PAPER DE PERSPECTIVES DU BESA CENTER N° 2,353, 9 NOVEMBRE 2025
Résumé Exécutif : Dans un environnement technologique en constante évolution, les systèmes de défense ne peuvent plus se fier uniquement à leur R&D interne. L’innovation ouverte — consistant à collaborer systématiquement avec des start-up, le monde académique et les secteurs technologiques civils — est devenue une nécessité stratégique. Les exemples des États-Unis et d’Israël montrent que divers modèles peuvent servir un objectif commun : tirer parti de l’innovation civile pour maintenir la sécurité nationale et un avantage technologique.
Tout au long du XXe siècle, les établissements de défense nationaux ont été les principaux moteurs de l’avancement technologique. Au XXIe siècle, ce dynamisme a évolué. Les secteurs civils de haute technologie, animés par des géants mondiaux de la technologie, des institutions académiques de pointe et un vaste écosystème entrepreneurial, émergent comme des incubateurs essentiels de technologies de pointe, telles que l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes avancés.
Cela pose un défi majeur pour les systèmes de sécurité nationale. Les technologies critiques pour la guerre de demain sont désormais développées en dehors des établissements de défense, souvent dans des environnements qui n’ont pas d’orientation initiale en matière de sécurité. La question actuelle n’est plus de savoir si les systèmes de défense devraient adopter des stratégies d’innovation ouverte, mais comment et dans quelle mesure.
Au cœur de l’innovation ouverte se trouve l’engagement délibéré d’une organisation avec des sources externes de connaissances, de technologies et d’idées pour compléter et étendre ses capacités internes. Ce n’est pas une simple tendance managériale mais un paradigme stratégique qui nécessite des mécanismes institutionnels, financiers et culturels pour accéder, évaluer et intégrer systématiquement des connaissances et des technologies externes. Les sources civiles comme les start-up, les universités et les entreprises technologiques doivent être considérées non comme des acteurs périphériques, mais comme des acteurs centraux de la défense nationale, particulièrement dans les pays engagés dans des luttes de pouvoir prolongées.
Des pays comme les États-Unis et Israël exploitent déjà largement l’innovation ouverte, chacun à sa manière. Bien que leurs approches diffèrent, ils partagent une révélation stratégique : pour maintenir un avantage technologique, le système de défense doit s’ouvrir délibérément à l’écosystème d’innovation civile. Dans le paysage technologique actuel, aucune organisation, même celle de la défense nationale, ne peut rivaliser avec l’ampleur et la vitesse de l’innovation civile.
Cet écart crée un paradoxe stratégique. D’une part, les stratégies de défense nationale dépendent de plus en plus des capacités émergentes du secteur civil. D’autre part, les institutions de défense sont souvent mal équipées pour identifier et adapter efficacement ces capacités. Pour surmonter ce paradoxe, il est nécessaire de construire des mécanismes structurés, y compris des accélérateurs, des intermédiaires et des modèles de co-financement.
Les États-Unis ont développé un système d’innovation ouverte bien structuré et formalisé, avec plusieurs agences dédiées. À l’inverse, Israël a adopté une approche plus décentralisée et agile, utilisant des réseaux denses pour faciliter les échanges entre le secteur de la défense et l’innovation civile. Ces deux cas illustrent qu’il n’existe pas de modèle unique d’innovation ouverte en matière de défense ; ce qui importe, c’est l’intention stratégique.
Les conditions de succès demeurent constantes, quel que soit le modèle adopté. Les organisations de défense doivent établir des mécanismes permettant d’intégrer l’innovation civile. Cela nécessite une reconnaissance stratégique au sein de l’écosystème de défense, des canaux d’accès institutionnalisés, des modèles de financement adaptés et une évolution des cadres de passation des marchés.
Les technologies civiles redéfinissent rapidement les équilibres de pouvoir mondiaux, et l’innovation ouverte est devenue une nécessité stratégique pour maintenir la pertinence et la compétitivité des systèmes de défense. Les cas des États-Unis et d’Israël démontrent que l’innovation ouverte peut s’adapter à différentes cultures politiques, tout en requérant un investissement à long terme et une volonté stratégique de réformer les institutions.
Bon à Savoir
- Les technologies émergentes jouent un rôle crucial dans le redéploiement des capacités de défense.
- La collaboration entre secteurs civil et militaire nécessite des structures claires et des règles de fonctionnement.
- Les start-up peuvent apporter des solutions innovantes aux enjeux de sécurité nationale.
- Le partage des connaissances entre acteurs civils et militaires est essentiel pour améliorer l’efficacité des systèmes de défense.
En somme, l’interaction entre le secteur civil et les institutions de défense évoque des questions plus larges sur l’évolution de la guerre et de la sécurité. À l’heure où les défis prennent des formes inédites, il est crucial de réexaminer la manière dont ces deux mondes peuvent synergiser pour construire un avenir plus sûr. L’open innovation, loin d’être un simple luxe, s’avère être essentielle pour l’avenir de notre sécurité collective.