Au cours des vingt dernières années, le nombre de vols domestiques au Royaume-Uni a été réduit de plus de moitié, tandis que les voyages aériens à l’échelle mondiale continuent d’augmenter.
Ce mois-ci, une autre compagnie aérienne régionale britannique, Eastern Airways, a officiellement été placée sous administration, témoignant ainsi de notre désintérêt croissant pour les vols internes.
En 2025, 213 025 vols britanniques étaient programmés, contre un pic de 454 375 en 2006, selon des recherches menées par le cabinet d’analyse aéronautique Cirium. Cela représente une diminution de plus de 240 000 vols, soit une réduction moyenne quotidienne de 661 vols à travers le pays.
Fait surprenant, le coût ne semble pas être un facteur décisif pour les clients qui préfèrent la voiture, le bus ou le train, les tarifs étant restés à peu près stables. Un vol pré-réservé de London à Edimbourg coûtait en moyenne entre 50 et 100 £ il y a 20 ans (ajusté à l’inflation), comparé à des tarifs se situant aujourd’hui autour de 40 à 70 £.
Quels facteurs expliquent cette tendance ?
Un ensemble de facteurs, notamment l’amélioration des services ferroviaires, l’augmentation de la taxe d’Air Passenger Duty, les préoccupations environnementales liées aux vols, et l’évolution des modes de travail – surtout depuis la pandémie – ont tous contribué à ce déclin.
Jeremy Bowen, PDG de Cirium, a déclaré que les résultats mettaient en lumière un “changement stupéfiant dans nos habitudes de voyage à travers le Royaume-Uni”. “Les compagnies aériennes ont réagi en réduisant leurs services internes et en priorisant les destinations plus prisées telles que l’Espagne, la France et l’Italie”, a-t-il ajouté.
Il y a vingt ans, le ciel britannique était animé par des liaisons domestiques courtes. British Airways et British Midland (bmi) assuraient les liaisons entre Londres et les régions, tandis que les avions violets de Flybe reliaient des villes comme Exeter, Leeds, Norwich et Southampton.
Dresser le bilan
La baisse de la demande a eu des répercussions sévères. Flybe, autrefois la plus grande compagnie aérienne régionale d’Europe, a connu deux faillites ; bmi et sa branche à bas coûts, bmibaby, ne sont plus. Plusieurs aéroports britanniques, tels que Doncaster Sheffield en 2022, Blackpool en 2014 et Plymouth en 2011, ont dû fermer leurs opérations commerciales.
Par ailleurs, les compagnies aériennes se concentrent désormais sur des profits plus élevés provenant de services court-courriers au-delà du Royaume-Uni.
Selon l’expert en aviation Gavin Eccles, des transporteurs à bas coûts clés, tels qu’easyJet et Ryanair, “ont commandé des avions plus gros, leur permettant de voler sur des secteurs plus longs”. “Ils doivent desservir des routes offrant principalement des options accessoire [bagages, sièges] et le secteur domestique étant plutôt axé sur le déplacement, il y a moins d’opportunités pour générer des revenus supplémentaires”, a-t-il expliqué.
De fait, de nombreux aéroports survivants, comme Southampton, Norwich et Exeter, dépendent désormais principalement des vols saisonniers. Les vols domestiques se limitent à des liaisons vers des hubs à long courrier comme Heathrow, Amsterdam et Dublin, ainsi que des services dits « vitaux » vers des régions éloignées, principalement en Écosse et en Irlande du Nord.
Les compagnies ferroviaires en bénéficient, avec une augmentation du nombre de voyages passagers passant d’environ 1,08 milliard en 2005/06 à 1,73 milliard en 2024/25, représentant une hausse d’environ 60 %, selon les données de l’Office of Rail and Road.
Bon à Savoir
- La transition vers les transports terrestres est favorisée par une amélioration significative des services de train, rendant les trajets plus attractifs.
- La taxe sur les passagers aériens a considérablement augmenté, ce qui influence les choix de voyage.
- Avec l’essor du télétravail, les habitudes de déplacement ont évolué, réduisant la nécessité de vols internes.
- Des compagnies comme Ryanair et easyJet adaptent leur flotte pour des vols long-courriers, amplifiant le désintérêt pour les liaisons domestiques.
- Les aéroports comme Southampton et Norwich se transforment pour se spécialiser dans les vols saisonniers de loisirs.
Cette réduction des vols internes soulève des questions sur l’avenir des voyages aériens domestiques, notamment en termes de durabilité et de connectivité. Face à des préoccupations environnementales croissantes et des besoins changeants, il est essentiel de repenser notre approche des transports aériens. Quelles alternatives pouvons-nous envisager pour concilier mobilité et respect de l’environnement ? Ce débat est plus pertinent que jamais dans nos sociétés modernes où l’interconnexion est une nécessité.