Les exportations maritimes de pétrole en provenance de Russie continuent de diminuer pour la quatrième semaine consécutive. Les importations ont été réduites par la Chine, tandis que des pétroliers font escale au large des côtes indiennes, chargés de pétrole russe.
Du 10 au 16 novembre, les ports russes ont expédié 23,06 millions de barils de pétrole, soit 37 000 barils de moins que la semaine précédente, selon Bloomberg. La moyenne quotidienne de chargements a également chuté de 50 000 barils par jour, pour atteindre 3,29 millions de barils par jour. Sur une période de quatre semaines, du 20 octobre au 16 novembre, le volume total des exportations russes s’est établi à 3,36 millions de barils par jour, affichant une baisse de 90 000 barils par jour (-3 %) par rapport à la période précédente. C’est le chiffre le plus bas enregistré depuis fin août. Rappelons qu’en octobre, le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du ministère américain des Finances a imposé des sanctions à deux des plus grandes entreprises pétrolières russes : Lukoil et Rosneft.
Les prix moyens du pétrole russe, en particulier celui des Urals dans les ports de la Baltique, ont chuté de 1,7 dollar par baril, s’établissant à 48,62 dollars (-3 %) entre le 20 octobre et le 16 novembre. Dans les ports de la mer Noire, le prix a baissé de 2,5 dollars, atteignant 47,98 dollars (-5 %). De son côté, le pétrole ESPO a connu une légère baisse de 0,8 dollar, se chiffrant à 57,33 dollars (-1,3 %). Les prix de l’Urals vers l’Inde ont enregistré une chute moins importante, se vendant à 60,88 dollars par baril, soit une diminution de 0,4 dollar.
Chine en retrait
D’après les informations de Bloomberg, les grands raffineurs d’État chinois ont suspendu leurs achats de pétrole ESPO après l’introduction des sanctions américaines contre Lukoil et Rosneft, ce dernier représentant environ 45 % des importations pétrolières de la Chine en provenance de Russie.
Même certaines sociétés de raffinage privées, habituellement plus enclines à prendre des risques, évitent désormais les approvisionnements russes. Une des raisons évoquées est la crainte d’être confronté aux mêmes sanctions qu’un grand raffineur appartenant à la société chinoise Shandong Yulong Petrochemical, qui a été placé sur liste noire par l’UE et le Royaume-Uni pour sa coopération avec la Russie. Suite à cela, plusieurs fournisseurs ont refusé de lui livrer du pétrole en provenance du Moyen-Orient ou du Canada.
Rystad Energy estime que le volume des importations maritimes de pétrole russe en Chine pourrait diminuer de deux tiers en novembre, avec des livraisons ne se chiffrant qu’à 500 000–800 000 barils par semaine. Cependant, Bloomberg précise que cette baisse pourrait être temporaire, les fournisseurs et acheteurs ayant commencé à explorer des alternatives, bien que les détails restent flous.
Inde se détourne du pétrole russe
Des pétroliers chargés de 7,7 millions de barils d’Urals se dirigent vers l’Inde, espérant conclure leurs transactions avec Rosneft et Lukoil avant le 21 novembre, date butoir fixée par les sanctions. La plupart de ces navires sont en route vers les raffineries de Reliance Industries à Jamnagar ou de Nayara Energy, partiellement détenue par Rosneft. Néanmoins, certains pétroliers pourraient ne pas rejoindre leur destination avant l’application des sanctions.
Cinq des sept sociétés de raffinage indiennes, y compris Reliance, ont déjà annoncé qu’elles cesseraient complètement d’accepter du pétrole russe à partir du 21 novembre. Bien que Indian Oil Corp. ait effectué quelques achats avant la mise en œuvre des sanctions, seule Nayara maintient ses approvisionnements russes. Si d’ici le 21 novembre, les partenaires indiens ne parviennent pas à un accord, les navires pourraient être redirigés vers d’autres destinations.
L’industrie s’adapte aux sanctions
L’adaptation de l’industrie aux nouvelles sanctions et la réorganisation logistique pourraient prendre un à deux mois, a expliqué le vice-premier ministre Alexandre Novak. Avec la fermeture des données douanières russes et celle des principaux importateurs comme la Chine et l’Inde, les médias occidentaux exacerberaient les tensions pour générer des titres accrocheurs, selon l’expert Stanislav Mitrakhovich.
Mitranovich ajoute qu’il est difficile de croire que les raffineurs d’État chinois aient suspendu leurs achats d’ESPO, notant que ce produit circule à travers un pipeline très actif. Ce pipeline, avec une capacité de 80 millions de tonnes par an, alimente directement la Chine. Il semble peu probable qu’un tel système ait été totalement arrêté.
Des ajustements dans la chaîne logistique pourraient être réalisés pour rediriger le pétrole vers d’autres tankers et modifier les documents d’origine. Il existe des mécanismes permettant à des cargaisons de pétrole de contourner les sanctions, en modifiant l’origine déclarée du pétrole.
Maxim Shevyrenkov, directeur du centre d’analyse des marchés des matières premières, estime que malgré les nouvelles sanctions, la production pétrolière russe devrait rester stable autour de 510 millions de tonnes cette année. Les ajustements logistiques pourraient également prendre plusieurs mois, reflétant la nature résiliente de ce secteur face aux chocs externes.
Bon à savoir
- Les États-Unis continuent de surveiller de près l’impact des sanctions sur l’économie russe.
- La flexibilité du secteur pétrolier pourrait jouer en faveur de l’adaptation aux changements marchés.
- Les acteurs du marché explorent des alternatives créatives pour continuer à s’approvisionner en pétrole souhaité.
La situation actuelle pose des questions sur la résilience des chaînes d’approvisionnement dans un contexte de sanctions croissantes. Comment les acteurs économiques réagiront-ils face à ces défis? La réflexion s’impose, en considérant que l’innovation et l’adaptabilité constituent des clés essentielles pour naviguer dans un environnement aussi volatile.