De Usulután à Houston : L'incroyable parcours d'une entrepreneuse migrante qui a bâti son entreprise depuis rien
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Arrivée aux États-Unis en 2019 avec son fils, sans papiers et sans maîtrise de l’anglais, Jacquelinne Beatriz Carrillo Mejía est aujourd’hui la fondatrice de Top To Bottom Cleaning Services, une entreprise de nettoyage à Houston, Texas, qui inspire de nombreux migrants d’Amérique centrale souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat.

Son parcours ne débute pas avec un capital investi ni une vaste réseau de contacts, mais avec un chariot de tacos, des journées de travail non rémunérées et une volonté indéfectible de ne pas se laisser freiner.

Originaire d’Usulután, mère de deux enfants — Axel, 11 ans, né à Soyapango, et Dylan, 4 ans — Jacquelinne se remémore sa vie au Salvador avec une douce mélancolie, mais aussi avec la détermination de celui qui aspire à davantage.

“C’était une vie simple et humble… mais je rêvais de mieux. J’avais cette envie de progresser malgré mes limitations”, confie-t-elle.

Jacquelinne Carrillo au États-Unis / Photo : d’une source privée

De l’emploi à l’entrepreneuriat : la naissance de Top To Bottom Cleaning Services

Les premiers mois à Houston furent éprouvants. Jacquelinne, originaire d’Usulután, a été confrontée à la barrière linguistique, à l’inconnu du marché du travail, et à ceux qui profitent de la vulnérabilité des nouveaux arrivants.

« J’ai commencé à travailler chez une dame qui ne m’a pas payée. Puis, j’ai trouvé un emploi dans un magasin, où je suis restée toute la journée, mais à la fin, elle m’a dit de ne plus revenir sans me payer », raconte-t-elle. Ce jour-là, elle devait régler son loyer, payer la nounou et faire le plein d’essence. « J’étais très déçue, surtout parce que c’était une personne hispanophone, probablement familière avec mes difficultés. »

Pleine de détermination, elle s’est mise à analyser le marché. Elle étudiait des annonces en ligne et dans les journaux, constatant que les salaires dans le secteur du nettoyage étaient bien supérieurs à ce qu’elle gagnait. Elle a alors décidé de travailler dans ce domaine et a rapidement réalisé qu’elle avait une véritable opportunité d’affaires entre les mains.

« J’ai pensé : je peux apporter beaucoup plus. Je suis douée dans mon travail et je peux le faire. Je ne voulais pas stagner, je voulais avancer », déclare-t-elle.

Son entreprise a vu le jour il y a cinq ans de manière informelle. Il y a un an, Jacquelinne a officialisé son activité en enregistrant la marque Top To Bottom Cleaning Services. Pour elle, ce fut un moment de fierté immense : quitter l’informalité pour devenir une entreprise légalement reconnue aux États-Unis.

Un tournant : migrer vers un avenir meilleur

Son choix d’émigrer résulte d’une décision mûrement réfléchie, qu’elle n’a pas discutée avec quiconque. Elle a vendu ses biens, pris son fils et s’est lancée dans l’aventure en 2019.

“Mon rêve a toujours été de leur offrir une vie meilleure, loin des privations, et de leur donner des opportunités que je n’ai pas eues”, explique-t-elle.

Au Salvador, elle était employée dans une boutique à San Salvador, puis serveuse à Usulután. Ces expériences lui ont inculqué discipline, caractère et responsabilité, des ressources essentielles pour la suite de son parcours.

Toutefois, elle a également dû composer avec la réalité qui touche de nombreux Salvadoriens : des limites économiques et un environnement violent entravant sa progression.

De la recherche d’emploi à la création d’emplois

Un élément clé du développement de son entreprise a été sa maîtrise de l’anglais. Jacquelinne a consacré environ deux ans à étudier la langue, consciente qu’elle serait le meilleur moyen d’attirer des clients ne parlant pas espagnol.

« L’anglais a été ma stratégie la plus importante pour obtenir mes premiers clients. J’ai compris que c’était un tremplin vers des opportunités plus élevées », précise-t-elle.

Aujourd’hui, son entreprise emploie six personnes : trois Salvadoriennes, une Guatémaltèque et deux Honduriennes. Pour Jacquelinne, cela ne relève pas seulement d’une équipe de travail, mais d’un moyen de redonner ce qu’elle n’a pas trouvé : des opportunités dignes pour des femmes migrantes arrivant sans soutien.

