Sanctions : le business russe hésite à s'installer en Crimée, pourquoi ?
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Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, les pays occidentaux ont renforcé leurs sanctions à l’encontre de Moscou. Les autorités de la Crimée ont envisagé cela comme une opportunité pour l’annexion de la péninsule, espérant l’arrivée de grandes entreprises russes qui, selon elles, n’auraient « plus rien à perdre ». Après quatre ans de conflit, la diversité des marques russes a effectivement augmenté en Crimée, mais qu’en est-il réellement ?

En 2023, le chef de la Crimée, Sergueï Aksénov, était convaincu que « la plupart des entrepreneurs russes ne douteraient plus » de la viabilité de faire des affaires en Crimée, affirmant que « toutes les sanctions possibles avaient déjà été imposées ». Cependant, cette anticipation ne s’est concrétisée que partiellement. Certaines entreprises russes ont effectivement fait leur entrée dans la région, mais le gros du tissu économique reste sur la touche.

« Nous avons des solutions »

Les premières institutions à revenir en Crimée lors de l’invasion ont été des banques russes, qui avaient évité la région depuis 2014. Des agences du « Sberbank » ont ainsi vu le jour dans différentes zones de la péninsule, suite aux nouvelles sanctions européennes et américaines imposées en 2022.

En parallèle, d’autres établissements bancaires, également touchés par les sanctions internationales, ont commencé à servir la Crimée, comme le « VTB », qui exploite la banque RNCB, sous sanctions depuis 2014.

Le secteur pharmaceutique a également élargi sa présence, avec des pharmacies de marques russes telles que « Avril », « Rihla » et « Zdravcity ». Par ailleurs, des services de livraison comme Boxberry, Ozon et Wildberries sont désormais accessibles, bien que leur fonctionnement soit entaché d’opacité.

« Peu de gens savent comment fonctionnent les sanctions en Crimée. Nous n’avons pas d’« Ozon » (service de vente en ligne russe). Il existe un point de retrait non identifié, mais il est évident qu’il s’agit d’« Ozon ». Il n’y a pas de commandes possibles depuis AliExpress, mais il y a bien sûr des solutions que nous utilisons », explique Alexandrova, un blogueur russe vivant en Crimée.

« Un Russe découvrant qu’il est à l’étranger »

À la suite de l’invasion, les autorités russes ont promis la fin du « roaming national » imposé par les opérateurs mobiles en Crimée, qui persistait depuis 2014. Néanmoins, les habitants continuent de se plaindre de la qualité des services. À Sébastopol, des allégations de « discrimination » envers les Criméens par des opérateurs tels que MTS, Beeline et Megafon sont fréquentes.

« Le service fédéral antimonopole a déjà averti MTS, Beeline et Megafon de l’obligation d’abolir les frais supplémentaires pour les abonnés en Crimée. Toutefois, cet avertissement a été ignoré. Un Russe se rendant à Sébastopol réalise rapidement qu’il a quitté le pays. Cela nuit à l’unité et au moral des Criméens », observe un média local.

Malgré des pressions politiques, les opérateurs n’ont pas encore mis fin au roaming en 2023, selon des sources locales. En outre, après une décennie d’actions, aucune représentation des opérateurs mobiles russes ne s’est établie dans la région.

« Pas d’avenir pour les détaillants en Crimée »

Les experts prévoyaient l’arrivée de grandes enseignes comme « Pyaterochka » et « Magnit » en Crimée, mais cela ne s’est pas réalisé. Seule la chaîne de magasins « Assorti » a pénétré le marché en 2014, mais elle a rapidement fermé ses portes à partir de 2019.

Le marché est perçu comme non viable par les grandes entreprises, en raison de la complexe logistique et des revenus modestes. « La demande est saisonnière : l’été, l’activité est intense, tandis qu’elle s’effondre en hiver », explique Andrey Vershitskiy, professeur d’économie à l’Université de Crimée.

« Consommons les produits locaux ou laissons passer les autres »

Les espoirs de voir de nouveaux détaillants s’implanter persistent, mais rien n’est certain. Des discussions autour de l’arrivée de chaînes alimentaires comme « Pyaterochka » et « Magnit » ont suscité l’intérêt, mais l’établissement de ces enseignes reste flou.

« Actuellement, le marché crie son besoin de produits frais, mais la direction reste floue. Oui, des rumeurs existent, mais aucune décision concrète n’a été prise », indique Irina Frolova, membre du gouvernement de Crimée.

Les autorités continuent de minimiser l’urgence de l’arrivée d’entreprises car, selon elles, le marché local est déjà suffisant. « Nous devons être conscients que de nombreux détaillants ne travaillent pas avec les producteurs locaux. Si des produits non-crémiens affluent, cela pourrait nuire à nos producteurs », prévient Sergueï Diuik, président de la chambre de commerce de Crimée.

Les produits locaux, bien que précédemment prisés, sont désormais inaccessibles en raison de leur prix. De récents rapports indiquent que la Crimée est parmi les régions russes les plus touchées sur le plan économique.

En 2024, 11,4 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté.

Bien que les autorités de Crimée déclarent une croissance économique, leur discours est contradictoire. Alors qu’ils affirment que la région « progresse malgré les sanctions », ils appellent également à la levée de ces mêmes sanctions qui semblent étouffer leur économie.

Bon à Savoir

  • La diversité des marques en Crimée a changé depuis l’annexion, mais certains secteurs restent sous-représentés.
  • Les services de livraison sont semés d’embûches, ce qui complique l’accès aux produits extérieurs.
  • Les assurances données par les opérateurs mobiles sur l’abrogation du roaming restent sans effet pour les consommateurs.
  • Le marché de détail souffre d’une logistique compliquée, limitant les perspectives de croissance pour les géants du secteur.
  • Les autorités locales tentent de rassurer sur la viabilité des entreprises, mais les résultats sont mitigés.

Dans un contexte incertain, il est crucial de se poser des questions sur ce que nous entendons par développement économique. Sommes-nous en train de bâtir des fondations solides pour un avenir prospère, ou héritons-nous de défis que les générations futures devront surmonter ? L’interaction entre marché local et pression économique souligne la complexité de la situation et appelle à une réflexion sur la durabilité de tels choix. Une discussion ouverte et critique paraît désormais essentielle pour essayer de saisir l’avenir de la Crimée dans un environnement en constante évolution.



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