La semaine dernière, l’action d’eDreams a chuté de plus de 40 % en une seule journée. Cette dégringolade n’est pas le résultat d’une crise touristique ni d’une nouvelle pandémie, mais plutôt d’un changement technique : Ryanair a instauré un mur numérique interdisant aux robots d’eDreams d’accéder à ses billets, entraînant une baisse de 80 % des réservations de la compagnie depuis septembre.
Pourquoi est-ce important ? Cela représente un tournant majeur dans la bataille pour le contrôle de la clientèle, une lutte qui dure depuis longtemps.
- Ryanair souhaite éliminer les intermédiaires qui perçoivent des commissions, qu’ils qualifient d’« OTAs peu scrupuleuses ».
- Cette stratégie les contraint à acheter directement sur le site officiel de la compagnie. eDreams est la dernière grande plateforme à refuser de capituler.

La métaphore du “jeu du chat et de la souris”. Dana Dunne, PDG d’eDreams, illustre ainsi leur relation avec Ryanair :
- La souris (eDreams) : utilise une technique appelée screen scraping pour récupérer les prix figurant sur le site de Ryanair et les proposer sur sa plateforme.
- Le chat (Ryanair) : met en place des blocages techniques pour contrecarrer cette pratique.
À l’heure actuelle, la situation est telle que le chat a posé une nouvelle piège et la souris se retrouve coincée. Les blocages se sont intensifiés à tel point qu’eDreams a dû revoir à la baisse ses prévisions de bénéfices pour 2026.
Le tableau stratégique. Ryanair a réussi à diviser ses adversaires. Pendant qu’eDreams résiste, d’autres géants ont déjà capitulé et signé des accords :
- Les alliés (vérifiés) : Booking, Kiwi, Expedia et El Corte Inglés ont conclu des accords pour ne pas augmenter les prix des billets et partager les données clients avec Ryanair. En retour, ils bénéficient d’un accès direct au système, sans blocages.
- Le rebelle : eDreams refuse de signer ces accords, arguant qu’ils défendent « la valeur pour l’actionnaire » et l’expérience client. Bien qu’ils aient gagné une bataille judiciaire à Barcelone cet été, ils semblent perdre la guerre commerciale.
Le front hors ligne. Les agences de proximité. La pression se fait aussi sentir dans le monde physique. Ryanair a supprimé les cartes d’embarquement en papier, forçant tout le monde à utiliser son application.
- Les agences traditionnelles (représentées par AVIBA) craignent d’être mises sur la touche si elles ne peuvent pas fournir de billets imprimés, notamment pour les clients plus âgés.
- Une trêve a été établie : Ryanair permet aux agents de continuer à gérer les embarquements, mais uniquement par voie numérique, ce qui leur impose un travail manuel plus conséquent, mais permet leur survie.
Les positions des deux camps :
- Ryanair : « eDreams devrait reconnaître qu’elle est la seule grande OTA à ne pas respecter les normes de transparence des prix […] et continue de surfacturer les clients. »
- eDreams : « Ils tentent de bloquer notre accès au contenu, mais nous continuons à contourner les obstacles. […] Nous avons la possibilité de nous adapter, comme nous l’avons déjà fait. »
En résumé. Ryanair semble gagner sa bataille par étouffement. En renforçant sa technologie anti-scraping et en concluant des accords avec ses concurrents (Booking, Expedia, etc.), elle a laissé eDreams isolée et vulnérable, montrant que dans le secteur du low-cost, ceux qui possèdent les avions détiennent le pouvoir.
Bon à Savoir
- Le fonctionnement du screen scraping : une technique commune qui soulève des questions éthiques sur l’accès à l’information en ligne.
- Les enjeux de la transparence des prix dans le secteur aérien : un sujet de débat croissant parmi les acteurs du marché.
- Les tendances du low-cost : une analyse de la manière dont ces compagnies modifient le paysage aérien traditionnel.
- Les stratégies de fidélisation des clients : comment les compagnies cherchent à conserver leurs passagers dans un marché très concurrentiel.
La situation actuelle des compagnies aériennes soulève diverses interrogations : jusqu’où la transparence doit-elle aller ? Dans un monde de plus en plus numérique, comment les acteurs historiques peuvent-ils s’adapter sans compromettre leur modèle économique ? Ce débat sur la régulation du marché aérien est essentiel pour anticiper les évolutions futures de l’industrie.