« J’aspire à offrir des opportunités et une stabilité, ce qui m’a coûté tant de peine à trouver », déclare-t-elle.

À court terme, son objectif est d’augmenter le nombre de ses employés et de ses clients. À long terme, elle envisage de s’étendre dans un autre État sous un modèle de franchise et aussi de revenir investir au Salvador, où elle rêve d’ouvrir un restaurant de cuisine américaine.

Une voix qui résonne jusqu’au Salvador

Jacquelinne n’a pas seulement bâti une entreprise, mais aussi une communauté. Sur ses comptes TikTok et Facebook, elle partage des conseils pratiques sur comment débuter et gérer un business de nettoyage, les erreurs fréquentes à éviter et les leçons tirées de son parcours.

Son contenu dépasse les frontières. Un jour, elle a reçu un message d’une personne au Salvador lui annonçant avoir lancé son propre service de nettoyage grâce à ses vidéos. “Je ne pensais pas que j’allais avoir un tel impact là-bas. Cela m’emplit de fierté”, reconnaît-elle.

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Elle met en garde ceux qui souhaitent se lancer : éviter de dépenser de l’argent dans des formations coûteuses quand des informations de qualité sont disponibles gratuitement. Son conseil est clair : faire des recherches avant de payer, commencer avec ce qu’on a et ne pas attendre des conditions idéales.

Pour ceux qui envisagent d’émigrer ou de se lancer dans l’entrepreneuriat, son message est sans ambiguïté :

“Si j’ai pu réussir en partant de zéro dans un autre pays, n’importe qui peut le faire. Il ne faut pas se décourager, tout arrive en son temps. La persévérance et la confiance en soi sont essentielles.”

Enseignements du parcours

Pour les personnes qui rêvent d’émigrer ou d’entreprendre, Jacquelinne ne romantise pas le processus. Elle parle d’efforts, de chutes et de patience.

“Ne pas désespérer. Tout arrive en son temps. La persistance et la confiance en soi sont primordiales.”

Elle met également en garde contre des erreurs communes, comme investir dans des cours coûteux alors que l’information gratuite est accessible.

Un véritable accomplissement : du temps et de la stabilité pour ses enfants

Au-delà de la croissance économique, sa satisfaction la plus profonde réside dans sa famille.

“Aujourd’hui, j’ai ce que je n’avais pas avant : du temps pour mes enfants. Cela n’a pas de prix.”

Vers l’avenir… sans oublier ses racines

Jacquelinne Carrillo et ses enfants aux États-Unis / Photo : d’une source privée

Bien qu’elle ait construit son entreprise aux États-Unis, Jacquelinne n’oublie pas ses racines. Elle rêve d’investir au Salvador dans les années à venir, d’étendre son entreprise et même d’ouvrir un restaurant.

“J’aimerais retourner investir. Je n’ai jamais cessé de penser à mon pays.”

Une histoire qui se répète… et inspire

Des récits comme celui de Jacquelinne sont nombreux aux États-Unis. Ses ambitions et sa vision reflètent les aspirations de milliers de Salvadoriens qui ont dû partir pour réaliser ce qui semblait impossible chez eux.

Son message est limpide :

“Si j’ai pu débuter à partir de rien dans un autre pays, chacun peut le faire.”

Chaque étape, chaque sacrifice, rappelle à la diaspora salvadorienne le poids de la distance, mais aussi la force des rêves.

Bon à Savoir

  • Les défis économiques rencontrés par les migrants souvent les poussent à l’auto-entrepreneuriat.
  • La maîtrise de la langue du pays d’accueil est un atout déterminant pour accéder à de meilleures opportunités.
  • Des plateformes comme TikTok et Facebook peuvent servir de ressources pour partager des expériences et des conseils.
  • Investir dans l’éducation et l’auto-formation peut améliorer les perspectives professionnelles.
  • Le retour aux racines et l’investissement dans le pays d’origine est une aspiration commune des migrants.

En somme, l’histoire de Jacquelinne nous invite à réfléchir sur le potentiel infini qu’offre la résilience et la détermination humaine. Les défis peuvent sembler insurmontables, mais chaque pas vers l’avant représente une victoire, non seulement pour soi, mais pour toute une communauté. Une question persiste : jusqu’où serions-nous prêts à aller pour réaliser nos rêves ?



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