La réorganisation de l’économie mondiale est nécessaire pour qu’elle serve les citoyens ordinaires et non les exigences souvent futiles des ultra-riches, selon un responsable de l’ONU. Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, affirme que les politiques doivent cesser de privilégier une croissance qui nuit à la société et à l’environnement, et qui ne sert qu’à accroître les bénéfices des plus riches.
Pour répondre aux crises interconnectées de l’inégalité croissante, de l’effondrement écologique et du retour des mouvements d’extrême droite, une nouvelle agenda économique est indispensable. “Les ressources limitées que nous avons devraient être consacrées aux besoins fondamentaux des personnes pauvres et à la création de valeurs sociétales, plutôt qu’à satisfaire des désirs futiles”, déclare De Schutter.
Il critique une économie qui utilise ses ressources pour construire des demeures luxueuses au détriment de logements sociaux, ou pour produire des voitures puissantes plutôt que des transports publics, qualifiant cette approche d'”extrêmement inefficace”.
De Schutter prévoit de publier en avril une “feuille de route pour éradiquer la pauvreté au-delà de la croissance”, fruit d’une coalition informelle composée d’agences de l’ONU, d’universitaires, de la société civile et de syndicats. Cette feuille de route vise à élargir les options politiques disponibles pour les gouvernements et les agences de développement dans leur lutte contre la pauvreté.
Parmi les propositions, on trouve un revenu de base universel, des garanties d’emploi, l’annulation de dettes et une taxe sur les grandes fortunes. De Schutter précise que cette feuille de route coïncidera avec deux autres initiatives, l’une initiée par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, visant à remplacer le PIB comme principal indicateur du succès économique, et l’autre un rapport d’un panel du G20 d’experts aguerris sur l’inégalité mondiale, dirigé par l’économiste Joseph Stiglitz.
Selon De Schutter, bien que de nombreux membres de l’ONU reconnaissent depuis des années l’importance de dépasser la croissance, leur mandature leur permet souvent de ne pas l’exprimer de manière politique au plus haut niveau.
De Schutter appelle à la création d’un organe permanent de l’ONU pour superviser la lutte contre l’inégalité, comparant son fonctionnement à celui du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), établi en 1988.
Enfin, il souligne que les pays en développement, souvent piégés dans un modèle économique destructeur, doivent orienter leur croissance vers la demande intérieure plutôt que les exigences des marchés globaux, afin d’améliorer les conditions de vie de leur population.
Bon à Savoir
- Olivier De Schutter a été nommé rapporteur spécial en 2020 et a depuis visité de nombreux pays en développement.
- Une taxation ciblée peut contribuer à financer les services publics sans recourir à une croissance indiscriminée.
- La feuille de route en cours d’élaboration met l’accent sur des solutions allant au-delà de la simple croissance économique.
- De nouveaux paradigmes économiques sont en discussion pour favoriser un développement durable et équitable.
À l’aube de ces réflexions, il apparaît crucial de considérer à quel point une transformation économique peut influencer notre société. Ce débat soulève des questions fondamentales sur la justice sociale et sur la manière dont nous souhaitons imaginer notre avenir collectif, promouvant un équilibre entre la durabilité économique et les véritables besoins des populations. Le défi qui se présente à nous est de repenser les fondements sur lesquels repose notre prospérité, pour éviter que les forces populistes d’extrême droite n’en profitent dans un contexte de mécontentement croissant.