“Notre région possède un immense potentiel de production, mais requiert de l’innovation pour garantir que les aliments atteignent un plus grand nombre de personnes de manière durable”, a récemment déclaré Juan Negro, directeur d’Eatable Adventures pour le Cono Sur.
Cette annonce a eu lieu lors de la présentation du Programme d’Accélération FoodRise, soutenu par BID Lab, le bras d’innovation et de capital-risque de la Banque Interaméricaine de Développement. Ce programme a sélectionné les startups foodtech argentines les plus innovantes pour les aider à développer leurs solutions.
Pour qu’une startup biotechnologique puisse progresser, ce soutien devient presque aussi crucial que le temps. “L’année dernière, notre plus grand défi a été le manque de ressources financières pour valider une technologie qui n’avait été testée qu’à une échelle de laboratoire”, a confié Gabriela Pagnussat, fondatrice de ThermoReLeaf, spécialisée dans le développement de semences non-transgéniques résistantes à la chaleur.
Pour elle, le besoin de financement revêt également une autre signification : celui de créer un pont vers l’industrie, afin de sortir du cadre protégé de la recherche pour pénétrer un monde plus incertain, celui de l’application.
ThermoReLeaf a vu le jour il y a 12 ans, lorsque Pagnussat, avec son équipe de recherche, a découvert un mécanisme qu’ils ont nommé “ferroptose”. “C’est un processus de mort cellulaire dépendant du fer, déclenché spécifiquement par la chaleur, publié en 2017 dans le Journal of Cell Biology”, a expliqué Pagnussat, récipiendaire du Prix L’Oréal-UNESCO 2025 “Pour les femmes dans la science”.
Au fil des ans, elles ont réalisé de nombreuses études pour identifier les gènes impliqués dans ce processus, les biomolécules concernées et les événements cellulaires survenant lors de la détection de la chaleur. Un moment décisif a été la découverte qu’il ne s’agissait pas d’une erreur de microscope : il était en effet possible d’arrêter la mort cellulaire de plantes exposées à 55 degrés. Cette certitude, d’abord fragile, est devenue la pierre angulaire des stratégies biotechnologiques de la startup.
Son objectif est de créer des semences non-transgéniques résistantes à la chaleur, qui peuvent être traitées comme des semences conventionnelles dans le monde entier. Pour les pays où des restrictions réglementaires sont en place, un formulé à base de biomolécules d’origine végétale a été élaboré, permettant de garantir des rendements élevés même en conditions de stress thermique.
Pagnussat estime que ces deux solutions pourraient potentiellement améliorer le rendement jusqu’à 100 % en cas de chaleur, et ce, sans modifier les pratiques agricoles actuelles. Bien que le produit soit encore à l’essai dans des serres sur des cultures de soja, de blé, de riz et de tomate, elle est confiante que les technologies de ThermoReLeaf peuvent être appliquées à toute espèce dans des régions affectées par des vagues de chaleur.
La startup est encore en phase pré-commerciale, en train de valider sa solution, avec pour ambition de créer un modèle économique basé sur la licence de sa technologie aux producteurs de semences et entreprises biotechnologiques. Pagnussat considère ThermoReLeaf comme une entreprise capable d’impacter les rendements agricoles, tant en Argentine qu’ailleurs, tout en évitant la déforestation et la perte d’emplois.
Bon à Savoir
- Le Programme d’Accélération FoodRise soutient les innovations dans le secteur alimentaire en Argentine.
- ThermoReLeaf se base sur des recherches avancées pour développer des semences résistantes à la chaleur.
- Le projet de Pagnussat ambitionne de valider une solution dans les 18 mois, touchant trois espèces.
- La recherche en biotechnologie joue un rôle clé dans l’adaptation aux changements climatiques.
- Les financements sont cruciaux pour la transition des technologies de recherche vers le marché.
En conclusion, l’innovation dans le secteur agroalimentaire doit s’accompagner d’une réflexion sur les implications environnementales et sociétales des découvertes scientifiques. À mesure que la technologie avance, la responsabilité éthique des entreprises, ainsi que leur capacité à répondre aux défis globaux, devient un enjeu central pour l’avenir de notre planète. Comment garantir une agriculture durable, tout en poursuivant la recherche et l’innovation qui permettront d’assurer la sécurité alimentaire mondiale ?