Le système d’indemnisation du chômage en Corée : défis et enjeux
De nombreux pays sont confrontés à des défis croissants pour maintenir une main-d’œuvre dynamique, notamment pour les travailleurs ayant subi plusieurs licenciements ou autres problèmes d’emploi. La Corée du Sud ne fait pas exception à cette règle.
Depuis 1995, le pays dispose d’un système d’indemnisation du chômage qui offre jusqu’à 60 % du salaire moyen d’un travailleur basé sur ses trois derniers mois d’emploi. Ce système fournit un soutien financier temporaire tout en facilitant le retour dans le monde du travail.
Pour Choi, un homme de 33 ans, ces allocations sont arrivées à un moment crucial. Après que son employeur ait retardé le paiement de ses salaires pendant plusieurs mois, il a décidé de quitter son poste et de chercher d’autres opportunités. Pendant cette période, les indemnités de chômage se sont révélées essentielles, lui offrant environ 2 millions de wons (1 378 dollars) par mois pendant six mois.
« Les indemnités m’ont permis de prendre le temps de me préparer soigneusement pour ma prochaine étape », a-t-il déclaré.
Cependant, le coût de ce filet de sécurité augmente. Les versements atteignent des niveaux record alors que la Corée fait face à un marché de l’emploi atone, aggravé par une crise économique prolongée et une population vieillissante.
En septembre, le montant total des prestations de chômage a atteint environ 1,1 trillion de wons, en hausse de 10,9 % par rapport à l’année précédente, selon le ministère de l’Emploi et du Travail. C’est la huitième fois consécutive que les paiements mensuels dépassent 1 trillion de wons, un record inégalé depuis le début de l’année.
Le Korea Development Institute a souligné dans un rapport que la diminution du nombre d’emplois de qualité et la polarisation du marché du travail pèsent lourdement sur la dynamique de l’emploi.
Système sous haute surveillance
Le gouvernement augmente les dépenses en matière de protection sociale pour stimuler l’emploi. Cependant, certains critiques affirment que ce système alimente involontairement une dépendance et accroît les inégalités, des préoccupations qui suscitent un intérêt croissant ces derniers mois.
« Des allocations de chômage généreuses apportent une stabilité financière aux chercheurs d’emploi, mais elles comportent également le risque d’encourager des comportements opportunistes », a constaté le Pi-Touch Institute dans un rapport de mars.
Ce think tank a également noté que cette année, le montant minimum mensuel des allocations de chômage s’élève à 1,89 million de wons, ce qui dépasse le salaire net d’un travailleur à temps plein rémunéré au salaire minimum, qui gagne 1,84 million de wons pour 209 heures de travail par mois.
« Ce retournement de situation, où les chômeurs reçoivent plus que les travailleurs à temps plein au salaire minimum, est à la fois inhabituel et préoccupant. La Corée est le seul pays de l’OCDE à connaître une telle distorsion », a-t-il ajouté.
De plus, il n’y a pas de limite sur les demandes répétées, tant que le demandeur a au moins 180 jours de couverture d’assurance emploi au cours des 18 derniers mois.
Le nombre de bénéficiaires récidivistes — ceux qui ont demandé des prestations trois fois ou plus en cinq ans — est passé de 100 491 en 2021 à 112 823 en 2024. Cette situation suscite des critiques publiques et des fraudes.
En septembre, des bénéficiaires de Daejeon ont été surpris en train de partir en vacances à l’étranger tout en prétendant activer des recherches d’emploi en Corée. Des plateformes en ligne comme YouTube partagent des astuces sur la manière de quitter rapidement un emploi tout en restant éligible aux aides.
En août, les fraudes ont totalisé 23 milliards de wons dans 17 246 cas, avec seulement 66,3 % des fonds récupérés. La valeur totale de ces demandes frauduleuses ne cesse d’augmenter, passant de 28,2 milliards de wons en 2021 à 32,2 milliards cette année.
D’autres économies avancées appliquent des règles plus strictes pour prévenir de tels incidents, imposant des exigences de travail plus longues et des pénalités plus sévères en cas de fraude. La Corée pourrait devoir envisager de mécanismes similaires afin d’équilibrer les protections des travailleurs et la viabilité fiscale.
« Avec un taux d’acceptation des demandes d’indemnisation atteignant 99,7 %, le système est structuré de manière à ce que presque toute personne qui postule soit considérée comme éligible », a affirmé la Fédération des entreprises de Corée.
« Des réformes sont nécessaires, comme la réduction du niveau d’indemnité minimale excessivement élevé et la diminution des versements pour les récidivistes, afin d’établir un cadre plus rationnel et incitatif », a-t-elle ajouté, suggérant d’étendre la période de référence de 18 à 24 mois et la période de contribution requise de 180 jours à 12 mois.
Bon à Savoir
- Le système d’indemnisation du chômage en Corée a été mis en place pour soutenir financièrement les chômeurs en période de transition.
- La durée maximale d’indemnisation est de six mois, pour un montant qui repose sur les antécédents salariaux.
- Un débat croissant sur l’impact des indemnités sur le comportement des demandeurs a émergé, avec des inquiétudes sur la fraude.
- Des pratiques similaires dans d’autres pays pourraient offrir des exemples utiles de régulation.
- Le système est souvent vu comme un filet de sécurité, mais certaines voix s’élèvent pour avertir des risques d’abus de ce mécanisme.
La question de la balance entre protection sociale et incitation à l’emploi soulève des enjeux fondamentaux pour la société. Comment établir un cadre qui soutienne ceux dans le besoin tout en limitant les abus ? Ce dilemme incite à une réflexion approfondie sur nos valeurs collectives, la responsabilité individuelle et le rôle des institutions dans la promotion d’une économie saine et équilibrée.