«C’est une véritable injustice envers une femme seule qui souhaite continuer à entreprendre dans son village». Cette phrase, prononcée par Patricia García Gómez, illustre le drame d’une entrepreneuse de Zamora qui s’apprête à être expulsée de l’hôtel rural qu’elle a construit il y a quinze ans à Villarrín de Campos. Malgré le fait d’avoir toujours payé ses dettes, elle risque de perdre son logement familial où vivent deux de ses trois enfants, tous mineurs.
La séparation d’avec son partenaire et un changement d’institution bancaire ont donné naissance à ce qu’elle qualifie de violence économique. En effet, le BuildingCenter a mis aux enchères son établissement “Lagunas del Villardón”. L’immeuble, une ancienne grange évaluée initialement à 109 000 euros, a été acquis par la filiale immobilière de CaixaBank pour seulement 37 000 euros. Patricia se voit désormais proposer de racheter son propre établissement pour la somme de 120 000 euros.
Ce projet, qu’elle avait initié avec son ancien partenaire en juin 2011, devait être un centre de tourisme rural. Cependant, le changement de situation personnelle a marqué le début d’une grave asphyxie financière. Malgré tout, elle a tout donné pour s’en sortir, affrontant abus et menaces de son ancienne banque. À l’époque, elle s’occupait seule de trois enfants dont l’âge variait entre 6 ans et quelques mois.
Déterminée à porter son entreprise, qui est devenue un exemple de coliving au cœur de la Réserve Naturelle des Lagunes de Villafáfila, Patricia a décidé de transférer ses crédits vers une autre banque, espérant retrouver un semblant de tranquillité. Par ironie, ses mensualités sont devenues plus élevées qu’auparavant. Elle déplore avoir reçu une évaluation totalement erronée (60 000 euros en dessous de celle de son ancienne banque), en plus de frais supplémentaires non demandés tels que des assurances et des services divers.

Elle résume la situation en qualifiant sa lutte d’«absurde», en ajoutant que si elle était restée avec sa banque initiale, sa dette serait aujourd’hui totalement remboursée : « Cette année, j’aurais fini de rembourser mon prêt à Caja España et à présent, je risque de tout perdre ».
La pandémie de Covid-19 a été un tournant, la contraignant à vider son entreprise avant une expulsion imminente. Le Tribunal de Villalpando a déjà suspendu l’ordre d’expulsion fixé pour le 11 février, mais ce report soulève d’importantes inquiétudes concernant la réalité de sa situation financière, déjà précaire.
Le seul retard de paiement a eu lieu en avril 2020, en plein cœur de la pandémie. « J’ai eu cinq jours de retard à payer ma mensualité, et j’ai payé des intérêts supplémentaires », nuance-t-elle. Face à cette situation, Patricia avait demandé à son ancienne banque de ne pas renouveler sa ligne de crédit pour demander un prêt d’État destiné aux secteurs touchés par le confinement, mais sa demande est restée sans réponse.
Patricia, loin de se décourager, reste optimiste. « Je vais avancer, avec ou sans l’hôtel. La seule différence est qu’on me retire une pièce du puzzle ». Ce qui l’inquiète le plus, c’est l’avenir de ses enfants.
Elle exprime son indignation : « Ce qui me dérange, c’est qu’ils vont faire perdre à mes enfants un patrimoine que leur mère a construit en travaillant d’arrache-pied pendant 11 ans ». Selon elle, cette décision entraîne la disparition d’une petite entreprise rurale, menaçant non seulement son héritage, mais également l’avenir de l’entrepreneuriat rural.
Patricia a voulu transformer sa lutte personnelle en une cause collective. Son expérience lui a permis de fonder la Fondation Patricia Gómez, qui vise à donner une voix aux femmes touchées par la violence économique et à défendre des projets de préservation du patrimoine et d’inclusion sociale.
« Je ne laisserai pas l’injustice me faire taire. Je refuse de permettre à l’injustice de perdurer », conclut-elle avec détermination.
Bon à Savoir
- Les enjeux de la violence économique dans le contexte entrepreneurial féminin sont souvent sous-estimés.
- La séparation et le changement d’institution financière peuvent avoir des conséquences financières dévastatrices.
- Le soutien des institutions est crucial pour les entrepreneurs en période de crise, comme l’a montré la pandémie de Covid-19.
- La résilience est essentielle : de nombreux entrepreneurs continuent de se battre malgré les difficultés.
- Le rôle des fondations et des associations est clé pour soutenir et sensibiliser aux causes sociales.
Il est essentiel de réfléchir à l’impact des décisions financières sur les vies des individus, en particulier celles des femmes qui gèrent des situations complexes. Comment peut-on améliorer la compréhension des enjeux liés à l’entrepreneuriat féminin dans un environnement souvent hostile ? Seule une prise de conscience collective pourra susciter des changements durables.