Ne pas jeter de nourriture
Chaque année, presque 90 kg de nourriture par personne en Russie finissent à la poubelle, en grande partie encore consommable. Alexandra Kumpan, directrice exécutive de l’ONG “Foodsharing”, s’emploie à inverser cette tendance depuis 2019. Elle motive des bénévoles à travers la Russie pour apprendre aux citoyens à partager leurs surplus alimentaires.
Le parcours de “Foodsharing” a débuté avec le mouvement “Foodsharing Moscou”, lancé en 2015 par l’activiste Anna Uspenskaia, inspiré par un projet allemand lancé en 2012. En 2019, le projet allemand comptait déjà 5000 partenaires en Allemagne, en Autriche et en Suisse.
Alexandra, diplômée de l’Académie fédérale du commerce extérieur, a rejoint “Foodsharing” juste au moment où elle y menait une étude sur le gaspillage alimentaire. Son implication a permis au mouvement de structurer ses activités et d’attirer des financements, notamment grâce à un prix remporté en 2021 qui a permis d’élargir ses actions.
Actuellement, l’équipe se compose de huit salariés, financés par divers dons d’entreprises et des projets de recherche sur la consommation responsable. Leur travail a permis de sauver 300 tonnes de nourriture par an, multipliant par dix la quantité de nourriture sauvée depuis les débuts de l’ONG.
Économie de foodsharing
Pour Kumpan, le foodsharing s’inscrit dans l’économie collaborative. Elle nous rappelle qu’il est illogique de jeter ce qui a déjà été produit. Cette initiative offre aux personnes et entreprises des solutions pour réduire leur impact environnemental. Selon Katerina Bezsmertnaia, économiste, le foodsharing facilite une aide alimentaire décentralisée, allégeant des charges sociales et environnementales en réduisant le gaspillage.
Le système fonctionne via des plateformes numériques qui relient ceux qui ont des excédents alimentaires à ceux qui en ont besoin. “Foodsharing” se concentre sur le modèle B2C, où les entreprises de restauration et de grande distribution transfèrent directement les produits en fin de vie à des organisations caritatives.
Les partenaires de “Foodsharing” sont des entreprises prêtes à céder leurs surplus alimentaires. La collaboration avec des chaînes telles que “VkusVill” montre que ce modèle, bien qu’économiquement moins rentable pour les entreprises, a une valeur sociale indéniable, permettant à des personnes en difficulté d’accéder à une alimentation nutritive sans frais.
Actuellement, environ 20 000 personnes bénéficient chaque mois de ce système, grâce à l’effort de 500 bénévoles qui s’occupent de la distribution.
Bon à Savoir
- Le Foodsharing commence à gagner du terrain à l’international, avec des pratiques similaires en France et en Allemagne.
- Des recherches montrent que des millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année dans le monde.
- Les bénévoles jouent un rôle essentiel dans cette chaîne, apportant une aide concrète aux personnes en situation de précarité.
- Le foodsharing représente également une opportunité d’engagement citoyen et de création de liens sociaux.
La lutte contre le gaspillage alimentaire pose des questions fondamentales sur notre rapport à la consommation. En redéfinissant notre manière d’aborder l’alimentation, nous pouvons contribuer à une société plus solidaire et durable. Quelle place occupera le foodsharing dans l’économie circulaire de demain ? À quel point nos choix de consommation peuvent-ils transformer des vies ? La réflexion demeure ouverte.