Le gouvernement russe a récemment pris des décisions difficiles concernant l’augmentation des impôts, alors que ses réserves financières sont épuisées. Selon des déclarations de Vladimir Kolychev, vice-ministre des Finances, lors de la conférence « Priorités de développement socio-économique » en Russie, le budget a vu sa part de dépenses passer de 16,6 % du PIB à 19,7 % en six ans, en grande partie à cause des dépenses militaires, qui représentent désormais 30 % du budget, un niveau inédit depuis l’ère soviétique.
En parallèle, les revenus, quant à eux, ont diminué par rapport à la taille de l’économie, passant de 18,4 % à 17,1 % du PIB. Kolychev a expliqué que cette baisse concerne principalement les recettes issues des secteurs pétrolier et gazier, tandis que les revenus non pétroliers sont restés relativement stables. Le fossé se creuse ainsi depuis six ans.
Selon Kolychev, toutes les réserves du système financier public ont été mobilisées : revenus pétroliers, fonds national de bien-être, restes budgétaires, et augmentation des emprunts gouvernementaux ont été mise en œuvre, sans toucher aux conditions fiscales de base.
Cependant, il a souligné qu’à l’heure actuelle, ces réserves avaient été majoritairement utilisées. Ainsi, des décisions à long terme ont été adoptées pour ajuster les conditions fiscales de base.
À partir de l’année prochaine, le taux de TVA en Russie augmentera jusqu’à 22 %, générant un revenu supplémentaire de 1,2 trillion de roubles pour le budget. En parallèle, de nouvelles taxes sur les petites entreprises verront le jour, avec une réduction du seuil du système fiscal simplifié de 60 à 20 millions de roubles, puis à 10 millions. Des amendes et des taxes seront également considérablement augmentées, et un “redevance technologique” sera introduite sur les smartphones, ordinateurs portables et autres appareils, avec un objectif de 200 milliards de roubles dans les trois prochaines années.
Kolychev a précisé que toutes ces mesures fiscales prises au cours des dernières années ne sont pas simples, mais qu’elles visent à renforcer la stabilité des finances publiques, ce qui représente une approche responsable de la part du gouvernement.
En 2025, le gouvernement avait déjà augmenté l’impôt sur les sociétés et les taxes sur les véhicules, mis en place une échelle progressiste pour l’impôt sur le revenu, visant à rassembler 3,6 trillions de roubles en un an tout en réduisant le déficit budgétaire à 1,2 trillion de roubles (0,5 %). Toutefois, selon les récents calculs du ministère des Finances, le déficit pourrait atteindre 5,7 trillions de roubles d’ici la fin de l’année, alors que les revenus pétroliers ont chuté de 20 %, et que les prévisions pour les principaux impôts non pétroliers ont échoué. Les ajustements budgétaires révèlent une collecte de TVA inférieure de 1,3 trillion de roubles aux prévisions, ainsi que des lacunes concernant les droits d’importation et les accises.
La Russie pourrait bien se retrouver piégée dans une spirale fiscale, où l’augmentation des impôts ne génère finalement pas les recettes escomptées, comme l’explique Sofya Donets, économiste en chef chez « T-Investissements ». Elle souligne que si la situation actuelle de l’économie n’est pas des plus enviables, une nouvelle hausse des taxes pourrait encore aggraver les choses, limitant la base imposable et poussant le gouvernement à de nouvelles augmentations fiscales.
Bon à Savoir
- L’augmentation de la TVA sera mise en œuvre dès l’année prochaine, un changement qui peut affecter de nombreux secteurs économiques.
- Les petites entreprises devront s’adapter à des seuils de taxation réduits, ce qui pourrait contraindre certaines à repenser leur modèle économique.
- La redevance technologique impactera directement les consommateurs, qui devront s’acquitter de coûts supplémentaires pour l’achat de nouveaux appareils.
- La dépendance des finances publiques aux revenus pétroliers et gaziers souligne la nécessité d’une diversification économique.
- Le concept de “spirale fiscale” soulève des interrogations sur la viabilité des politiques fiscales adoptées par le gouvernement en période de crise économique.
Cette situation nous invite à réfléchir sur l’équilibre délicat entre nécessité de financement et le bien-être économique des citoyens. À une époque où les ressources budgétaires sont en tension, il est impératif de poser la question : jusqu’où un gouvernement doit-il aller dans l’augmentation des impôts pour garantir sa stabilité ? La recherche d’alternatives au financement des services publics pourrait devenir une priorité essentielle, attirant l’attention sur la nécessité d’une innovation économique durable.