Le coût environnemental des datacentres explose : faut-il abandonner l'IA ?
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Depuis quelques années, l’essor de l’intelligence artificielle (IA) a entraîné une explosion du nombre de centres de données, augmentant ainsi les coûts environnementaux. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, la demande énergétique des centres de données progresse quatre fois plus vite que celle des autres secteurs et pourrait dépasser la consommation électrique du Japon d’ici 2030.

En Australie, l’opérateur du marché de l’énergie prévoit un triplement de la demande énergétique des centres de données d’ici cinq ans, dépassant même la consommation électrique des véhicules électriques d’ici 2030. Les autorités craignent également une pression importante sur les ressources en eau potable.

Alors que le mouvement QuitGPT, une contestation de l’IA à cause de son utilisation dans la surveillance et les armes, prend de l’ampleur, il est légitime de se demander si les préoccupations écologiques liées à l’IA devraient inciter les individus à s’en détourner.

Quelle est l’empreinte écologique de l’IA ?

Les évaluations varient, mais la plupart des études indiquent que les modèles d’IA générative consomment beaucoup plus d’énergie que les méthodes informatiques traditionnelles. Certaines estimations évoquent une consommation cinq fois supérieure, d’autres un chiffre encore plus élevé, en fonction du modèle ou du type de requête.

La professeure Jeannie Paterson, co-directrice du Centre pour l’éthique numérique et l’IA de l’Université de Melbourne, souligne que le manque de transparence des entreprises technologiques sur les impacts énergétiques, en eau et en émissions de l’IA et des centres de données est problématique. “Il est clair que former des modèles et gérer des centres de données nécessite une grande quantité d’énergie”, explique-t-elle.

Ketan Joshi, analyste du climat, fait remarquer que les logiciels consommateurs d’IA sont particulièrement inefficaces sur le plan énergétique, en raison des vastes ensembles de données et de la pression computationnelle qu’ils engendrent.

Interroger un chatbot consomme beaucoup plus d’énergie qu’une simple recherche en ligne, comparable à conduire un SUV pour faire des courses au lieu de prendre son vélo. “C’est l’accumulation de ces comportements qui pose problème”, observe-t-il.

Une étude indique que l’empreinte carbone de l’IA pourrait atteindre entre 32,6 et 79,7 millions de tonnes de CO2 d’ici 2025, avec une consommation d’eau comparable à celle de l’industrie de l’eau en bouteille.

En Australie, l’expansion des centres de données pour le traitement des données liées à l’IA pourrait freiner la transition énergétique et augmenter les émissions et les coûts énergétiques pour les consommateurs.

L’intelligence artificielle est omniprésente. Peut-on vraiment s’en passer ?

Les outils d’IA se retrouvent dans les logiciels professionnels et éducatifs, ainsi que dans les chatbots des banques et des administrations locales. L’IA générative est même intégrée dans les caisses automatiques des supermarchés et dans la reconnaissance faciale.

La professeure Paterson note que cette technologie devient de plus en plus omniprésente, rendant son évitement difficile. Pourtant, une voix se fait entendre : celle qui plaide pour un retour à des choix plus durables.

Il existe plusieurs moyens d’atténuer son utilisation, comme éteindre les lumières ou économiser de l’énergie. Les utilisateurs peuvent également opter pour des recherches excluant les résultats provenant de l’IA ou éviter les tâches gourmandes en énergie telles que les prompts de texte à vidéo.

La lutte pour réduire la dépendance à l’IA peut être perçue comme un acte significatif de résistance et de dénonciation d’une industrie nuisible.

Les impacts des centres de données sur les communautés locales

Les centres de données, qui se multiplient rapidement, sont le symbole physique de l’essor de l’IA. De nombreuses voix s’élèvent pour demander à ce secteur d’assumer ses responsabilités environnementales. Une coalition de groupes environnementaux en Australie a proposé des “principes d’intérêt public” pour les centres de données, appelant à des investissements dans les énergies renouvelables et à une utilisation raisonnée de l’eau.

Selon Adam Bandt, directeur général de l’Australian Conservation Foundation, toute expansion de centres de données devrait s’accompagner d’initiatives de durabilité. Cela inclut la construction de centres de production d’énergie renouvelable et des systèmes de recyclage de l’eau.

Les centres de données n’ont pas seulement des impacts sur l’énergie, l’eau et les émissions, mais peuvent également perturber les communautés environnantes. Les installations, souvent de grande taille, génèrent du bruit et de la lumière continus, ce qui peut affecter la qualité de vie. Certaines communautés s’organisent et militent contre l’implantation de ces gigantesques infrastructures.

Dr Bronwyn Cumbo, chercheuse en sciences sociales, affirme qu’il est crucial d’engager le dialogue sur les relations entre l’IA et l’environnement, en prenant en compte les implications sociales et économiques. La sensibilisation des communautés permet de poser des questions pertinentes sur l’intégration de l’IA dans nos vies.

Bon à Savoir

  • Les centres de données consomment environ 4 % de l’électricité mondiale, et leur part pourrait atteindre 8 % d’ici 2030.
  • Les modèles d’IA générative sont particulièrement énergivores en raison de l’apprentissage nécessaire pour fonctionner correctement.
  • Des alternatives existent pour réduire la consommation électrique, telles que l’optimisation des algorithmes ou le passage à des serveurs moins énergivores.
  • Les organisations peuvent adopter des politiques plus durables en matière de technologie, en préférant des sources d’énergie renouvelable pour alimenter leurs centres de données.

La question de l’intégration de l’IA dans notre quotidien soulève des considérations profondes. À une époque où la technologie prend de plus en plus de place dans nos vies, il est essentiel de réfléchir à son impact et de considérer comment nous pouvons façonner cette évolution. L’équilibre entre innovation et responsabilité environnementale pourrait définir les prochaines décennies. Ne serait-il pas temps de redéfinir notre rapport à la technologie pour un avenir durable ?



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