troisième ouvrira cet été. « Aujourd’hui, 300 familles y résident et environ 100 de plus arriveront en mai », précise Brito, ajoutant que « cela ne fait que commencer ».
Vous avez lancé l’idée il y a dix ans…
Oui, mais le monde et les gens changent, et nous assistons à un changement de paradigme dans l’immobilier. Cela fait que nous cherchons désormais une vie plus équilibrée, des lieux qui nous permettent de vivre sereinement, en harmonie avec la nature, créant ainsi un écosystème propice à une meilleure qualité de vie. Pour ceux d’entre nous qui ont compris tôt cette réflexion, l’architecture devient biologique, et le bien-être s’intègre à notre mode de vie. Cela s’appelle aujourd’hui l’immobilier wellness, mais c’est avant tout une démarche humaine : créer des écosystèmes où les individus peuvent se sentir bien.
Pourquoi avez-vous osé créer un lac cristallin à ce moment-là ?
L’idée était toujours d’installer ce lac, habituellement présent dans des projets périurbains. La décision cruciale était de façonner Remeros Beach comme une ville axée sur le bien-être. Une visite à un projet immobilier au Chili m’a profondément marquée : voir des enfants jouer sur la plage au lieu de rester scotchés devant un écran. C’est cela, la véritable qualité de vie ; je suis convaincue que l’extraordinaire se trouve dans la simplicité.
Était-ce un risque financier important d’investir dans le lac ?
En effet, cela représentait une lourde charge financière alors que nous commencions à vendre nos premières tours. Nous avons choisi d’investir dans un lac avec une infrastructure de pointe. Il était crucial de ne pas se tromper. En 2005, nous avons déjà lancé les premiers Árboris, des bâtiments avec des commodités novatrices, alors que ce concept n’était pas encore populaire. Nous fêtons cette année les 20 ans de notre entreprise, dont la croissance est due à notre capacité d’innovation.
Pensez-vous être une chasseuse de tendances dans l’immobilier ?
Il est essentiel d’insuffler une âme aux projets, cela crée vraiment un différentiel. Bien que l’immobilier doive respecter certaines normes, la pandémie a modifié notre approche : chacun cherche un lieu qui favorise l’équilibre et la connexion. Ce choix devient primordial. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’offrir de simples commodités ; il faut aussi veiller à la vitalité des espaces créés, pour qu’ils ne restent pas vides, sans vie.
Comment dynamiser ces espaces ?
Il est crucial de saisir ce que les gens recherchent. Ils désirent de l’intimité à domicile, mais veulent aussi des interactions sociales, pouvoir discuter avec un voisin autour d’un café. Avec notre lac comme amenity central, nous proposons également des activités allant du kayak à la planche à pagaie. Cela confère une valeur ajoutée au projet, rendant les appartements plus attractifs et permettant des loyers supérieurs, due à une proposition structurée et durable.
Qu’est-ce qui rend cela durable ?
Il faut répondre aux besoins réels de la société. Beaucoup vivent en solitude, souffrent de dépression et recherchent des communautés. Ici, je croise des personnes fraîchement séparées qui apprécient de partager ces moments avec leurs enfants. Nous nous efforçons de créer une ville axée sur le bien-être, qui va au-delà de simples cours de yoga. Il s’agit de favoriser des habitudes saines : se lever pour marcher, jouer avec ses enfants ou discuter tranquillement.
Quel est le concept de la ville du bien-être ?
Elle s’est naturellement développée autour de notre lac et de ses plages. Le bien-être est un concept intégré, reliant habitudes de vie et connexion à la nature. Nous envisageons même un club social de bien-être qui ouvrira en mai, proposant des installations modernes. C’est une initiative essentielle pour l’expérience que nous souhaitons offrir.
Quel est le potentiel de revalorisation du projet ?
Les unités de nos tours Sky, vendues à 2000 USD/m² il y a une décennie, atteignent désormais près de 4000 USD/m². La même hausse a été observée pour nos appartements Árboris, dont la qualité est bien reconnue.
Que ressentez-vous en visitant aujourd’hui le projet ?
J’ai développé une perception plus reconnaissante et moins critique. Je valorise l’engagement et la passion investis dans ce projet, comme m’ont appris mes parents. Il est important de défendre ce en quoi l’on croit.
Vous considérez-vous comme un workaholic ?
Pas vraiment. J’ai été absorbée par ce besoin de prouver ma valeur, alors que j’ai désormais un objectif plus clair et mûr.
Avez-vous hérité de la passion de votre père ?
Oui, il a toujours été engagé dans son travail sans jamais se plaindre. J’apprends maintenant à apprécier les moments de loisirs, surtout pour transmettre cet équilibre à mes enfants.
Bon à Savoir
- Le concept de l’immobilier wellness s’appuie sur des actifs qui favorisent le bien-être physique et mental des habitants.
- Remeros Beach propose des activités variées telles que kayak et paddleboard pour renforcer la communauté.
- La phase d’aménagement du projet a nécessité des choix audacieux, notamment la création d’un lac en milieu urbain.
- Les valeurs immobilières dans la région témoignent d’un potentiel de revalorisation intéressant.
En réflexion sur ce modèle de développement immobilier, il est essentiel de s’interroger sur comment nos choix d’habitat influencent notre bien-être global. L’architecture, devenue un reflet de nos valeurs et préoccupations contemporaines, soulève une question fondamentale : comment concevoir des espaces qui favorisent non seulement une qualité de vie, mais une vie intégrale, enrichissante et durable ? Le challenge de l’immobilier contemporain n’est donc pas seulement économique, il est profondément humain.