Quoi de mieux que de célébrer la Journée Internationale des Femmes, le 8 mars, en mettant en avant le talent entrepreneurial féminin qui émerge en Catalogne? Cette région regorge d’initiatives qui allient innovation, entrepreneuriat et impact sociétal. Le choix des projets à présenter est délicat tant ils sont variés et intéressants dans tous les secteurs économiques. Ainsi, chaque année, plusieurs institutions récompensent les projets les plus remarquables. Cette année, à l’occasion du Mobile World Congress à Barcelone, l’EAE Business School a dévoilé la quatrième édition du classement EAE Top 10 Femmes Entrepreneurs de Catalogne, mettant en lumière le leadership des femmes fondatrices portées par des projets innovants ayant un impact économique et social. MicroBank, quant à elle, a également soutenu plusieurs initiatives d’entrepreneuriat féminin en générant 7 341 emplois et 2 890 nouvelles entreprises dirigées par des femmes en 2025.
La sélection n’a pas été simple. À cet égard, nous avons rencontré quatre figures de l’entrepreneuriat féminin : Carla Maté, Natàlia Pujades, Laura Gispert et Maria Romero. Toutes s’accordent à dire que créer son propre projet est « un défi stimulant, mais ce n’est pas un parcours sans embûches », et insistent sur l’importance de travailler en équipe et au sein d’une communauté d’entrepreneurs. Elles soulignent également que l’entrepreneuriat transcende les genres et les âges.
Carla Maté, directrice générale et cofondatrice de D-Sight, confie que « s’engager dans la première ligne d’un projet à impact social, qui améliore la vie de milliers de personnes, devient un moteur quotidien de motivation et de persévérance face aux défis à relever ».
Un collyre pour prévenir la rétinopathie et le glaucome
D-Sight, une spin-off en phase clinique du Vall d’Hebron Institut de Recerca (VHIR), développe un collyre unique pour un traitement précoce de la rétinopathie diabétique. En parallèle, elle explore son utilisation comme traitement neuroprotecteur pour le glaucome. Carla Maté, titulaire d’un diplôme en Sciences Biomédicales et d’un double MBA en industrie pharmaceutique et transformation numérique, a dirigé des projets de recherche au VHIR avant d’opter pour le leadership de ce nouveau projet en janvier 2023.
Elle a depuis à son actif plusieurs distinctions publiques et dirige actuellement un projet en phase de validation clinique, évaluant l’innocuité d’un traitement sur des volontaires sains. La société envisage de collaborer avec un grand groupe pharmaceutique entre 2027 et 2029 pour accélérer sa commercialisation, avec l’objectif de lancer le produit sur le marché à partir de 2030.
À ses yeux, « démarrer un projet entrepreneurial peut être vertigineux et implique de renoncer à la stabilité d’un emploi fixe, surtout dans le domaine scientifique où l’incertitude est omniprésente ». Toutefois, elle conclut que son expérience est positive.
La programmation, c’est aussi pour les filles
Natàlia Pujades, directrice générale et cofondatrice de MochiCard, est également très satisfaite de son parcours. Son projet, déjà en croissance positive, propose un kit éducatif innovant pour initier les jeunes de 6 à 16 ans à la programmation et à l’électronique par la pratique. Ce produit sera bientôt disponible sur Amazon Prime.
En alliant programmation visuelle et matériel physique, les élèves voient concrètement l’application de leur code. Ce qui est particulièrement marquant en ce 8 mars, c’est que cela constitue un excellent moyen d’encourager les filles à s’intéresser aux STEM et à la robotique.
Avec dix années d’expérience, Pujades affirme que sa société est déjà rentable, ajoutant que les femmes ont souvent une approche pragmatique des affaires. En combinant intuition et diligence, elles n’engagent des fonds que lorsque les projets sont bien validés.
MochiCard est né de la conviction que la programmation doit être ludique et accessible, et s’est rapidement établi comme un acteur clé dans l’enseignement de ces compétences, créant au passage un dispositif novateur. Natàlia Pujades se forme même au chinois pour développer davantage son produit à l’international.
Le métier de modiste
Maria Romero, modiste ayant récemment ouvert une boutique à Gérone, a capitalisé sur ses années d’expérience dans le secteur. Grâce à un microcrédit de MicroBank, elle a lancé Sombreros Sinclair et est devenue le principal point de vente de chapeaux dans la région, où elle assure un service personnalisé.
Maria connaît son métier sur le bout des doigts et bien que la production sur mesure soit difficile, elle s’assure de la qualité en ajustant chaque chapeau. Pour elle, un chapeau n’est pas qu’un accessoire ; c’est une extension de la personnalité de celui qui le porte.
Elle mise sur le savoir-faire local, se procurant des matériaux de la meilleure qualité, notamment de fabricants espagnols de renom, mais collabore également avec des maisons en Italie et en Belgique pour d’autres collections.
Sa clientèle est hétéroclite, allant du touriste au résident, avec des prix allant de 25 à 100 euros. Elle considère son investissement initial de 30 000 euros comme justifié et se montre reconnaissante envers ceux qui l’ont aidée à établir cet espace commercial dans l’un des meilleurs emplacements de la ville.
Les couverts comestibles
Laura Gispert, quant à elle, a investi environ 350 000 euros dans le développement de sa start-up Voilà Bio, spécialisée dans la création de couverts comestibles. Ce produit, qui allie praticité et respect de l’environnement, est conçu à partir d’une recette similaire à celle des biscuits, mais offrant une résistance accrue à la chaleur et aux liquides.
Déjà en vente en ligne, les couverts sont distribués auprès de nombreux établissements, tels que la chaîne Manolo Bakes, qui a intégré ce produit à son offre.
Laura estime qu’il est essentiel que le produit devienne plus connu afin de capter un marché plus large, tout en poursuivant une croissance rentable. Elle se heurte cependant encore à des défis de format pour la vente au détail domestique.
Produits localement en Catalogne, ces couverts sont soutenus par des chefs et experts gastronomiques qui lui ont permis de perfectionner la recette. Actuellement, elle explore des opportunités sur le marché britannique.
Bon à Savoir
- Le soutien à l’entrepreneuriat féminin est en constante augmentation en Catalogne.
- De nombreuses femmes leaders dans l’entrepreneuriat partagent des ressources et conseils parmi elles.
- Le développement de produits innovants est essentiel pour l’impact social et environnemental.
- Les projets culturels et éducatifs favorisent la sensibilisation des jeunes aux métiers techniques.
- Construire une entreprise implique souvent des choix difficiles et un engagement financier important.
À une époque où l’innovation et la solidarité prennent de plus en plus d’importance dans le monde des affaires, il est essentiel de réfléchir à la manière dont ces initiatives peuvent transformer non seulement les carrières individuelles, mais également les communautés dans leur ensemble. L’interaction entre le développement économique et l’inclusion sociale soulève des questions sur le modèle économique que nous souhaitons promouvoir. La collaboration, l’engagement communautaire et la valorisation des talents diversifiés est sans doute la clé pour créer un avenir durable.